12 Octobre 2010

Le Madagascar de la Seine

"On ne dit jamais -je serai peintre- devant un beau site, mais devant un beau tableau".

La Grenouillière d'Auguste Renoir.
La Grenouillère de Renoir exposé au National Muséum de Stockholm (1869).

La Grenouillière selon Jean-Claude Mézières.
Valérian - Tome 20 de Mézières et Christin (Page 7, case 5).

Dans Valérian - Tome 20 - "L'ordre des pierres" (Mézières et Christin, Dargaud) Jean-Claude Mézières rend hommage au tableau d'Auguste Renoir, La Grenouillère, en l'incrustant dans une case de sa BD. En premier on trouve Lauréline donnant sa vision idyllique du Grand rien. Vision que Mézières illustre en pastichant la toile de Renoir.

Même si, comparé au tableau, le cadrage est plus serré, on ne peut pas échapper à ce clin d'œil. Le dessinateur copie même le style du peintre, ce qui donne un contraste intéressant entre le côté traditionnelle de la BD avec un dessin encré, ancré HAHA !! ^^ dans la réalité, et le style impressionniste (non figé) imageant bien le domaine de la pensée et du rêve.

 

La Grenouillère, située sur la Seine, était un grand café-bal-restaurant-flottant amarré dans l'île de Croissy, qui attirait de nombreux Parisiens entre 1851 et 1929.

Guy de Maupassant décrit la guinguette et ses canotiers dans plusieurs nouvelles dont La maison Tellier: Eh ouais, je cite du Maupassant maintenant... si mes profs de français voyaient ça !! ^^

"[...] On sent là, à pleines narines, toute l'écume du monde, toute la crapulerie distinguée, toute la moisissure de la société parisienne : mélange de calicots, de cabotins, d'infimes journalistes, de gentilshommes en curatelle, de boursicotiers véreux, de noceurs tarés, de vieux viveurs pourris ; cohue interlope de tous les êtres suspects, à moitié connus, à moitié perdus, à moitié salués, à moitié déshonorés, filous, fripons, procureurs de femmes, chevaliers d'industrie à l'allure digne [...]."

"[...]Ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar. Mâles et femelles s'y valent. Il y flotte une odeur d'amour, et l'on s'y bat pour un oui ou pour un non, afin de soutenir des réputations vermoulues que les coups d'épée et les balles de pistolet ne font que crever davantage. [...]"

Si ça, ce n'est pas le paradis sur terre... ^^ Heureusement les peintres en ont une vision nettement différentes. En 1869, Auguste Renoir et Claude Monet y installent leurs chevalets. Ils immortalisent ainsi ce lieu de six toiles révolutionnaires (Trois chacun. Une de Monet a malheureusement disparue.). Ces toiles marquent la naissance de l'impressionnisme, cinq ans avant le tableau de Monet, Impression soleil levant, présentée à la première exposition du groupe en 1874.

Le tableau qui nous intéresse aujourd'hui est un de ceux d'Auguste Renoir (1841-1919). Il représente le camembert, un petit îlot planté d'un arbre unique, reliant l'île au bateau-ponton par des planches étroites. Souhaitant rendre les variations changeantes de la nature, l'œil du peintre suit les mouvements rapides et fugitifs de la lumière et les transcrit aussi vite qu'ils se produisent. Les formes se délivrent donc de leurs contours, le paysage s'anime de touches colorées où l'on peut ressentir toute la vibration de la lumière, le miroitement de l'eau et le frémissement des feuillages. Bref, un véritables exercices de style, de l'impressionisme...

Auguste Renoir: "Un matin, l'un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l'impressionnisme était né". (C'est un mec qui s'appelle re-noir qui dit ça. ^^)

Publié par Chelmi à 07:00am
Avec les catégories : #reference , #bd-franco-belge , #peinture-gravure

Commentaires

Robert Mudas 13/10/2010 12:42



Curieux, mon commentaire semble ne pas être passé...


 


Au nom de tous les profs de français : je suis fier de toi.


J'aime beaucoup les deux citations. De qui vient celle en sous-titre ?



Chelmi 13/10/2010 16:28



Peut être qu'OB était en carafe quand tu as envoyé ton commentaire ?


Cette citation est aussi de Renoir. :-)