21 Mars 2013

La bête aux cinq doigts

"Dites, la prochaine fois que je vous vois, voulez vous me rappeler de ne pas vous parler ?"

Caricature de Robert Florey (Laurent Verron).

Dans Odilon Verjus - Tome 6 - "Vade Retro Hollywood" (Verron et Yann, Le Lombard) Laurent Verron caricature Robert Florey, et lui fait jouer son propre rôle de cinéaste dans le Hollywood des années 30.
(L'image est tirée de la planche 3, case 3).

 

Robert Florey (1900-1979) était un cinéaste français. Au tout début des années vingt, il se fait embaucher à la Gaumont. Avec sa longue silhouette dégingandée, son éternel sourire malgré des traits ingrats, il apparaît dans vingt-cinq courts métrages de Louis Feuillade. Fort de cette expérience Florey part pour la Californie. Il y rencontre Max Linder qui l'embauche pour diverses tâches. Il aurait même fait du secrétariat pour Rudolph Valentino avant de devenir l'assistant de King Vidor et de Josef von Stenberg.

En 1927, Florey réalise ses premiers courts métrages dont le côté poétique et même surréaliste surprend comme dans The Life and death of 9413 sur un figurant rêvant d'être une vedette mais qui ne sera qu'un matricule à Hollywood et au ciel. Le cinéaste reçoit alors la mission impossible de diriger Groucho Marx et ses frères dans leur premier film Noix de coco en 1929 au tout début du parlant. Ces fantaisistes iconoclastes apprécient ce jeune réalisateur français de tout juste vingt-neuf ans, curieux, inventif, et à l'humour malicieux. Fin 1929, Robert retrouve la France pour tourner notamment L'amour chante avec Florelle et Fernand Gravey. Puis c'est Le blanc et le noir avec Raimu, adaptée d'une pièce de Sacha Guitry qui n'aurait pas été montrable aux Etats-Unis aux lois encore ségrégationnistes. Puis le cinéaste repart à Hollywood où il épouse en 1939 l'actrice figurante Virginia Dabney.

Jusqu'en 1950, Robert Florey inscrit à sa filmographie particulièrement variée près de soixante titres et prête son concours à des réalisateurs et des scénaristes. Certes il ne fait pas des chefs-d'œuvre, mais citons cependant: Double assassinat dans la rue Morgue en 1932 avec Bela Lugosi et dans le même registre La bête aux cinq doigts en 1946 avec Peter Lorre. Il dirige aussi, Bette Davis dans la comédie douce-amère Ex-Lady en1932, Mary Astor, Barbara Stanwyck, Conrad Nagel, Anthony Quinn et bien d'autres... Il fait des comédies musicales, des films exotiques comme Le chant du désert en1943 avec Victor Francen et Marcel Dalio dans des rôles alimentaires. Il tourne même La légion étrangère en 1948 avec Vincent Price servant en Indochine. Et n'oublions pas le grand cri poussé par Johnny Weissmuller dans Tarzan et les sirènes en 1948. Même Charles Chaplin emploie Florey pour réaliser son Landru alias Monsieur Verdoux en 1947.

A partir des années cinquante Robert Florey se tourne vers la télévision. On lui attribue trois cents mises en scène. Il filme notamment L'histoire de Doreen Maney en 1960 du feuilleton Les incorruptibles avec Robert Stack. Il fait un dernier épisode de Au-delà du réel en 1963. Puis il se consacre à l'écriture de ses souvenirs: La lanterne magique en 1966 et Hollywood année zéro en 1972.

Inexplicablement oublié dans son pays natal, le trop modeste Robert Florey, véritable aventurier français du cinéma, décède des suites d'un cancer dans sa soixante-dix neuvième année, le 16 mai 1979, à Santa Monica, tout près de son cher Hollywood.

Robert Florey (Extrait de Hollywood année zéro): "Je rencontre parfois une septuagénaire à l'embonpoint imposant qui fut jadis la plus adorable des ingénues dont les grands yeux bleus faisaient rêver les collégiens. Une célèbre "vamp" n'est plus qu'une petite vieille à cheveux blancs, toujours vêtue de noir et portant des lunettes, elle marche péniblement et ne parle à personne tandis qu'au cinéma de Fairfax elle continue de ravager le cœur des sheiks, des militaires et des toréadors...".

Publié par Chelmi à 08:00am
Avec les catégories : #caricature , #bd-franco-belge , #cinema-serie-tv

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