2 Octobre 2012

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras

Ça vaut aussi pour les montres apparemment ! ^^


Drapeau rouge sur le Reichstag de Khaldei (1945).

Drapeau rouge sur le Reichstag selon Yslaire.
XXe ciel.com - Tome 1 d'Yslaire (Planche 1 , case 1).

Dans XXe ciel.com - Tome 1 - "http://www.xxeciel.com/mémoires98" (Yslaire, Les Humanoïdes Associés) Yslaire rend hommage à la célèbre photographie d'Evgueni Khaldei, Drapeau rouge sur le Reichstag, sur une planche de sa BD.

 

Cette photographie est l'une de ces grandes images du vingtième siècle qui se sont imprimées dans notre mémoire collective. On y voit un Berlin en ruine. Sur le côté, on aperçoit deux statues dominant la scène. Devant nos yeux, un soldat tient un drapeau soviétique, il est soutenu par un deuxième soldat à ses pieds.

Ce cliché a été pris à Berlin le 2 mai 1945 sur le toit du Reichstag, qui fut le parlement de l'Allemagne avant-guerre et dont l'incendie, en 1933, symbolise le début du nazisme. Et là, ce jour-là, ce drapeau soviétique hissé sur le Reichstag annonce la fin de la Seconde Guerre mondiale, et la fin du fascisme.

L'homme derrière l'objectif s'appelle Evgueni Khaldei. Il est originaire d'Ukraine et travaille comme photographe de guerre pour l'armée rouge. En avril 1945, alors que les combats font rage à Berlin, Staline charge les photographes de l'armée soviétique d'immortaliser la victoire sur l'Allemagne nazie. Pour les Soviétiques, le bâtiment du Reichstag est le symbole par excellence du Troisième Reich. A tort, soit dit en passant, car les nazis ne portaient pas spécialement dans leur cœur ce symbole de la république de Weimar. Mais, au soir du 30 avril, quand les Soviétiques prennent d'assaut le bâtiment en ruine, aucun photographe n'est sur place pour photographier le moment historique où le drapeau rouge est hissé au sommet du Reichstag. De toute façon, l'exercice aurait été impossible car il faisait nuit !

Deux jours plus tard, autrement dit le 2 mai au matin, le jeune Evgueni Khaldei procède à une reconstitution sur le toit du Reichstag.

Comparez un instant la photo officielle publiée dans le monde entier et la photo originale non-retouché. Tu remarqueras qu'il y a deux différences intéressantes et importantes (Survoler la photo officielle pour faire apparaître l'originale):
- La première chose qui saute aux yeux, ce sont les nuages de fumée qui sont beaucoup plus menaçants. Khaldei les a noircis après coup pour accentuer le côté dramatique de l'instant : on a ainsi l'impression que la bataille de Berlin bat encore son plein. En même temps, la composition y gagne en harmonie.
- Pour repérer la deuxième différence entre les deux photos, il faut sortir sa loupe. Regarde les poignets du soldat qui assure l'équilibre de son camarade portant le drapeau. Sur la photo originale, il porte deux montres, une à chaque poignet. Un détail qui risquait de relancer la polémique sur les pillages et ternir l'image des vainqueurs. Il fallait donc l'éliminer. L'objet compromettant a tout simplement été effacé avant publication. Il n'y a plus qu'une seule montre sur le cliché officiel...
C'est ainsi retouchée que l'image a fait le tour de la planète. Icône de la propagande stalinienne, elle a aussi connu son heure de gloire en Allemagne de l'Est.

Revenons un instant sur les deux soldats que l'on voit sur cette photo. En fait, ils sont trois comme le montre un autre cliché pris quelques secondes plus tôt. Trois soldats anonymes. Mais il faut des héros pour un acte si emblématique. Staline choisit alors trois soldats héroïques à ses yeux, et décide que ce sont eux les soldats de la photo même si ces trois hommes n'ont jamais hissé le moindre drapeau, ni le 30 avril, ni le 2 mai 1945. Les vrais soldats de la photo ont quant à eux sombré dans l'oubli. Tout comme d'ailleurs le photographe Khaldei lui-même, marginalisé dans les années d'après-guerre en raison de ses origines juives. Rappelons que le régime stalinien était, lui aussi, profondément antisémite. La photo de Khaldei restera l'un des symboles de la chute du nazisme. Même si elle se joue quelque peu de la réalité historique.

PS: Les photographes de guerre sont-ils tous des menteurs comme le tente déjà à établir mes deux articles suivants ?: Raising the flag on Iwo Jima et Mort d'un soldat républicain ??

Publié par Chelmi à 07:00am
Avec les catégories : #reference , #bd-franco-belge , #photographie , #militaire , #journalisme , #propagande

Commentaires

Bozel 09/10/2012 19:04


Les photographes(et journalistes) de guerre étaient et sont encore imprégnés d'une idéologie qui leur font présenter les faits à leur manière.C'est pour cela qu'il ne faut jamais écouter qu'un
seul son de cloche.

Chelmi 11/10/2012 16:52



Interpréter et analyser les faits en fonction de leur opinion, c'est même leur job, et c'est effectivement pour ça qu'il faut s'informer avec plusieurs sons de cloche pour se faire son propre
avis.


Mais là, dans les exemples que je montre, ça va beaucoup plus loin, ce n'est plus de l'interprétation mais carrément de la mise en scène et du trucage... Ce n'est plus du journalisme mais de la
propagande.