Une farce à croquer
01 nov. 2026On voulais juste lui faire une farce !
Courtney Shayne interprétée par Rose McGowan | Jawbreaker
Jawbreaker de Darren Stein (1999).
Dead Teenagers #2 de Caitlin Yarsky et Jude Ellison S. Doyle (Couverture bis).
Dans le comic book Dead Teenagers #2 (Yarsky et Doyle • Oni Press) Caitlin Yarsky parodie l'affiche du film Jawbreaker de Darren Stein sur une des couvertures alternatives de sa BD. Ici, Julie Freeman interprétée par Rebecca Gayheart est remplacée par J.T. Zaccaria, Courtney Alice Shayne campée par Rose McGowan devient Alicia Torres et Marcie 'Foxy' Fox incarnée par Julie Benz se transforme en Brandy Nguyen.
A la fin des années 1990, le cinéma pour adolescents traversait un âge d'or florissant, porté par des succès allant de la comédie romantique au slasher autoréférentiel. C'est dans ce paysage très saturé qu'est sorti sur les écrans américains, le 19 février 1999, le film intitulé Jawbreaker. Ecrit et réalisé par le jeune cinéaste Darren Stein, le film proposait une relecture féroce et hautement stylisée de la comédie noire lycéenne, troquant la mièvrerie ambiante contre une dose de cynisme acidulé.
L'idée originale de Darren Stein ne ressemblait pourtant pas à la comédie satirique que l'on connaît aujourd'hui. Nourri par une scolarité passée dans un établissement pour garçons, le réalisateur observait la culture lycéenne mixte à travers le prisme du cinéma, citant volontiers les œuvres de John Hughes ou le classique Carrie de Brian De Palma. Au départ, Stein envisageait Jawbreaker comme un pur film d'horreur centré sur un bizutage d'anniversaire qui tourne à la catastrophe. En développant son scénario, l'auteur a progressivement fait glisser le récit vers la comédie noire, fasciné par le concept symbolique du "jawbreaker", ce fameux bonbon dur à sucer. Pour le cinéaste, cette friandise incarnait parfaitement la dualité de l'adolescence: l'apparence pop, sucrée et colorée des jeunes filles dissimulant un objet dur, capable d'étouffer ou d'être mortel.
Trois jolies jeunes filles décident de faire une farce à une amie. Kidnappée pour rire, Liz (Charlotte Ayanna) meurt accidentellement, étouffée par un jawbreaker, une confiserie. Courtney, Julie et Marcie décident de maquiller leur crime. Seulement Fern Mayo (Judy Greer), une pauvre fille à qui personne ne fait attention, en a trop entendu.
AlloCiné | Jawbreaker
Pour monter financièrement le film avec le studio TriStar, le réalisateur devait attirer des têtes d'affiche en devenir. Bien que les noms de Natalie Portman ou Kate Winslet aient été évoqués par la production, c'est Rose McGowan qui a décroché le rôle iconique de la cruellement charismatique Courtney Shayne. A ses côtés, le rôle de Julie Freeman a d'abord été attribué à Rachael Leigh Cook avant que celle-ci ne soit remplacée par Rebecca Gayheart pour garantir une meilleure alchimie avec le reste du groupe. Julie Benz a complété le trio dans le rôle de Marcie Fox, tandis que Judy Greer s'est vue confier la double performance impressionnante de Fern Mayo et de son alter ego Vylette. Le film s'offre également une belle galerie de seconds rôles avec la légendaire Pam Grier dans le rôle de l'inspectrice Vera Cruz, Carol Kane en directrice d'établissement désabusée, ainsi que PJ Soles et William Katt, tous deux anciens acteurs du film Carrie, dans les rôles des parents de la victime.
Sur le plan visuel, Jawbreaker se distingue par une mise en scène délibérément artificielle et hyperstylisée. Aidé par la photographie très saturée de Bruce Douglas Johnson, Darren Stein construit un univers pop aux teintes pastel qui tranche radicalement avec la noirceur du propos. La garde-robe des protagonistes, mélange de coupes vintage des années 1950 et 1980 agrémenté de pièces moulantes aux couleurs bonbon, confère au film une esthétique de bande dessinée vénéneuse. La direction d'acteurs assume pleinement ce registre théâtral et outrancier. Rose McGowan livre une prestation remarquable en garce glaciale et manipulatrice, inspirant d'ailleurs son jeu de celui de Gene Tierney dans le film noir Péché mortel, tandis que Judy Greer réussit avec brio la métamorphose physique et psychologique de son personnage.
L'atmosphère dynamique du film repose également sur une bande originale particulièrement soignée, représentative du son alternatif et pop-rock de la fin des années 1990. L'un des moments les plus mémorables de la mise en scène reste la célèbre marche au ralenti du trio dans les couloirs du lycée, rythmée par le morceau Yoo Hoo du groupe Imperial Teen.
A sa sortie dans les salles américaines, Jawbreaker a connu un parcours commercial très difficile. Avec une recette globale plafonnant à environ 3,1 millions de dollars au box-office, le film n'a pas remboursé son budget de production. La presse de l'époque s'est montrée particulièrement sévère, reprochant au métrage d'être une imitation pâle et vulgaire du classique Heathers ou de surfer de manière cynique sur la vague des films pour ados.
Cependant, au fil des décennies, le regard sur le film a considérablement changé. Grâce aux diffusions télévisées et au marché de la vidéo physique, Jawbreaker s'est forgé une solide communauté de fans pour devenir un film culte. Aujourd'hui réévalué pour son esthétique visuelle pointue, ses répliques mordantes et la performance devenue emblématique de Rose McGowan, le long-métrage est célébré comme un pilier de la culture pop de la fin des années 1990.
##003246##Tu es en plein délire, Courtney ! On n'achète pas quelqu'un en le transformant physiquement ! On ne cache pas la vérité par du maquillage !
Julie Freeman interprétée par Rebecca Gayheart | Jawbreaker