Le Chapelier Foutubeur
11 août 2026Tu vois, nous prenons encore le thé. J'ai dû tuer le temps en attendant ton retour. Tu es affreusement en retard. Vilaine. Le temps, fort contrarié, a tout arrêté. Depuis, plus un tic-tac.
Le Chapelier Fou interprété par Johnny Depp | Alice au pays des merveilles
Alice au pays des merveilles de Tim Burton (2010).
Markiplier #2 de Wilson Tortosa, Vincenzo Cucca, Zazo Aguiar, Benny Powell et Mark Fischbach (Couverture).
Dans le comic book Markiplier #2 - "Through the Looking Glass" (Tortosa, Cucca, Aguiar, BPowell et Fischbach • Red Giant Entertainment) Wilson Tortosa parodie l'affiche du film Alice au pays des merveilles de Tim Burton sur la couverture de sa BD. Ici, le Chapelier Fou interprété par Johnny Depp est remplacé par le célèbre youtubeur Mark Edward Fischbach alias Markiplier et la chenille Absolem doublée par Alan Rickman se transforme en Ana.
Prenez un réalisateur gothique adepte des cimetières et des marginaux, associez-le au studio aux grandes oreilles le plus puissant de la culture pop, et secouez le tout. Le 5 mars 2010, le public américain découvrait en salle Alice au pays des merveilles (Alice in Wonderland en VO) de Tim Burton, une relecture en trois dimensions qui allait radicalement changer le paysage cinématographique de la décennie suivante. Ce projet fou, né de l'envie de Disney de moderniser en "live" ses grands classiques, s'est rapidement transformé en un défi artistique et technologique sans précédent pour son auteur.
Pour comprendre d'où vient ce film, il faut remonter à l'année 2007, lorsque la scénariste Linda Woolverton propose une idée audacieuse à Disney. Plutôt que de simplement copier-coller l'œuvre littéraire de Lewis Carroll ou le dessin animé de 1951, elle choisit d'imaginer une suite spirituelle. Cette suite transforme l'errance du livre d'origine en une quête d'émancipation féminine, où l'héroïne doit retrouver son identité et sa force intérieure, symbolisées par sa capacité à terrasser le redoutable Jabberwocky.
Alice (Mia Wasikowska), désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc (Michael Sheen), Bonnet Blanc et Blanc Bonnet (Matt Lucas), le Loir (Barbara Windsor), la Chenille (Alan Rickman), le Chat du Cheshire (Stephen Fry) et, bien entendu, le Chapelier Fou (Johnny Depp). Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin: mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge (Helena Bonham Carter).
AlloCiné | Alice au pays des merveilles
Le choix de Tim Burton derrière la caméra semblait être une évidence absolue tant l'univers baroque du cinéaste résonne avec la folie poétique de Lewis Carroll. Pour incarner cette Alice plus mature et introspective, le réalisateur jette son dévolu sur Mia Wasikowska, une actrice australienne alors peu connue, qu'il décrit à l'époque comme une jeune fille possédant l'âme d'une vieille personne, évitant ainsi le piège d'une héroïne agaçante ou trop précieuse. Pour l'entourer, Burton fait appel à sa garde rapprochée, à commencer par Johnny Depp, qui livre une interprétation mélancolique et habitée du Chapelier Fou, un personnage marqué par les ravages psychologiques de l'empoisonnement au mercure historique des chapeliers. Helena Bonham Carter s'en donne à cœur joie dans le rôle de la tyrannique Reine Rouge, tandis qu'Anne Hathaway propose une Reine Blanche à la gestuelle théâtrale et faussement éthérée, presque digne d'une actrice du cinéma muet.
Visuellement, le film marque un tournant radical dans la carrière de Tim Burton, qui délaisse en grande partie ses décors physiques artisanaux pour s'aventurer dans l'océan du numérique et des fonds verts. Sous la direction photographique de Dariusz Wolski, l'esthétique générale oscille constamment entre la splendeur picturale et la surcharge visuelle. Si la mise en scène brille lors des moments d'intimité ou de tension psychologique entre les personnages, elle perd de sa superbe lors des grandes scènes d'action qui souffrent d'une ressemblance un peu trop marquée avec les blockbusters fantastiques génériques de l'époque. Cette saturation d'effets visuels numériques a d'ailleurs valu au film quelques critiques légitimes, certains spectateurs regrettant la texture tangible et poétique des premiers films du cinéaste.
Heureusement, pour lier cette tempête visuelle et lui redonner son souffle organique, on peut compter sur la partition magistrale de Danny Elfman, le compositeur fétiche de Burton. Le musicien signe ici l'une de ses œuvres les plus mémorables en créant un thème principal pour Alice qui est à la fois mystérieux, enfantin, sombre et héroïque. La musique évolue au rythme de la prise de conscience de l'héroïne, enveloppant le spectateur dans un cocon sonore symphonique et choral qui compense magnifiquement les froideurs occasionnelles des décors virtuels.
Le tournage de cette superproduction n'a pas manqué de moments cocasses et de défis techniques majeurs à relever pour les équipes artistiques. Par exemple, le comédien Crispin Glover, qui incarne le redoutable Valet de Cœur, a dû passer l'intégralité du tournage juché sur des échasses pour donner à son personnage sa stature gigantesque. Après s'être malheureusement foulé la cheville, il a dû être escorté en permanence sur le plateau par des cascadeurs entièrement vêtus de vert, dont la seule mission consistait à le rattraper en plein vol s'il venait à perdre l'équilibre. Du côté de l'animation, les artistes de chez Disney ont poussé le souci du détail jusqu'à passer plusieurs journées complètes dans un refuge pour lapins abandonnés afin d'observer et de filmer sous tous les angles les frémissements de nez et les attitudes de ces rongeurs pour donner vie au Lapin Blanc. Enfin, si Johnny Depp a adoré donner la réplique à des balles de tennis suspendues sur fond vert, la plupart des autres acteurs ont avoué avoir souffert de vertiges et de fatigue oculaire à cause de cet environnement de travail intégralement vert et artificiel.
A sa sortie en salle, Alice au pays des merveilles a reçu un accueil critique particulièrement divisé, les puristes reprochant au film d'avoir transformé l'absurdité géniale de Lewis Carroll en un récit initiatique classique calqué sur le modèle de Jeanne d'Arc. Pourtant, cette division n'a absolument pas freiné son destin au box-office, puisque le long-métrage a pulvérisé les attentes en récoltant plus d'un milliard de dollars de recettes à travers le monde. L'immense triomphe financier de cette œuvre a littéralement ouvert la boîte de Pandore chez Disney, initiant la vague ininterrompue d'adaptations en prises de vues réelles de leurs classiques animés qui continue d'inonder nos écrans aujourd'hui.
##003164##Tu as repris ta taille normale, et c'est une bonne taille, c'est une taille idéale, c'est la taille parfaite, c'est la taille d'Alice, c'est la taille qu'il faut.
Le Chapelier Fou interprété par Johnny Depp | Alice au pays des merveilles