Réalité de merde, ça passe par-dessus la défonce.

Raoul Duke interprété par Johnny Depp | Las Vegas Parano

Las Vegas Parano de Terry Gilliam (1998). Las Vegas Parano de Terry Gilliam (1998).
Las Vegas Parano de Terry Gilliam (1998).

Las Vegas Parano selon Robert Hack.
The Loose End #2 de Hymel et Dwonch (Couverture bis de Robert Hack).

Dans le comic book The Loose End #2 (Hymel et Dwonch • Titan Comics) le cover artist Robert Hack parodie l'affiche du film Las Vegas Parano de Terry Gilliam sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, Raoul Duke interprété par Johnny Depp est remplacé par Steven Hollis.

 

Accrochez vos ceintures car nous embarquons pour un voyage dont on ne ressort pas tout à fait indemne. Sorti sur les écrans américains le 22 mai 1998, Las Vegas Parano (Fear and Loathing in Las Vegas en VO) n'est pas seulement un film, c'est une expérience sensorielle brute qui a marqué l'histoire du cinéma de la fin des années quatre-vingt-dix. Aux commandes de cette machine infernale, on retrouve l'illustre Terry Gilliam, qui s'attaque ici à un monument de la littérature de contre-culture: le roman éponyme de Hunter S. Thompson.

La genèse du projet fut presque aussi chaotique que le périple de ses protagonistes. Adapter l'œuvre de Thompson, réputée infilmable, a longtemps été un serpent de mer à Hollywood. Avant que Gilliam ne reprenne le flambeau, le réalisateur Alex Cox était pressenti, mais des divergences artistiques majeures avec l'auteur original ont conduit à son éviction. C'est finalement l'ancien Monty Python qui a relevé le défi, apportant avec lui son univers baroque et sa capacité unique à filmer l'absurde et le grotesque. Le scénario, coécrit dans l'urgence par Gilliam et Tony Grisoni, tente de retranscrire la structure épisodique et hallucinée du livre tout en conservant la prose percutante du journalisme.

A travers l'épopée à la fois comique et horrible vers Las Vegas du journaliste Raoul Duke (Johnny Depp) et de son énorme avocat, le Dr. Gonzo (Benicio del Toro), évocation caustique et brillante de l'année 1971 aux Etats-Unis, pendant laquelle les espoirs des années soixante et le fameux rêve américain furent balayés pour laisser la place à un cynisme plus politiquement correct.

AlloCiné | Las Vegas Parano

Le choix du casting s'est avéré être un coup de génie absolu. Johnny Depp, qui s'est lié d'une amitié profonde avec Hunter S. Thompson au point de vivre dans son sous-sol pour l'étudier, livre une performance habitée en Raoul Duke. Il en adopte les tics, la voix nasillarde et la démarche de crabe avec une précision chirurgicale. Face à lui, Benicio del Toro est méconnaissable en Dr. Gonzo. L'acteur n'a pas hésité à prendre plus de dix-huit kilos pour incarner cet avocat imprévisible et dangereux, formant avec Depp un duo dont l'alchimie repose sur un déséquilibre permanent et fascinant.

Sur le plan formel, la mise en scène de Gilliam est une leçon de cinéma expérimental à gros budget. Accompagné par le directeur de la photographie Nicola Pecorini, le réalisateur utilise des objectifs grand-angle qui déforment les visages et les espaces, créant un sentiment constant de malaise et de vertige. La photographie joue sur des couleurs saturées et des éclairages parfois agressifs pour simuler les différents états de conscience des personnages. La direction d'acteurs pousse tout le monde vers le haut, ou plutôt vers l'excès, transformant chaque rencontre fortuite dans les hôtels de Las Vegas en un tableau cauchemardesque peuplé de créatures grotesques, à l'image de la célèbre scène de l'hôtel peuplé de lézards géants.

La bande-son du film agit comme une ancre temporelle indispensable, nous plongeant dans l'ambiance de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. De Jefferson Airplane à Ray Charles, en passant par les Dead Kennedys, la musique souligne la collision entre l'idéalisme hippie mourant et la réalité brutale du Nevada.

A sa sortie, le film a reçu un accueil pour le moins polémique, se faisant huer par une partie de la presse lors de sa présentation au Festival de Cannes. Les critiques de l'époque étaient divisées, beaucoup reprochant au film son aspect répétitif et son absence de structure narrative traditionnelle. Pourtant, au fil des années, le vent a tourné. Le film a acquis un statut d'œuvre culte incontestée, devenant une référence absolue pour toute une génération de cinéphiles et d'étudiants. Son influence se ressent encore aujourd'hui dans l'esthétique de nombreux clips musicaux et films traitant de l'altération de la perception. Plus qu'une simple comédie sous acide, Las Vegas Parano est désormais perçu comme une satire féroce et mélancolique de l'échec du rêve américain, prouvant que derrière le rire et le chaos, se cache une œuvre d'une grande profondeur politique.

On était aux environs de Barstow, on attaquait le désert quand les drogues ont commencé à faire effet. Je me rappelle avoir dit un truc du style: "Ça monte, ça y est je décolle, vaut mieux que tu conduises". Soudain, il y eut un énorme grondement autour de nous. Et le ciel fut rempli de ce qui semblait être d'énormes chauves-souris qui voltigeaient, criaient, et voletaient autour de la voiture. Et une voix cria: "Doux Jésus, c'est quoi ces putains de bestioles !"

Raoul Duke interprété par Johnny Depp | Las Vegas Parano

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