Justice Rouge Sang
29 juil. 2026La musique est la bande originale de ma vie.
James Hetfield
...And Justice for All de Metallica (1988).
The Department of Truth #11 de Simmonds et Tynion IV (Couverture bis de Mico Suayan).
Dans le comic book The Department of Truth #11 - "The Hunt" (Simmonds et Tynion IV • Image Comics) le cover artist Mico Suayan parodie la pochette de l'album ...And Justice for All de Metallica sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, Lady Justice alias Doris est remplacée par Babalon alias Scarlet Woman dit aussi "The Woman in the Red Dress".
Pour comprendre comment on en est arrivé à ce monument de complexité, il faut d'abord se rappeler que Metallica n'est pas né dans la dentelle. Formé au début des années 80 sous l'impulsion de Lars Ulrich et James Hetfield, le groupe a rapidement troqué les paillettes du glam rock californien pour le cuir et la sueur du thrash metal. Après avoir posé les bases du genre avec Kill 'Em All et atteint une forme de perfection avec Master of Puppets, les Four Horsemen sont devenus les patrons incontestés de la scène heavy. Pourtant, en 1986, le destin leur fauche leur bassiste prodige, Cliff Burton, dans un accident de bus tragique en Suède. C'est donc un groupe en deuil, mais porté par une rage de survivre, qui s'apprête à entrer en studio pour accoucher de son quatrième opus: ...And Justice for All, marquant le début d'une ère plus sombre et techniquement vertigineuse.
La création de ...And Justice for All en 1988 ressemble à un accouchement dans la douleur, marqué par l'intégration d'un nouveau venu, Jason Newsted, qui a eu la lourde tâche de succéder à une légende. Dans un mélange de bizutage cruel et de deuil mal digéré, Hetfield et Ulrich ont pris des décisions de mixage qui font encore hurler les puristes aujourd'hui, notamment en rendant la basse de Newsted quasiment inaudible. L'idée était de créer un son sec, clinique et presque oppressant, reflétant l'état d'esprit d'un groupe qui ne voulait plus faire de concessions. En poussant les potards de la complexité au maximum, Metallica s'est lancé dans une aventure progressive où les morceaux s'étirent et les structures se brisent, s'éloignant des formats radio pour embrasser une forme de chaos organisé et intellectuel.
1. Blackened
2. ...And Justice for All
3. Eye of the Beholder
4. One
5. The Shortest Straw
6. Harvester of Sorrow
7. The Frayed Ends of Sanity
8. To Live Is to Die
9. Dyers EveMetallica | ...And Justice for All
Lorsqu'on pose l'oreille sur les titres de cet album, on se rend vite compte que le groupe n'est pas là pour trier pour rigoler. L'ouverture sur Blackened nous jette directement dans un brasier de riffs apocalyptiques, tandis que la chanson titre, ...And Justice for All, s'impose comme une épopée de presque dix minutes dénonçant la corruption judiciaire avec une précision chirurgicale. On ne peut évidemment pas passer à côté de One, le premier véritable "tube" du groupe qui a bénéficié d'un clip marquant sur MTV, alternant entre ballade mélancolique et mitraillage de double pédale pour illustrer l'horreur de la guerre. Même les morceaux moins médiatisés comme Harvester of Sorrow ou l'instrumental fleuve To Live Is to Die dégagent une puissance brute, prouvant que Metallica avait atteint un niveau de composition où la technique pure servait enfin un propos politique et social percutant.
Visuellement, l'album est tout aussi iconique grâce à sa pochette mettant en scène "Doris", une statue de la Justice aveugle, enchaînée et malmenée, dont les balances débordent de billets verts. Cette illustration frappante, qui capture parfaitement le cynisme des textes, a été conçue d'après un concept de Stephen Gorman et réalisée graphiquement par Roger Gorman. Le design, épuré et presque spectral avec son fond grisâtre, rompt avec les codes colorés de l'époque pour souligner l'aspect froid et sans issue du contenu musical. C'est une image forte qui a contribué à l'identité visuelle du groupe, au point que Doris est devenue une attraction monumentale lors des tournées, finissant systématiquement en morceaux sur scène pour le plus grand plaisir des fans.
A sa sortie, l'accueil fut un mélange de choc et d'adoration, les critiques saluant l'ambition démesurée du projet tandis que certains fans regrettaient la disparition du "groove" au profit d'une froideur mathématique. Le succès commercial fut néanmoins massif, propulsant Metallica dans la stratosphère des stades et leur offrant leur première nomination aux Grammys, bien qu'ils aient perdu de manière tragi-comique face à Jethro Tull. Malgré les débats éternels sur l'absence de basse, l'album demeure une influence majeure pour des générations de musiciens de metal technique et progressif. Il reste aujourd'hui le témoignage d'un groupe au sommet de son art, capable de transformer une tragédie personnelle en un chef-d'œuvre de colère structurée qui, plus de trente ans après, n'a rien perdu de sa pertinence ni de sa force de frappe.
##003151##Je suis dans cette quête éternelle pour obtenir le meilleur son de guitare au monde, mais ma vision de ce qui est le "meilleur" change à chaque fois que je vais en studio. Parfois, mon objectif est de faire sauter ma guitare, et parfois je veux qu'elle se détende.
James Hetfield