Chaque fois que vous écrivez quelque chose de réflexif, vous devez vous infliger une sorte d'épreuve pour comprendre ce que vous ressentez.

Damon Albarn

Blur: The Best of de Blur (2000).
Blur: The Best of de Blur (2000).

Blur: The Best of selon Uwe de Witt.
Ex-libris Fantastic Four de Uwe de Witt.

Avec l'ex-libris Fantastic Four (Marvel) Uwe de Witt pastiche la pochette de la compilation Blur: The Best of du groupe Blur. Ici, Graham Coxon, Alex James, Damon Albarn et Dave Rowntree sont respectivement remplacés par Reed Richards alias Mr. Fantastic, Susan Storm Richards alias Invisible Woman, Benjamin Jacob Grimm alias Thing et Jonathan Lowell Spencer Storm alias Human Torch.

 

Si le terme "Britpop" évoque instantanément des images de parkas, de rivalités médiatiques épiques avec Oasis et d'une certaine nostalgie anglaise des années 90, c'est en grande partie grâce à Blur. Formé à Colchester à la fin des années 80, le quatuor composé du charismatique Damon Albarn au chant, du guitariste brillant Graham Coxon, du bassiste flegmatique Alex James et du batteur Dave Rowntree a très vite gravi les échelons pour devenir l'un des piliers de la musique britannique.

A l'aube de l'an 2000, alors que la Britpop commençait à perdre de sa superbe et que le groupe sortait de la production torturée et sublime de l'album 13, l'idée d'une compilation est apparue comme une évidence. Blur: The Best of n'est pas seulement arrivé pour combler un vide dans les bacs à disques de Noël, mais pour marquer la fin d'un chapitre colossal. C'était le moment idéal pour rassembler les pièces du puzzle d'une décennie qui a vu Blur passer du statut de jeunes espoirs de la scène londonienne à celui de monument de la musique mondiale. En regroupant leurs plus grands singles, cet album a agi comme une capsule temporelle, figeant l'énergie créatrice du groupe avant qu'ils ne s'éparpillent vers d'autres projets, notamment la carrière solo prolifique d'Albarn avec Gorillaz.

1. Beetlebum
2. Song 2
3. There's No Other Way
4. The Universal
5. Coffee and TV
6. Parklife
7. End of a Century
8. No Distance Left to Run
9. Tender
10. Girls and Boys
11. Charmless Man
12. She's So High
13. Country House
14. To the End
15. On Your Own
16. This Is a Low
17. For Tomorrow
18. Music Is My Radar

Blur | Blur: The Best of

Musicalement, cet album est un véritable festin pour les oreilles, offrant un panorama impressionnant de l'évolution du groupe. Difficile de passer à côté de l'incontournable Song 2, ce raz de marée punk-pop qui, avec son "Woo-hoo !" légendaire, a réussi à faire sauter des stades entiers, tout en restant paradoxalement l'un des titres les plus courts de leur répertoire. On y retrouve également l'hymne générationnel Girls and Boys, avec son synthétiseur entêtant qui nous transporte directement sur les dancefloors des années 90, ou encore le très anglais Country House, symbole de cette guerre des charts contre Oasis. Toutefois, la compilation sait aussi se faire plus douce et introspective avec des perles comme The Universal ou Tender, qui montrent toute la palette émotionnelle d'un Damon Albarn capable de passer de l'ironie cynique à une vulnérabilité touchante avec une facilité déconcertante.

L'aspect visuel de cette compilation est tout aussi iconique que la musique elle-même. La pochette, célèbre pour ses portraits minimalistes des quatre membres du groupe sur fond de couleur, est l'œuvre de l'artiste contemporain Julian Opie. Avec ses lignes épurées et ses aplats de couleurs vives, Opie a réussi à créer une image immédiatement reconnaissable. Les peintures originales de cet album, représentant les membres du groupe, se trouvent à la National Portrait Gallery de Londres.

A sa sortie, l'album a reçu un accueil triomphal, tant de la part des fans, ravis d'avoir enfin tous ces hits réunis, que des critiques musicaux qui ont salué la cohérence du parcours du groupe malgré ses expérimentations sonores successives. Il s'est imposé en tête des charts britanniques, prouvant que, même après une décennie de turbulences, Blur restait une valeur sûre du rock. Son influence est indéniable: en plus d'avoir offert une bande-son parfaite aux années 90, ce disque a agi comme un manuel pour de nombreuses générations de groupes indépendants, leur montrant qu'il est possible de concilier succès commercial et intégrité artistique. Certains puristes regretteront peut-être l'absence de quelques faces B plus confidentielles, mais force est de constater que Blur: The Best of demeure, encore aujourd'hui, la porte d'entrée idéale pour quiconque souhaite comprendre pourquoi ce groupe occupe une place si particulière dans le cœur du public.

Je me souviens, vers l'âge de 15 ans, j'écoutais encore les Pet Shop Boys et Chas & Dave. Un gars de mon école m'a prêté une cassette de Blur, avec un morceau intitulé Bank Holiday. J'ai demandé: "C'est quoi ça ? J'aime bien cette cassette, mais ce morceau est un peu rapide". Il m'a répondu: "Ouais, c'est du punk. Ça dépend de ton humeur". Et là, j'ai eu comme une révélation.

Pete Doherty

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