Godzilla Impact
08 août 2026Le destin de la destruction est aussi la joie de la renaissance.
Keel Lorentz doublé par Mugihito | The End of Evangelion
The End of Evangelion de Hideaki Anno (1997).
Starship Godzilla #2 d'Ono et Gooch (Couverture bis de Louie Joyce).
Dans le comic book Starship Godzilla #2 (Ono et Gooch • IDW Publishing) le cover artist Louie Joyce parodie l'affiche du film d'animation The End of Evangelion de Hideaki Anno sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, Rei Ayanami (Megumi Hayashibara) se transforme en Mechagodzilla, Asuka Langley Soryu (Yūko Miyamura) est remplacée par Ayan et Shinji Ikari (Megumi Ogata) devient Rohan.
Si vous avez déjà terminé une série TV en vous grattant la tête, incrédule face à votre écran, sachez que vous n'avez rien vécu de comparable au traumatisme collectif de la communauté d'otakus du milieu des années quatre-vingt-dix. En 1996, la série animée phénoménale Neon Genesis Evangelion se conclut sur deux épisodes d'une abstraction thérapeutique absolue, laissant de côté l'invasion extraterrestre pour se concentrer sur la psychanalyse de son jeune héros dépressif, Shinji Ikari. Face à la colère monumentale d'une partie du public, le réalisateur Hideaki Anno décide de reprendre les commandes pour offrir au monde une véritable fin ou tout du moins une fin alternative sur grand écran. C'est ainsi que le 19 juillet 1997, les spectateurs japonais se ruent dans les salles obscures pour découvrir The End of Evangelion, un long-métrage qui allait redéfinir à jamais les limites du cinéma d'animation et de la science-fiction.
Pour comprendre la genèse de ce projet hors norme, il faut plonger dans l'esprit tourmenté de son créateur et dans les coulisses chaotiques du studio Gainax. A l'époque, la fin télévisée originale avait été dictée par un manque cruel de budget et de temps, mais aussi par la dépression sévère de Hideaki Anno. Si certains ont vu dans ces épisodes une œuvre d'art conceptuelle brillante, d'autres y ont vu une trahison pure et simple. Le studio et son réalisateur reçurent des tombereaux de lettres d'insultes et même des menaces de mort de la part de fans frustrés. Plutôt que de s'excuser ou de brosser son public dans le sens du poil, Anno choisit de répondre par une œuvre d'une violence psychologique et physique inouïe. Financé par de solides partenaires de production désireux de capitaliser sur la franchise, le film est conçu non pas comme une concession, mais comme une catharsis monumentale et un miroir tendu aux dérives de la culture otaku.
Le scénario du film se divise en deux parties distinctes qui reprennent les numéros des épisodes originaux, les transformant en une lente descente aux enfers. L'histoire commence alors que l'organisation Nerv est prise d'assaut par les forces militaires de la JSSDF dans un raid d'une brutalité réaliste insoutenable. Shinji Ikari, complètement paralysé par le deuil et la culpabilité, refuse de se battre tandis que son amie Asuka Langley Soryu livre un combat désespéré et d'une splendeur tragique contre les terrifiantes unités Eva de production de masse. C'est le prélude au Troisième Impact, un cataclysme mystique initié par les manipulations génétiques de la mystérieuse Rei Ayanami. L'humanité entière fusionne alors dans une immense soupe primordiale d'inconscients connectés, obligeant Shinji à choisir entre la disparition de toute barrière émotionnelle ou le retour à une réalité brute et douloureuse, jalonnée par la souffrance inhérente aux relations humaines.
Sur le plan de la mise en scène, Hideaki Anno livre une véritable démonstration de force stylistique en poussant la direction artistique dans ses retranchements les plus expérimentaux. Le film joue constamment sur des contrastes extrêmes, alternant entre des plans cliniques, d'une froideur industrielle terrifiante, et des visions apocalyptiques baignées de teintes chaudes et organiques. La mise en scène brise régulièrement le quatrième mur, notamment lors d'une séquence mémorable où des images réelles de salles de cinéma japonaises et des photographies des véritables lettres de menaces reçues par le studio défilent à l'écran. Ce collage visuel audacieux, mêlant animation traditionnelle de haute volée et prises de vues réelles, désoriente volontairement le spectateur pour transformer une simple fiction de robots géants en un essai philosophique et thérapeutique particulièrement déstabilisant.
Pour porter une telle charge émotionnelle, la direction des acteurs de doublage devait être impeccable, et Anno s'est montré d'une exigence presque sadique envers son casting d'origine. On retrouve ainsi Megumi Ogata qui prête sa voix fragile et déchirante à Shinji, Yuko Miyamura qui insuffle une rage désespérée à Asuka, et Megumi Hayashibara qui incarne l'énigmatique Rei. Pour obtenir des performances d'un réalisme psychologique absolu, le réalisateur a poussé ses comédiens à puiser dans leurs propres angoisses et insécurités. Ce traitement méthodique a permis d'extraire des cris de douleur, des ricanements névrotiques et des chuchotements d'une intimité rare, conférant aux personnages une épaisseur humaine que l'on retrouve très rarement dans l'animation grand public.
La partition musicale, signée par le fidèle compositeur Shiro Sagisu, joue elle aussi un rôle prépondérant dans l'impact émotionnel du film en s'appuyant sur des juxtapositions artistiques géniales. L'utilisation de morceaux classiques, comme l'inoubliable Air sur la corde de sol de Jean-Sébastien Bach pour illustrer le massacre méthodique des membres de la Nerv, confère une dimension presque sacrée et hautement ironique à la violence visuelle. Le coup de génie absolu reste la chanson pop-folk anglophone Komm, süsser Tod, dont la mélodie enjouée et entraînante, accompagne des paroles d'une tristesse absolue évoquant le suicide et la fin du monde. Voir l'humanité entière se liquéfier joyeusement au rythme d'une ballade aussi rythmée reste l'une des expériences de dissonance cognitive les plus marquantes du septième art.
A sa sortie dans les salles japonaises en 1997, The End of Evangelion a provoqué un séisme culturel majeur, divisant immédiatement les spectateurs en deux camps irréconciliables. Certains critiques et spectateurs ont crié au chef-d'œuvre absolu, saluant le courage d'un cinéaste livrant ses tripes à l'écran, tandis que d'autres ont rejeté en bloc un film jugé inutilement violent, nihiliste et d'une opacité narrative rebutante. Avec le recul des décennies, le statut de l'œuvre a évolué pour devenir un classique incontesté du cinéma mondial, régulièrement cité parmi les meilleurs films d'animation et de science-fiction de tous les temps. Son influence graphique et thématique s'est étendue bien au-delà des frontières de l'archipel nippon, inspirant une génération entière de réalisateurs occidentaux fascinés par cette fusion unique de drame existentiel et d'apocalypse spectaculaire.
##003161##L'homme a peur des ténèbres et il en gratte les bords avec le feu.
Rei Ayanami doublée par Megumi Hayashibara | The End of Evangelion