Johnny dans la jungle
19 sept. 2026J'ai toujours été très intéressée par le conditionnement physique. Je pense depuis longtemps que la compétition sportive entre les peuples et les nations devrait remplacer la violence et les guerres.
Johnny Weissmuller
Dans Odilon Verjus - Tome 6 - "Vade Retro Hollywood !" (Verron et Yann • Le Lombard) Laurent Verron croque Johnny Weissmuller et lui fait jouer son propre rôle d'acteur sur le tournage de Tarzan, l'homme singe où il interprète Tarzan.
(L'image est tirée de la planche 39, case 6).
Odilon Verjus - Tome 6 de Verron et Yann (Planche 39, cases 6)
et
Photographie de tournage du film Tarzan, l'homme singe de W.S. Van Dyke (1932).
Les auteurs rendent donc aussi hommage au film Tarzan, l'homme singe réalisé en 1932 par W.S. Van Dyke avec Johnny Weissmuller dans le rôle-titre et Maureen O'Sullivan dans celui de Jane Parker. Et ici, le cri de Tarzan trouve une origine odilondienne lorsque notre missionnaire favori pousse un cri de rage et de douleur sur le plateau de tournage du film après s'être fait piétiner par une horde de chevaux ! ^^
Johnny Weissmuller (1904-1984) est un nageur olympique américain, cinq fois médaillé d'or aux Jeux olympiques et longtemps recordman du cent mètres nage libre, ainsi qu'un acteur de cinéma, célèbre pour avoir incarné le personnage de Tarzan à douze reprises durant les années 1930 et 1940.
Avant de devenir le visage universel de l'homme-singe, Johnny Weissmuller a d'abord été un véritable poisson humain. Né à l'aube du vingtième siècle dans ce qui est aujourd'hui la Roumanie, le jeune Peter Jonas Weissmuller traverse l'Atlantique très tôt avec sa famille pour s'installer aux Etats-Unis. Chétif et sujet à des soucis de santé durant son enfance, c'est sur les conseils d'un médecin qu'il se jette à l'eau. Personne ne se doute alors que ce traitement médical va donner naissance à l'un des plus grands monstres sacrés de l'histoire du sport. Le bassin devient rapidement son royaume, et le jeune homme commence à nager plus vite que son ombre, développant un style de crawl révolutionnaire qui va laisser ses adversaires loin derrière.
Aux Jeux olympiques de Paris en 1924, puis à ceux d'Amsterdam en 1928, il survole la concurrence en raflant un total impressionnant de cinq médailles d'or. Il entre également dans l'histoire en devenant le tout premier homme à passer sous la barre mythique de la minute au cent mètres nage libre. Invaincu durant toute sa carrière officielle, le champion se forge une réputation d'invincibilité absolue et de playboy athlétique.
Hollywood, toujours à l'affût de corps parfaits et de charisme brut, ne pouvait pas laisser passer un tel phénomène. C'est ainsi que la Metro-Goldwyn-Mayer lui propose d'enfiler un pagne pour incarner Tarzan dans une série de films qui vont redéfinir le cinéma d'aventure. Le succès est immédiat et colossal, propulsant Weissmuller d'une gloire sportive déjà immense à une célébrité mondiale absolue. C'est lui qui popularise le fameux cri de Tarzan, un hurlement mémorable combinant yodel autrichien et techniques de studio qui résonne encore dans l'imaginaire collectif.
Pourtant, avec le recul historique, l'œuvre cinématographique de Weissmuller mérite une analyse nuancée. D'un côté, son magnétisme physique et sa décontraction naturelle ont donné une vie extraordinaire au personnage créé par Edgar Rice Burroughs. Il y a une grâce indéniable dans sa façon de se mouvoir dans l'eau ou de sauter de liane en liane, faisant oublier les décors parfois rudimentaires des studios de l'époque. Son duo avec la guenon Cheetah apporte une touche de comédie légère qui a enchanté des générations de spectateurs, faisant de ces films de formidables divertissements familiaux.
D'un autre côté, le bilan artistique est loin d'être parfait. Les adaptations portées par Weissmuller ont profondément trahi l'œuvre littéraire d'origine. Le Tarzan des romans était un aristocrate anglais polyglotte et cultivé, tandis que la version hollywoodienne en a fait un bon sauvage s'exprimant par grognements et phrases minimalistes. Ce choix scénaristique a grandement contribué à propager une vision condescendante, voire coloniale, des populations locales et du continent africain. De plus, la répétition lassante des intrigues au fil des douze films de la saga a fini par user la formule, transformant un chef-d'œuvre d'aventure en une sorte de routine un peu kitsch.
Coincé dans ce rôle d'éternel homme des bois alors que les années et les kilos commençaient à s'accumuler, l'acteur a tenté de rebondir en incarnant Jungle Jim, une sorte de Tarzan habillé d'une chemise coloniale. Cette transition, bien que lucrative, a confirmé les limites de son jeu d'acteur, Weissmuller n'ayant jamais réussi à s'extirper du registre de l'aventurier naïf en milieu hostile. Les dernières décennies de sa vie furent d'ailleurs marquées par une nostalgie parfois douloureuse, l'ancien champion continuant de pousser son cri légendaire pour les visiteurs de sa maison de retraite, comme pour se convaincre que le seigneur de la jungle n'avait pas tout à fait disparu. Malgré ces ombres au tableau, Johnny Weissmuller reste une icône indéboulonnable, ayant réussi le doublé unique d'être à la fois une légende du sport et le visage définitif d'un mythe populaire.
##003203##Comment un homme peut grimper aux arbres, peut dire "Moi Tarzan, toi Jane" et faire des millions ? Le public pardonne mon faible niveau de jeu, parce qu'il sait que j'étais un athlète. Il sait que je ne faisais pas semblant.
Johnny Weissmuller