Glenn Ford vs. Blueberry
07 août 2026De toutes les personnes que je connais qui ne valent pas la peine d'être sauvées, tu es la première qui me vient à l'esprit.
Dan Blaine interprété par Glenn Ford | Le Pistolero de la rivière rouge
Le Pistolero de la rivière rouge de Richard Thorpe (1967).
Ex-libris M.S. Blueberry: Dodge City - Kansas 1880 de Jean Giraud.
Avec Ex-libris M.S. Blueberry: Dodge City - Kansas 1880 (Dargaud) Jean Giraud pastiche un plan du film Le Pistolero de la rivière rouge de Richard Thorpe. Ici, le marshal Dan Blaine interprété par Glenn Ford est remplacé par Mike Steve Donovan dit Blueberry.
Aujourd'hui, on dépoussière une petite curiosité de l'histoire du western, un film qui capture à merveille l'ambiance de la fin d'une époque. Sorti sur les écrans américains avec une avant-première mémorable à Atlanta le 29 septembre 1967 avant une diffusion nationale en décembre de la même année, Le Pistolero de la rivière rouge (The Last Challenge en VO) est un long-métrage qui mérite qu'on s'y arrête, autant pour ce qu'il montre à l'écran que pour ce qu'il représente dans l'histoire de la machine hollywoodienne.
Commençons par démêler un imbroglio littéraire et scénaristique qui passionne encore les historiens du cinéma. Si vous vous baladez sur le web, vous lirez souvent que le scénario a été écrit par le célèbre Albert Maltz, l'un des membres des "Dix de Hollywood" victimes de la liste noire durant la sinistre période du maccarthysme. La légende veut qu'il ait écrit le script sous le pseudonyme de John B. Sherry. Sauf qu'en réalité, il s'agit d'une belle fausse piste. Le film est bel et bien adapté d'un roman de 1966 intitulé Pistolero's Progress, écrit par un véritable auteur de l'époque nommé John Olden Sherry. C'est ce même John Sherry qui a coécrit l'adaptation pour l'écran aux côtés de Robert Emmett Ginna. Rendons donc à César ce qui appartient à César, et à John Sherry la paternité de cette intrigue tendue.
Le shérif Dan Blaine (Glenn Ford) souhaite oublier son passé de pistolero depuis qu'il a choisi de passer définitivement du côté de la loi. Pourtant sa réputation de fin tireur attire de jeunes hors-la-loi déterminés à se mesurer à lui dans un duel au pistolet. C'est cette ambition qui pousse Lot McGuire (Chad Everett) à s'installer dans la petite ville. Malgré l'amitié qui naît entre les deux hommes et les diverses tentatives de Lisa (Angie Dickinson), la propriétaire du saloon, pour éviter le duel, celui-ci a lieu...
AlloCiné | Le Pistolero de la rivière rouge
Pour orchestrer cette tragédie crépusculaire, la Metro-Goldwyn-Mayer fait appel à un véritable monument du studio, le réalisateur Richard Thorpe. A soixante et onze ans, Thorpe est une légende de productivité avec près de cent quatre-vingts films à son actif, allant de Jailhouse Rock avec Elvis Presley à Ivanhoé. Surnommé "One-Take Thorpe" pour son habitude de ne faire qu'une seule prise afin de respecter les budgets, il signe ici son tout dernier film avant de prendre sa retraite. Côté casting, on retrouve le très solide Glenn Ford dans le rôle du shérif fatigué, un acteur qui trimballe sa carcasse de cowboy avec une autorité naturelle. Face à lui, le jeune premier Chad Everett campe le rival provocateur avec une assurance un peu trop propre mais convaincante. La touche de glamour et de piquant est apportée par la superbe Angie Dickinson dans le rôle de Lisa, tandis que le légendaire Jack Elam, avec son regard de travers si caractéristique, fait des merveilles dans le rôle du tueur à gages miteux et opportuniste.
Sur le plan visuel et stylistique, le film se situe à la croisée des chemins. Nous sommes en 1967, l'année où le western spaghetti italien de Sergio Leone redéfinit le genre avec sa poussière, sa violence graphique et son cynisme. Face à cette révolution, la mise en scène de Richard Thorpe reste désespérément classique, voire académique. La photographie d'Ellsworth Fredericks offre des images somptueuses mais peut-être un peu trop propres pour un Far West réaliste. Néanmoins, la direction d'acteurs est d'une belle précision. Glenn Ford insuffle une véritable mélancolie à son personnage, et la tension psychologique entre le vieux mentor malgré lui et l'élève obstiné fonctionne à merveille, maintenant le spectateur en haleine jusqu'au dénouement tragique dans le saloon.
Pour accompagner cette ambiance de fin de règne, la partition musicale est confiée à Richard Shores. Son travail s'inscrit dans la pure tradition du western symphonique hollywoodien. La musique se fait tour à tour triomphante lors des chevauchées et dramatique lors des confrontations. Si elle s'avère extrêmement efficace pour souligner la tension du récit, elle manque parfois d'un soupçon d'audace ou d'un thème central mémorable qui lui aurait permis de rivaliser avec les compositions européennes de l'époque qui commençaient à envahir les esprits.
A sa sortie en salles, l'accueil critique est plutôt partagé. Le prestigieux New York Times qualifie l'œuvre de petit film indolore et sans grand intérêt, saluant tout de même la performance des acteurs. De son côté, le magazine Variety se montre beaucoup plus enthousiaste, louant le rythme soutenu imposé par Richard Thorpe et la crédibilité des personnages. Le film ne sera pas un immense carton au box-office, éclipsé par la modernité du Nouvel Hollywood qui pointait alors le bout de son nez. Avec les années, les historiens du cinéma et les passionnés de western ont réévalué le film comme un témoignage touchant d'un savoir-faire classique en voie de disparition. Sans avoir eu une influence majeure sur le genre, Le Pistolero de la rivière rouge reste un très beau portrait psychologique, une œuvre crépusculaire et nostalgique qui clôt avec dignité la carrière de l'un des réalisateurs les plus prolifiques de l'âge d'or hollywoodien.
##003160##Tu sais que les personnes les plus dangereuses du monde, Lot, sont celles qui n'apprennent pas de leurs propres erreurs. Comme toi.
Dan Blaine interprété par Glenn Ford | Le Pistolero de la rivière rouge