La chance a tourné. C'était trop beau pour durer.

James 'Sonny' Crockett interprété par Don Johnson | Deux flics à Miami

Deux flics à Miami créé par Anthony Yerkovich (1984).
Deux flics à Miami créé par Anthony Yerkovich (1984–1989).

Deux flics à Miami selon Jim Rugg.
Usagi Yojimbo: Kaitō '84 #1 de Cullum et Rosenberg (Couverture bis de Jim Rugg).

Dans le comic book Usagi Yojimbo: Kaitō '84 #1 (Cullum et Rosenberg • Dark Horse) le cover artist Jim Rugg parodie la série TV Deux flics à Miami créée par Anthony Yerkovich sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, les détectives James Crockett interprété par Don Johnson et Ricardo Tubbs campé par Philip Michael Thomas sont remplacés par Kaitō Usagi.

 

Si vous fermez les yeux et que vous imaginez les années quatre-vingt, il y a de fortes chances pour que des images de vestes en lin rose, de mocassins portés sans chaussettes et de voitures de sport filant sous les néons vous viennent à l'esprit. Tout cet imaginaire collectif, nous le devons en grande partie à une série qui a redéfini les codes de la télévision: Deux flics à Miami (ou Miami Vice pour les puristes). Créée par Anthony Yerkovich et produite par le styliste de l'image Michael Mann, la série a débarqué sur les écrans américains de NBC le 16 septembre 1984. Elle s'est achevée après 5 saisons intenses et un total de 108 épisodes, tirant sa révérence officielle le 21 mai 1989, bien que quelques épisodes inédits aient été diffusés plus tardivement. Aujourd'hui, la série est bel et bien terminée, trônant au panthéon des œuvres cultes qui ont marqué la culture pop au fer rouge.

L'histoire de la création de la série ressemble presque à une légende urbaine. Tout aurait commencé par une simple note de deux mots griffonnée par Brandon Tartikoff, alors patron de NBC: "MTV Cops". L'idée était de capter l'attention de la nouvelle génération biberonnée aux clips musicaux en transposant l'esthétique du réseau musical dans un univers policier. Anthony Yerkovich, qui avait déjà fait ses armes sur Capitaine Furillo, s'est emparé de ce concept pour l'ancrer dans la réalité brûlante de Miami. A l'époque, la ville n'était pas encore le paradis touristique que l'on connaît, mais plutôt une plaque tournante du trafic de drogue et du blanchiment d'argent. Ce contraste entre la violence du milieu criminel et le soleil de la Floride a servi de terreau fertile pour une narration plus sombre qu'il n'y paraît.

Miami, c'est d'un côté soleil, plage et fête, mais de l'autre, c'est drogue, corruption et autres trafics. Sonny (Don Johnson) et Ricardo (Philip Michael Thomas) sont deux policiers bien décidés à faire règner la justice dans cette ville. L'un vit sur un yacht et conduit une Ferrari, l'autre est venu de New York pour retrouver l'assassin de son frère.

AlloCiné | Deux flics à Miami

Si les premiers épisodes suivent une structure de procédure policière traditionnelle, la série se distingue rapidement par sa capacité à traiter de sujets graves comme la corruption institutionnelle, la trahison et la solitude inhérente à la vie d'infiltré. Le scénario ne craint pas de laisser ses héros sur un échec ou dans une amertume profonde, brisant ainsi les codes de la série d'action où le bien triomphe toujours avec le sourire.

Trouver le duo idéal ne fut pas une mince affaire, car Don Johnson a failli passer à côté du rôle de sa vie. Après avoir tourné plusieurs pilotes qui n'avaient jamais abouti, l'acteur était considéré comme un chat noir par les studios. Pourtant, son charisme nonchalant et son look de beau gosse mal rasé ont fini par convaincre la production. A ses côtés, Philip Michael Thomas a apporté une élégance new-yorkaise et un dynamisme qui complétaient parfaitement le duo. Leur complicité à l'écran est le véritable moteur de la série, rendant crédible cette amitié indéfectible au milieu d'un monde de faux-semblants. Autour d'eux, le casting secondaire, notamment Edward James Olmos dans le rôle du ténébreux lieutenant Castillo, a apporté une rigueur et une profondeur dramatique indispensable.

C'est sur le plan visuel que Miami Vice a véritablement assommé la concurrence. Sous l'impulsion de Michael Mann, la série a imposé une charte graphique stricte où les couleurs terreuses comme le marron ou le rouge étaient proscrites au profit des tons pastels, du bleu turquoise et du blanc électrique. La photographie utilisait des techniques cinématographiques jusque-là réservées au grand écran, avec des compositions de plans très graphiques et une utilisation audacieuse des éclairages au néon. La mise en scène privilégiait l'ambiance et le ressenti sur l'explication dialoguée, laissant souvent les images parler d'elles-mêmes. Quant à la direction d'acteurs, elle tendait vers un certain minimalisme, renforçant cette atmosphère de "coolitude" glacée qui est devenue la signature de l'œuvre.

On ne peut pas évoquer cette série sans parler de son identité sonore révolutionnaire. Jan Hammer a composé un thème aux synthétiseurs devenu mondialement célèbre, mais l'innovation résidait surtout dans l'utilisation de tubes pop et rock contemporains. Pour la première fois, une série investissait des sommes colossales pour acheter les droits de chansons de Phil Collins, Dire Straits ou U2 afin de les intégrer organiquement à l'intrigue. La scène mythique du pilote où les deux héros roulent de nuit dans Miami au son de In the Air Tonight a changé à jamais la façon dont la musique est utilisée à la télévision, transformant une simple transition en un moment de pur lyrisme mélancolique.

Saviez-vous que la célèbre Ferrari Daytona noire des premières saisons était en réalité une réplique construite sur un châssis de Corvette ? Enzo Ferrari lui-même, peu impressionné par cette contrefaçon, a fini par offrir deux véritables Testarossa blanches à la production pour sauvegarder l'image de sa marque. Une autre star du plateau était Elvis, l'alligator de compagnie de Crockett, qui vivait sur son bateau. L'animal était une source de stress constante pour l'équipe, et Don Johnson lui-même n'était pas toujours rassuré à l'idée de partager ses scènes avec un reptile au tempérament imprévisible.

A sa sortie, la série a été un raz de marée culturel, influençant aussi bien la mode masculine que la décoration d'intérieur et la manière de filmer les villes la nuit. Si la critique a parfois reproché à la série de privilégier le style sur la substance, le public a immédiatement adhéré à cet univers flamboyant. Avec le recul, les fans et les analystes saluent aujourd'hui Deux flics à Miami comme le pont indispensable entre la télévision classique et l'ère moderne des séries à gros budget. Son influence se fait encore sentir dans des œuvres comme le jeu vidéo Grand Theft Auto: Vice City ou le cinéma de Nicolas Winding Refn. Malgré quelques épisodes qui ont pris une ride esthétique, l'âme de la série reste intacte: elle demeure le témoignage fascinant d'une époque qui a osé transformer le crime en une œuvre d'art acidulée.

L'héritage de la série ne s'est pas arrêté au générique de fin de 1989. En 2006, Michael Mann lui-même a revisité son œuvre avec un long-métrage éponyme porté par Colin Farrell et Jamie Foxx. Loin de la nostalgie pastel, ce film a pris le contre-pied total de l'original en proposant une immersion ultra-réaliste, sombre et brute, qui a divisé les fans mais a fini par acquérir un statut de film culte chez les cinéphiles. Quant au petit écran, l'idée d'une nouvelle série est dans l'air depuis plusieurs années. Un projet de reboot produit par Vin Diesel et Chris Morgan a été annoncé par NBC, mais il semble pour l'instant stagner dans les cartons de la production. Cependant, la flamme de la "Vice-mania" s'apprête à être ravivée au cinéma: un tout nouveau reboot réalisé par Joseph Kosinski est officiellement sur les rails pour une sortie en 2027. Ce projet, qui devrait revenir aux sources des années 80 avec un casting pressenti incluant Austin Butler et Michael B. Jordan, prouve que l'univers créé par Anthony Yerkovich n'a pas fini de faire vrombir ses moteurs sous le soleil de la Floride.

Les choses tournent mal. Le destin finit par rattraper les autres. Les probabilités, c'est comme la gravité: on ne peut pas négocier avec elle. Un jour… un jour, il faudra encaisser, tu vois ? Encaisser et se retirer.

James 'Sonny' Crockett interprété par Don Johnson | Deux flics à Miami

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