S'il me donnait ce qu'il dépense pour que j'arrête de le voler, j'arrêterais.

Butch Cassidy interprété par Paul Newman | Butch Cassidy et le Kid

Photographie promotionnelle du film Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969). Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969).
Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969).

Butch Cassidy et le Kid selon Sean Murphy.
Chrononauts #4 (Image Comics) de Sean Murphy et Mark Millar (Couverture bis).

Dans le comic book Chrononauts #4 (Murphy et Millar • Image Comics) Sean Murphy parodie l'affiche du film Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill sur la couverture alternative de la BD. Ici, Butch Cassidy interprété par Paul Newman est remplacé par Daniel Reilly et Sundance Kid campé par Robert Redford devient Corbin Quinn.

 

Ah, Butch Cassidy et le Kid, si vous demandez à quelqu'un de citer un "buddy movie", il y a de fortes chances que ce titre sorte dans les premiers. Et pour cause, sorti le 24 septembre 1969, ce film de George Roy Hill est devenu un monument. Pourtant, sur le papier, le mélange avait de quoi surprendre: un western crépusculaire, deux superstars hollywoodiennes au sommet de leur charisme, une bande-son pop... et une histoire vraie de hors-la-loi qui sont, soyons honnêtes, de (très) charmants ratés. Accrochez-vous, on enfourche notre bicyclette (oui, oui) et on part sur les traces de ce chef-d'œuvre.

L'histoire de Butch Cassidy commence avec un homme: William Goldman. Dans les années 60, Goldman est un scénariste qui monte. Il passe des années à se documenter sur les vrais Butch Cassidy (le cerveau) et Sundance Kid (le pistolet) et découvre un détail fascinant: pour échapper à la modernité qui les rattrape, symbolisée par le téléphone, le train, et surtout les "super-posses", les deux compères ont fui... en Bolivie. Ce n'est plus le western classique du héros conquérant. C'est l'histoire d'une fuite en avant, d'un "rêve américain" à l'envers. Le scénario de Goldman est si bon, si moderne dans son ton et ses dialogues, qu'il déclenche une guerre des enchères à Hollywood. La 20th Century Fox finit par l'acheter pour 400 000 $ (environ 3,5 millions de dollars d'aujourd'hui), un record absolu à l'époque pour un scénario original.

Au début du XXe siècle, Butch Cassidy (Paul Newman) et son ami Sundance Kid (Robert Redford) pillent les trains et les banques. Les deux malfrats élaborent un plan ingénieux qui leur permet de dévaliser deux fois le même convoi, mais les autorités sont sur leur piste.
Le Kid retrouve son amie, Etta Place (Katharine Ross), une jeune institutrice, et Butch Cassidy improvise avec elle un brillant numéro à bicyclette.
La seconde attaque de l'Union Pacific oblige les deux complices et Etta à abandonner leurs amis et à fuir en Bolivie. Là, ils poursuivent leurs exploits criminels et ce, malgré la défection de la jeune femme, effrayée par la tournure que prennent les événements.

AlloCiné | Butch Cassidy et le Kid

Le projet est lancé, mais il faut un réalisateur et des acteurs. George Roy Hill, un réalisateur solide, est choisi. Pour les rôles titres, c'est plus compliqué. Paul Newman, alors la plus grande star du monde, est rapidement attaché au projet pour jouer Butch Cassidy. Mais qui pour jouer le Kid ? Le studio veut une star équivalente. On parle de Steve McQueen, de Warren Beatty, ou même de Marlon Brando. Mais Paul Newman rencontre un acteur blond, relativement peu connu du grand public à l'époque, qui fait surtout du théâtre et un peu de télévision: Robert Redford. Newman doit se battre contre le studio, mais il impose Redford. L'alchimie entre les deux est instantanée. Ce n'est pas juste un duo d'acteurs, c'est le duo. Leur complicité, leur humour, leur façon de se renvoyer la balle sont le cœur battant du film. Katharine Ross, sortant tout juste du succès du Lauréat, complète ce trio magnétique en Etta Place.

George Roy Hill prend le scénario de Goldman et décide de ne pas faire un western à la John Ford. Il va briser les codes. Le film est visuellement somptueux. Le directeur de la photographie, Conrad Hall (qui gagnera un Oscar pour son travail), baigne la première partie du film dans une lumière dorée, chaude, presque nostalgique. C'est l'Ouest rêvé. Mais Hill utilise des techniques très "Nouvelle Vague": des ralentis, des arrêts sur image (le fameux plan final), et surtout, des séquences entières en sépia. Ces intermèdes (comme le prologue ou le voyage à New York) ressemblent à de vieilles photos de famille, soulignant que l'on regarde une époque déjà morte, un souvenir. Hill laisse ses acteurs jouer. Le film repose sur le charme. Newman est le causeur, l'optimiste, le cerveau dont les plans foirent systématiquement. Redford est le taiseux, le professionnel, la gâchette la plus rapide (mais qui ne sait pas nager). Leur relation d'amitié est plus crédible que bien des histoires d'amour au cinéma.

Photographie promotionnelle du film Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969).
Photographie promotionnelle du film Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969).

La décision la plus radicale et peut-être la plus géniale du film est sa musique. George Roy Hill engage Burt Bacharach, un compositeur de pop ultramoderne des années 60. Imaginez la scène, Butch Cassidy fait du vélo avec Etta Place, une scène qui n'a aucun sens narratif, juste là pour la beauté du geste. Et là, au lieu d'une musique de saloon, on entend quoi ? Raindrops Keep Fallin' on My Head de B.J. Thomas. Une ballade pop, avec des "la-la-la". A la sortie du film, une partie de la critique a hurlé au sacrilège. Un anachronisme total ! Mais le public a adoré. Cette musique décalée renforce l'idée que Butch et Sundance ne sont pas à leur place. La chanson et la bande originale gagneront deux Oscars.

La phrase la plus célèbre du film, "Mais qui sont ces types ?", prononcée par Butch et Sundance alors que la "super-posse" les traque sans relâche, résume le film. C'est la fin de leur monde: ils ne sont plus les prédateurs, ils sont les proies.

Pour la scène où Butch et Sundance sautent dans la rivière, la légende dit que Newman et Redford ont fait le saut eux-mêmes. En réalité, ce sont leurs doublures... mais les deux acteurs ont couru jusqu'au bord et ont sauté sur des matelas juste hors champ, pour le réalisme du mouvement. C'est dans cette scène que Sundance avoue: "Je sais pas nager !". Réponse de Butch: "Mais t'es con ? La chute va te tuer de toute façon !".

À sa sortie en 1969, Butch Cassidy et le Kid divise la critique. Certains, comme le New York Times, sont perplexes, trouvant le film trop "mignon", trop pop, pas assez sérieux pour un western. Mais le public ? Le public se rue dans les salles. C'est un triomphe absolu, le plus gros succès au box-office de l'année 1969. Le film remporte 4 Oscars (Scénario, Photographie, Musique et Chanson).

Avec le temps, les critiques ont révisé leur jugement. Le film est aujourd'hui considéré comme un tournant. Il a redéfini le western en le mélangeant avec la comédie et le drame ce qu'on appellera le "western crépusculaire". Il a prouvé qu'on pouvait faire un film sur des antihéros attachants. Et surtout, il a créé le moule du "buddy movie" moderne, dont l'influence se ressent encore dans des films comme L'Arme Fatale ou Ocean's Eleven.

Plus de 50 ans après, le film n'a pas pris une ride. Il reste drôle, magnifique et tragique, porté par la grâce de deux acteurs au sommet. Et il se termine sur l'un des plus beaux arrêts sur image de l'histoire du cinéma, figeant les deux hors-la-loi dans leur légende, pour l'éternité.

Ce plan, c'est celui qui nous a réuni aujourd'hui. Et cette dernière scène où Butch et Sundance sont tués après un siège, est historiquement inexacte. Ils ont été tués à San Vicente en novembre 1908. Il n'y avait pas des centaines de soldats boliviens, mais seulement deux qui se sont joints à quelques policiers pour les cerner. Seuls un soldat et un policier ont été tués dans l'escarmouche qui eut lieu dans la nuit et non en plein jour comme le montre le film. Ce sont les raisons pour lesquelles le gouvernement bolivien refusa la projection du film dans ce pays à l'époque.

- L'autre banque était plus belle !
- Oui, mais les gens la dévalisaient.
- La beauté mérite bien ce petit sacrifice.

Butch Cassidy (Paul Newman) et Sudence Kid (Robert Redford) | Butch Cassidy et le Kid

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