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Sam 'Ace' Rothstein interprété par Robert De Niro | Casino

Casino de Martin Scorsese (1995).
Casino de Martin Scorsese (1995).

Casino selon Fritz Casas. Casino selon Fritz Casas.
Torpedo 1972 #3 de Risso et Sánchez Abuli (Couverture bis de Fritz Casas).

Dans la version américaine de la BD Torpedo 1972 #3 (Risso et Sánchez Abuli • Ablaze) le cover artist Fritz Casas parodie l'affiche du film Casino de Martin Scorsese sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, Nicky Santoro interprété par Joe Pesci est remplacé par Rascal, Sam 'Ace' Rothstein campé par Robert De Niro devient Lucas Torelli alias Torpedo et Ginger McKenna jouée par Sharon Stone se transforme en Lou.

 

Sorti dans les salles de cinéma aux Etats-Unis le 22 novembre 1995, Casino de Martin Scorsese n'est pas seulement un film de gangsters de plus sur la grille des programmes. C'est une fresque monumentale, baroque et impitoyable sur la grandeur et la décadence du temple mondial du jeu. Vingt-neuf ans plus tard, ce rouleau compresseur cinématographique conserve toute sa hargne et son éclat néon.

Pour comprendre d'où vient cette mécanique si bien huilée, il faut remonter à la genèse du projet. Au début des années 90, Martin Scorsese sort du triomphe critique des Affranchis. Le cinéaste américain entend parler des recherches du journaliste d'investigation Nicholas Pileggi, qui travaille alors sur un ouvrage consacré à la mainmise de la mafia de Chicago sur Las Vegas dans les années 70 et 80. Passionné par cette histoire vraie centrée sur le gestionnaire de casino Frank Rosenthal et le tueur à gages Anthony Spilotro, Scorsese contacte immédiatement Pileggi. Les deux hommes décident d'écrire le scénario main dans la main, avant même que le livre de Pileggi ne soit publié, donnant naissance à un processus de création en parallèle assez rare à Hollywood.

En 1973, Sam Ace Rothstein (Robert De Niro) est le grand manitou de la ville de toutes les folies, Las Vegas. Il achète et épouse une virtuose de l'arnaque, Ginger McKenna (Sharon Stone), qui sombre bien vite dans l'alcool et la drogue. Mais un autre ennui guette Sam, son ami d'enfance Nicky Santoro (Joe Pesci), qui entreprend de mettre la ville en coupe réglée...

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Sur le plan scénaristique, le film choisit de raconter l'histoire à travers les yeux de trois figures tragiques dont les destinées vont s'entrechoquer violemment. D'un côté, nous avons Sam 'Ace' Rothstein, un bookmaker d'une précision maniaque envoyé par le milieu pour diriger le Tangiers, un gigantesque hôtel-casino. De l'autre, son ami d'enfance Nicky Santoro, un homme de main brutal et imprévisible chargé d'assurer sa protection mais dont l'ambition dévorante va tout faire dérailler. Enfin, l'équation devient explosive avec l'arrivée de Ginger McKenna, une arnaqueuse de haut vol dont Ace tombe follement amoureux, mais qu'il tente en vain de contrôler avec de l'argent et des bijoux. Le récit décortique sans concession les mécanismes de l'avidité, du pouvoir et de la confiance brisée, le tout rythmé par des voix off croisées qui nous plongent dans les pensées intimes de ses protagonistes.

Le choix du réalisateur et la constitution de la distribution se sont faits dans une continuité presque naturelle, mais non sans audace. Martin Scorsese était évidemment le chef d'orchestre idéal pour cette symphonie du crime. Pour incarner le duo masculin, les retrouvailles entre Robert De Niro en Ace Rothstein et Joe Pesci en Nicky Santoro relevaient de l'évidence tant leur alchimie crève l'écran. La véritable surprise est venue de la distribution du rôle féminin principal. Alors que des stars établies comme Madonna ou Nicole Kidman étaient pressenties, Sharon Stone s'est battue avec une ferveur impressionnante pour décrocher le rôle de Ginger. Face aux deux monstres sacrés du cinéma américain, elle offre une prestation phénoménale et tragique. Le reste du casting s'avère tout aussi savoureux, intégrant l'acteur James Woods dans le rôle du maquereau miteux et le légendaire humoriste Don Rickles dans un rôle à contre-emploi d'une grande sobriété.

Sur le plan du style, la mise en scène de Martin Scorsese atteint ici des sommets de virtuosité. La caméra est en mouvement perpétuel, enchaînant travellings vertigineux, arrêts sur image et zooms foudroyants, portés par le montage d'une précision chirurgicale de la fidèle Thelma Schoonmaker. La photographie de Robert Richardson constitue l'autre grand pilier esthétique du film, sublimant les éclairages crus des salles de jeu, les néons saturés de la ville et la lumière aride du désert environnant pour créer un contraste saisissant entre le paradis artificiel et la brutalité du monde réel. En matière de direction d'acteurs, Scorsese laisse une marge de manœuvre considérable à l'improvisation, poussant De Niro dans ses retranchements de perfectionniste maniaque et permettant à Pesci de déployer une menace terrifiante à chaque réplique.

Un autre élément fondamental de la signature du film réside dans son utilisation de la musique. Refusant la présence d'une bande originale symphonique classique composée pour l'occasion, Martin Scorsese et son conseiller musical Robbie Robertson ont conçu une partition faite exclusivement de morceaux du répertoire populaire et classique. L'ouverture du film, spectaculaire et tragique, s'ouvre ainsi sur les accords sacrés de la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, tandis que le reste du métrage est irrigué par des classiques du rock, du blues et de la soul, allant des Rolling Stones à B.B. King en passant par Devo. La musique n'est pas un simple fond sonore, elle agit comme un véritable moteur narratif qui impose son tempo aux images.

Casino a été intégralement tourné dans les conditions du réel au sein du célèbre hôtel-casino Riviera à Las Vegas, principalement entre quatre heures et dix heures du matin pour ne pas trop perturber l'activité des véritables joueurs. Le travail sur les costumes fut pharaonique: Robert De Niro arbore pas moins de soixante-dix tenues différentes à l'écran, tandis que Sharon Stone en porte quarante. La comédienne a d'ailleurs souffert d'intenses douleurs au dos en raison du poids de ses robes, dont une création dorée bordée de perles qui pesait près de vingt kilos.

Au-delà de la trajectoire personnelle de ses personnages, Casino développe une thématique plus large et fascinante: celle de la mutation historique de Las Vegas. Le film montre minutieusement la fin d'une époque, celle du gangstérisme artisanal et haut en couleur, supplanté progressivement par le capitalisme financier des grandes corporations. Les derniers plans du film résonnent comme une ode mélancolique à un monde disparu, où les figures hautes en couleur de la pègre ont été remplacées par des fonds d'investissement et des familles en vacances venues profiter de parcs d'attractions climatisés.

Lors de sa sortie en salle à la fin de l'année 1995, l'accueil critique du film s'est révélé globalement positif mais légèrement mesuré. Certains journalistes reprochaient alors à Scorsese de signer une redite trop proche des Affranchis, en plus de pointer du doigt sa durée imposante de près de trois heures et sa violence explicite. Néanmoins, la performance théâtrale et poignante de Sharon Stone fit l'unanimité, lui valant le Golden Globe de la Meilleure actrice et une nomination à l'Académie des Oscars. Sur le plan commercial, le film rencontre son public avec plus de 116 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget estimé à une cinquantaine de millions.

Avec le recul des années, le regard des fans et des historiens du cinéma a considérablement évolué. Casino n'est plus du tout perçu comme un simple double des Affranchis, mais comme l'aboutissement majestueux d'une trilogie informelle sur le crime organisé chez Scorsese. Sa rigueur documentaire, la richesse encyclopédique de sa narration et sa beauté plastique en font aujourd'hui un classique absolu du cinéma américain des années 90, dont l'influence se fait encore sentir dans de nombreuses séries et films contemporains.

Il y a des tas de trous dans le désert. Et des tas de problèmes enterrés dans ces trous. Sauf que tu dois faire ça comme il faut. Il faut que ton trou soit déjà creusé quand tu t'pointes avec ton paquet dans la malle. Sinon faut bien compter une demi-heure ou trois quarts d'heure à trimer avec ta pelle. Et va savoir qui va ramener sa fraise pendant ce temps-là... T'as pas l'temps de dire "Ouf" t'es obligé de creuser d'autres trous. Tu vas t'faire chier toute la nuit avec ça...

Sam 'Ace' Rothstein interprété par Robert De Niro | Casino

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