Je n'arrêterai jamais la musique, pour moi, c'est comme l'air que je respire.

Dr. Dre

Dr. Dre Presents... The Aftermath de Dr. Dre (1996).
Dr. Dre Presents... The Aftermath de Dr. Dre (1996).

Dr. Dre Presents... The Aftermath selon John Gallagher. Dr. Dre Presents... The Aftermath selon John Gallagher.
Aftermath #1 de Voykin, Lunatik, Robertson, Kemp et Waddick (Couverture bis de John Gallagher).

Dans le comic book Aftermath #1 (Voykin, Lunatik, Robertson, Kemp et Waddick • Blame Canada Publishing) le cover artist John Gallagher parodie la pochette de l'album de rap Dr. Dre Presents... The Aftermath, une compilation de Dr. Dre, sur la couverture de la BD.

 

Pour comprendre cet album, il faut d'abord regarder l'homme derrière le casque. En 1996, Dr. Dre est déjà une légende vivante, le cerveau derrière l'ascension de N.W.A. et l'architecte du G-Funk qui a braqué les ondes mondiales avec The Chronic. Issu des quartiers de Compton, Andre Young a transformé le gangsta rap en une machine de guerre commerciale, tout en devenant le producteur le plus convoité de la planète. Cependant, derrière le succès massif de son label précédent, Death Row Records, l'ambiance n'est plus vraiment aux réjouissances. Fatigué des tensions internes, de la violence omniprésente et de l'ego de son associé Suge Knight, Dre décide de claquer la porte au sommet de sa gloire pour fonder son propre empire: Aftermath Entertainment.

La création de l'album Dr. Dre Presents... The Aftermath est donc un acte de naissance, mais aussi un pari risqué. Dre voulait prouver qu'il pouvait réussir sans l'armada de Death Row (Snoop Dogg et consorts) et surtout, qu'il pouvait s'éloigner de l'étiquette "gangsta" qui commençait à lui coller un peu trop à la peau. Conçu comme une compilation pour présenter les nouveaux talents de son écurie, le projet a été assemblé dans une urgence créative mêlée d'un désir de renouveau. On y sent une volonté farouche de diversifier les sons, en injectant plus de soul et de R&B, tout en essayant de maintenir ce perfectionnisme sonore qui fait sa réputation. C'est un disque de transition, un laboratoire où le Docteur teste ses nouvelles formules chimiques.


1. Aftermath (Intro) (interprété par RC et Sid McCoy)
2. East Coast/West Coast Killas (interprété par Nas, RBX, KRS-One et B-Real)
3. Shittin' on the World (interprété par Mel-Man featuring D-Ruff et Hands-On)
4. Blunt Time (interprété par RBX)
5. Been There Done That (interprété par Dr. Dre)
6. Choices (interprété par Kim Summerson)
7. As the World Keeps Turning (interprété par Miscellaneous featuring Cassandra McCowan et Mike Lynn)
8. Got Me Open (interprété par Hands-On)
9. Str-8 Gone (interprété par King Tee)
10. Please (interprété par Maurice Wilcher featuring Nicole Johnson)
11. Do 4 Love (interprété par Jheryl Lockhart)
12. Sexy Dance (interprété par RC featuring Cassandra McCowan et Jheryl Lockhart)
13. No Second Chance (interprété par Whoz Who)
14. L.A.W. (interprété par Sharief)
15. Nationowl (interprété par Nowl)
16. Fame (interprété par RC featuring King Tee)

Dr. Dre Presents... The Aftermath

Lorsqu'on plonge dans l'écoute, on réalise vite que le disque est un joyeux mélange, parfois un peu décousu. Le morceau phare, c'est évidemment Been There Done That. Sur une instru presque baroque et orchestrale, Dre y fait ses adieux au style de vie de voyou avec un flegme impérial, comme s'il rangeait son gilet pare-balles au placard pour enfiler un costume de PDG. On croise aussi le très efficace East Coast/West Coast Killa, une tentative louable de calmer les tensions entre les deux côtes à une époque où le climat était électrique. Pour le reste, l'album navigue entre des moments de pure brillance et des titres plus anecdotiques portés par des artistes qui, pour la plupart, n'ont malheureusement pas fait carrière, ce qui donne parfois l'impression d'assister à une audition géante dans le salon de Dre.

La pochette de Dr. Dre Presents... The Aftermath est visuellement frappante: elle représente une explosion nucléaire massive, un champignon atomique incandescent qui déchire l'obscurité. Ce choix n'est absolument pas anodin. Le titre de l'album, "The Aftermath" (les séquelles ou les retombées), prend ici tout son sens. Après avoir quitté avec fracas le label Death Row Records, Dr. Dre veut faire comprendre au monde entier que son départ est une déflagration qui va tout raser sur son passage pour permettre de reconstruire quelque chose de nouveau. C'est une image de destruction créatrice. Sur le plan technique et artistique, cette œuvre est créditée au studio The Drawing Board, une agence de design qui a régné sur l'esthétique du hip-hop des années 90. Le concept a été supervisé par Lawrence 'L-Dog' Harris, le directeur artistique d'Aftermath à l'époque, en collaboration avec les graphistes Patricia Lie et Donne 'The Maven' Ellison. Plutôt que d'utiliser une simple photo d'archive, ils ont travaillé l'image pour lui donner cette teinte orangée et rougeoyante presque surnaturelle, renforçant l'idée d'une puissance incontrôlable.

A sa sortie, l'accueil fut, pour être honnête, un peu tiède par rapport aux attentes démesurées du public. Les fans, qui espéraient un The Chronic 2, ont été déroutés par ce mélange éclectique et l'absence de tubes radio immédiats en dehors de quelques titres. La critique a salué la production impeccable, car Dre ne sait pas faire de la mauvaise musique, mais a regretté un manque de cohérence globale. Avec le recul, cet album est pourtant crucial. S'il n'a pas été le raz de marée attendu, il a servi de fondation solide à Aftermath Entertainment, permettant à Dre de peaufiner sa vision avant de dénicher, quelques années plus tard, un certain Eminem. C'est l'album du renouveau, celui qui a prouvé que pour durer, il faut parfois savoir se réinventer, quitte à déstabiliser son audience.

Je veux simplement faire connaître ma musique et m'assurer qu'elle soit écoutée correctement.

Dr. Dre

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