La grandeur n'est pas ce que vous croyez.

Wonder Woman interpprétée par Gal Gadot | Wonder Woman 1984

Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins (2021).
Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins (2021).

Wonder Woman 1984 selon Steven Butler.
Lady Death: Scorched Earth #1 de Bernard, MacLean et Pulido (Couverture bis de Steven Butler).

Dans le comic book Lady Death: Scorched Earth #1 (Bernard, MacLean et Pulido • Coffin Comics) le cover artist Steven Butler parodie une des affiches du film Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, Diana Prince alias Wonder Woman interprétée par Gal Gadot est remplacée par Hope alias Lady Death.

 

Après le succès fulgurant du premier volet en 2017, qui avait enfin redonné ses lettres de noblesse à l'Amazone sur grand écran, l'attente pour la suite était colossale. Patty Jenkins revient derrière la caméra pour nous proposer une suite qui change totalement de décor et d'ambiance. Finies les tranchées boueuses de la Première Guerre mondiale, place aux permanentes, aux centres commerciaux et aux synthétiseurs. Sorti officiellement aux Etats-Unis le 25 décembre 2020 (et dans certains pays début 2021 en raison de la pandémie), ce film est un curieux mélange d'optimisme désuet et de grand spectacle hollywoodien.

Le succès du premier film a immédiatement donné le feu vert à une suite: Wonder Woman 1984, avec Patty Jenkins à nouveau aux commandes. Le choix de situer l'action en 1984 n'est pas anodin. La réalisatrice souhaitait explorer Diana Prince à l'apogée de la puissance américaine, une époque caractérisée par l'excès, la consommation débridée et une forme de naïveté vibrante. C'est dans ce contexte de "toujours plus" que Diana, désormais employée à la Smithsonian Institution, mène une vie discrète tout en continuant ses exploits héroïques dans l'ombre. Le projet visait à capturer l'esprit des blockbusters des années 80, en s'éloignant (malheureusement) du ton sombre et désaturé initié par Zack Snyder.

Suite des aventures de Diana Prince, alias Wonder Woman (Gal Gadot), Amazone devenue une super-héroïne dans notre monde. Après la Première Guerre mondiale, direction les années 80 ! Cette fois, Wonder Woman doit affronter deux nouveaux ennemis, particulièrement redoutables: Max Lord (Pedro Pascal) et Cheetah (Kristen Wiig).

AlloCiné | Wonder Woman 1984

Le récit s'articule autour d'un artefact mystérieux, la Pierre de Rêve, capable d'exaucer les souhaits les plus chers en échange d'un prix lourd à payer. Ce moteur narratif permet le retour inattendu de Steve Trevor (Chris Pine), le grand amour de Diana, mais il sert surtout à confronter l'héroïne à ses propres désirs égoïstes. En parallèle, nous suivons l'ascension de Maxwell Lord, un homme d'affaires charismatique mais désespéré, et la transformation de Barbara Minerva en la redoutable Cheetah. Le scénario joue sur la thématique de la vérité contre le mensonge facile, un message qui résonne particulièrement avec notre époque actuelle, même si certains raccourcis narratifs et facilités scénaristiques ont pu faire sourciller les spectateurs les plus exigeants.

Gal Gadot confirme qu'elle est née pour incarner Wonder Woman, apportant une grâce et une empathie constantes à son personnage. Sa chimie avec Chris Pine reste le cœur émotionnel du film, ce dernier s'amusant beaucoup dans le rôle de l'homme "dépassé" par la technologie de 1984. La véritable surprise vient de Kristen Wiig, qui livre une performance nuancée en Barbara Minerva, passant de la scientifique maladroite à la prédatrice féroce avec une aisance déconcertante. Pedro Pascal, quant à lui, livre une prestation exubérante en Maxwell Lord. Il cabotine juste ce qu'il faut pour incarner cet homme qui veut devenir l'incarnation même du succès américain, rendant son personnage à la fois détestable et tragiquement humain.

Patty Jenkins a fait le choix audacieux d'une photographie saturée et lumineuse, loin du grain réaliste du premier opus. Le film s'ouvre sur une séquence magnifique à Themyscira, tournée en IMAX. La mise en scène privilégie les couleurs primaires et les jeux de lumières typiques de la décennie. Si la direction d'acteurs est impeccable, certains effets numériques, notamment lors du combat final ou des courses de Cheetah, ont été critiqués à juste titre pour leur manque de fluidité. Néanmoins, l'intention de créer un film "lumineux" est respectée et offre une bouffée d'air frais dans un genre souvent trop monochrome.

Pour la musique, Jenkins a fait appel au maître Hans Zimmer, qui succède à Rupert Gregson-Williams. Zimmer livre une partition épique et thématique, réutilisant avec parcimonie le thème iconique de l'Amazone tout en introduisant de nouvelles mélodies plus mélancoliques et héroïques. Petite anecdote intéressante: le film a été tourné dans de véritables lieux emblématiques, comme le Landmark Mall à Alexandria, qui a été entièrement redécoré pour retrouver son look de 1984. Le tournage a également dû relever le défi de chorégraphier des scènes de vol inédites pour Diana, utilisant des systèmes de câbles complexes pour donner une impression de légèreté divine.

A sa sortie, Wonder Woman 1984 a reçu un accueil pour le moins divisé. Si la presse a salué son ambition thématique et la performance des acteurs, les fans se sont montrés plus critiques sur la cohérence du scénario et certains choix de mise en scène. Sorti en pleine crise sanitaire, le film a été l'un des premiers à expérimenter une sortie simultanée au cinéma et sur la plateforme HBO Max, ce qui a inévitablement limité son succès au box-office mondial. Avec le recul, le film reste une œuvre singulière, plus proche d'une fable morale que d'un pur film d'action.

Je ne veux plus être comme qui que ce soit, je veux être une super prédatrice.

Cheetah interprétée par Kristen Wiig | Wonder Woman 1984

##002987##
Retour à l'accueil