Ce que vous avez découvert est plus énorme encore que tout ce qu'on aurait pu imaginer.

James Mackreides interprété par Cliff Curtis | En eaux troubles

En eaux troubles de Jon Turteltaub (2018).
En eaux troubles de Jon Turteltaub (2018).

En eaux troubles selon Mark Spears. En eaux troubles selon Mark Spears.
Mark Spears Monsters #3 de Mark Spears (Couverture bis).

Dans le comic book Mark Spears Monsters #3 (Spears • Keenspot) Mark Spears pastiche l'affiche du film En eaux troubles de Jon Turteltaub sur une des nombreuses couvertures alternatives de sa BD. Ici, Jonas Taylor interprété par Jason Statham est remplacé par Dokuhebi.

 

Depuis que Steven Spielberg nous a traumatisés avec Les Dents de la mer en 1975, le genre a connu des hauts et des (très) bas. Entre les chefs-d'œuvre angoissants et les nanars improbables (on pense à vous, les Sharknado), difficile de se faire une place. Et pourtant, en 2018, un monstre préhistorique a refait surface pour tout dévorer sur son passage: le Mégalodon. Sorti en France le 22 août 2018, En eaux troubles (The Meg en VO) de Jon Turteltaub est arrivé avec une promesse simple: du grand spectacle, de l'action, de l'humour et une créature si gigantesque qu'elle pourrait avaler un grand blanc au petit-déjeuner. Alors, pari réussi ? Plongeons ensemble dans les coulisses de ce plaisir coupable et attachant.

L'histoire du développement d'En eaux troubles est presque aussi longue que son requin. Le projet est une adaptation du roman Meg: A Novel of Deep Terror de Steve Alten, publié en 1997. A l'époque, les droits sont achetés par Disney, qui imagine une version plus horrifique et sombre. Mais le projet s'enlise, passe de studio en studio, et se retrouve pendant près de deux décennies dans ce qu'on appelle à Hollywood le "development hell" (l'enfer du développement). Il faudra attendre les années 2010 et l'émergence du marché chinois comme une force majeure du box-office mondial pour que le projet soit enfin relancé, cette fois sous la forme d'une coproduction sino-américaine. Ce changement de cap a eu une influence majeure sur le ton du film: adieu l'horreur pure, bonjour le blockbuster d'action-aventure familial et spectaculaire.

Au cœur de l'océan Pacifique, le sous-marin d'une équipe de chercheurs a été attaqué par une créature gigantesque qu'on croyait disparue: le Megalodon, un requin préhistorique de 23 mètres de long.
Le sauveteur-plongeur Jonas Taylor (Jason Statham) doit risquer sa vie pour sauver les hommes et les femmes prisonniers de l'embarcation... et affronter le prédateur le plus terrible de tous les temps.

AlloCiné | En eaux troubles

Le scénario d'En eaux troubles tient sur un post-it. Le script ne s'embarrasse pas de complexité. Il suit une trame classique, presque prévisible, mais efficace. L'objectif n'est pas de révolutionner le genre, mais d'offrir un divertissement calibré pour le plus grand nombre. Les dialogues sont souvent clichés, les personnages un peu archétypaux (le héros bourru au grand cœur, la scientifique courageuse, le milliardaire excentrique...), mais le tout fonctionne grâce à un second degré bienvenu et une énergie constante. Le film sait qu'il est un "film de gros requin" et s'amuse avec les codes du genre sans trop tomber dans la parodie lourde.

Confier les rênes à Jon Turteltaub était une idée judicieuse. Connu pour la saga Benjamin Gates, c'est un réalisateur habitué aux films d'aventure grand public, capable de mêler action, humour et spectacle avec une touche de légèreté. Il apporte au film un ton plus ensoleillé et fun que celui d'Eli Roth, qui fut un temps pressenti pour une version bien plus sanglante.

Côté casting, le choix de Jason Statham est un véritable coup de génie. L'acteur, icône du film d'action, apporte non seulement sa crédibilité physique (il a été membre de l'équipe de plongeon de Grande-Bretagne !), mais aussi son charisme et son humour pince-sans-rire. Il est un des seuls acteurs à qui l'on peut croire quand il dit vouloir se battre à mains nues avec un requin de 25 mètres. Face à lui, l'actrice chinoise Li Bingbing incarne la scientifique Suyin. Sa présence n'est pas anodine: elle ancre le film dans sa coproduction et a largement contribué à son immense succès en Chine. Le reste du casting, de Rainn Wilson à Ruby Rose, apporte une touche de diversité et de comédie qui allège l'ensemble.

Contrairement à beaucoup de films de monstres qui jouent sur l'obscurité et le chaos, En eaux troubles est visuellement très (trop ?) propre. La photographie de Tom Stern est lumineuse, même dans les profondeurs. L'action est toujours lisible, la mise en scène de Turteltaub ne cherchant pas à perdre le spectateur, mais plutôt à l'immerger dans des séquences grandioses. Le véritable héros visuel, c'est bien sûr le Mégalodon. Créé en CGI, il est impressionnant de réalisme et de gigantisme. Le film réussit à retranscrire sa taille monumentale, que ce soit lorsqu'il passe sous un bateau ou lorsqu'il attaque une plage bondée dans une scène qui est un clin d'œil évident aux Dents de la mer.

La bande originale, composée par Harry Gregson-Williams, est typique d'un blockbuster: épique, rythmée, elle accompagne l'action sans jamais voler la vedette. Elle soutient la tension et l'émerveillement, mais est loin de laisser une mélodie inoubliable comme le thème iconique de John Williams.

Jason Statham a effectué la plupart de ses cascades aquatiques lui-même. Pour se préparer, l'acteur a nagé au milieu de vrais requins-bouledogues aux Fidji. Il a décrit l'expérience comme "intense" et "terrifiante", ce qui l'a sans doute aidé pour le rôle ! La fameuse scène de la plage a été tournée en Nouvelle-Zélande, avec des centaines de figurants qui devaient faire semblant de paniquer face à un monstre qui n'était, bien sûr, qu'un ajout numérique.

A sa sortie, En eaux troubles a reçu un accueil critique mitigé. Beaucoup ont pointé du doigt son scénario simpliste et son manque de prise de risque. Mais presque tous ont salué son efficacité en tant que divertissement estival, fun et sans prétention. Le public, lui, ne s'y est pas trompé. Le film a été un succès commercial, rapportant plus de 530 millions de dollars dans le monde. Il a prouvé qu'il y avait une place pour des films de monstres à gros budget qui assument leur côté "pop-corn". Ce succès a donné naissance à une suite, En eaux très troubles (2023), confirmant que le public a toujours faim de créatures géantes.

Prends ça dans les dents, sale bête !

Jonas Taylor interprété par Jason Statham | En eaux troubles

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