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Iggy Pop

American Caesar d'Iggy Pop (1993).
American Caesar d'Iggy Pop (1993).

American Caesar selon Uwe de Witt.
Ex-libris The strange talent of Luther Strode d'Uwe de Witt.

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Avec l'ex-libris The strange talent of Luther Strode (Image Comics) Uwe de Witt pastiche la pochette de l'album American Caesar d'Iggy Pop. Ici, James Newell Osterberg Jr. alias Iggy Pop est remplacé par Luther Strode.

 

Ah, Iggy Pop. Rien que le nom évoque une énergie brute, des torses nus et une absence quasi totale de respect pour les conventions. Avant de devenir l'icône publicitaire et le sage du rock'n'roll que l'on connaît aujourd'hui, James Newell Osterberg Jr. a eu plusieurs vies. Il y a eu l'ère proto-punk, chaotique et géniale, avec The Stooges, où il a littéralement inventé le post-punk. Puis, les années solo, des collaborations légendaires avec Bowie à Berlin (The Idiot, Lust for Life) à une traversée du désert un peu plus commerciale dans les années 80. Au début des années 90, alors que des groupes comme Nirvana ou Pearl Jam, qui le vénéraient comme un demi-dieu, explosaient, l'Iguane sentit qu'il était temps de remettre les pendules à l'heure. C'est dans ce contexte de "revanche du garage" qu'allait naître l'un de ses albums les plus puissants et cohérents : American Caesar.

Sorti en 1993, American Caesar est un pur produit de son époque, mais aussi un retour aux sources rageur pour Iggy. Après le succès de l'album Brick by Brick (1990) et de son tube Candy, il aurait pu continuer sur une lancée plus polie. Au lieu de ça, il a fait... du Iggy Pop. Sentant l'odeur du soufre et du rock alternatif dans l'air, il s'est entouré de musiciens efficaces (notamment le bassiste Hal Cragin et le batteur Larry Mullins) et a décidé de produire un disque qui sonne comme un coup de poing. L'album a été enregistré dans une atmosphère de créativité intense, avec l'envie de capturer une énergie live. Le son est direct, sans fioritures, et les textes sont parmi les plus affûtés de sa carrière, oscillant entre la critique sociale acerbe, l'introspection et des éclats de fureur pure. C'est l'album d'un homme qui a tout vu, tout vécu et qui vient donner une bonne leçon à la nouvelle génération.


1. Character
2. Wild America
3. Mixin' the Colours
4. Jealousy
5. Hate
6. It's Our Love
7. Plastic & Concrete
8. Fuckin' Alone
9. Highway Song
10. Beside You
11. Sickness
12. Boogie Boy
13. Perforation Problems
14. Social Life
15. Louie Louie
16. Caesar
17. Girls of NY

Iggt Pop | American Caesar

L'album est un pavé de 17 titres, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne fait pas dans la dentelle. Avec le morceau, Wild America, le ton est donné: un riff lourd, la voix d'Henry Rollins en introduction, et Iggy qui dépeint une Amérique sauvage et décadente avec une lucidité féroce. On y trouve des pépites rock imparables comme Hate ou Mixin' the Colors, où la guitare est aussi tranchante que les paroles. Mais American Caesar n'est pas qu'un bloc de fureur. On y découvre aussi des morceaux plus surprenants, comme la quasi-ballade Jealousy, où il expose ses failles avec une sincérité touchante, prouvant qu'il est bien plus qu'une bête de scène. Et comment ne pas mentionner son incontournable reprise de Louie Louie ? Un standard du rock'n'roll que The Stooges jouaient déjà à leurs débuts. Ici, il ne se contente pas de la chanter, il la dévore, y ajoutant même un couplet sur la censure et la paranoïa morale. C'est à la fois un hommage et un bras d'honneur, du Iggy pur jus.

Visuellement, l'album frappe aussi fort que musicalement. La pochette est une photographie iconique réalisée par le célèbre photographe américain Michael Lavine, connu pour ses portraits intenses de musiciens de la scène alternative (Nirvana, Sonic Youth, Beastie Boys...). Le graphisme est signé Howard Wakefield. On y voit le visage d'Iggy Pop, le regard fixe, défiant. Ce qui marque, c'est cette cicatrice encore fraîche sur son torse. La légende raconte qu'elle provient d'une coupure qu'il s'est faite lui-même avec un tesson de bouteille lors d'un concert à New York peu de temps avant la séance photo. Plutôt que de la cacher, il l'exhibe. Ce portrait n'est pas celui d'une rockstar glamour, mais celui d'un survivant, d'un guerrier buriné par des décennies de combat rock'n'roll. Le titre, American Caesar, prend alors tout son sens: c'est le visage d'un empereur déchu et magnifique, régnant sur son propre empire de bruit et de fureur.

A sa sortie, American Caesar a été acclamé par la critique, qui y a vu le grand retour de l'Iggy Pop pertinent et dangereux. Pour beaucoup, c'était son meilleur album depuis les années 70. Les fans de la première heure étaient ravis de retrouver cette énergie brute, tandis qu'une nouvelle génération, biberonnée au grunge, découvrait le parrain du mouvement dans une forme olympique. Si l'album n'a pas atteint des chiffres de vente stratosphériques, il a solidifié le statut de culte d'Iggy Pop et a eu une influence considérable. Il a prouvé qu'à près de 50 ans, on pouvait encore sortir un disque de rock'n'roll vital, intelligent et sans compromis. American Caesar n'est peut-être pas son album le plus célèbre, mais il reste une pièce maîtresse de sa discographie, le témoignage d'un artiste qui, tel un empereur romain du rock, a regardé la jeune garde droit dans les yeux et a dit: "Le trône est toujours à moi".

Je n'ai pas honte de m'habiller comme une femme parce que je ne pense pas que ce soit honteux d'être une femme.

Iggy Pop

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