J'ai toujours pensé qu'ajouter beaucoup de réverbération à ma voix revenait à la retoucher. Et je voulais que les filles et les femmes entendent une vraie voix féminine.

Kathleen Hanna

Photographie prise par Tobi Vail pour The First Two Records de Bikini Kill (1994). The First Two Records de Bikini Kill (1994).
The First Two Records de Bikini Kill (1994).

The First Two Records selon JAB.
Adventure Time: Marceline and the Scream Queens #4 de Gan (Couverture de JAB).

Dans le comic book Adventure Time: Marceline and the Scream Queens #4 - "The Bootlegger" (Gan • Boom! Studios) le cover artist Jacob Aaron Barnes alias JAB pastiche la pochette de la compilation The First Two Records de Bikini Kill sur la couverture de la BD. Ici, Kathleen Hanna et Kathi Wilcox sont remplacées par Marceline Abadeer alias Marceline the Vampire Queen et la princesse Bonnibel Bubblegum.

 

Tout commence au début des années 90, à Olympia, dans l'Etat de Washington, où quatre individus décident que le punk rock a désespérément besoin d'un coup de pied dans les rotules. Mené par l'incandescente Kathleen Hanna, accompagnée de Tobi Vail à la batterie, Kathi Wilcox à la basse et Billy Karren à la guitare, Bikini Kill ne s'est pas contenté de jouer de la musique forte dans des garages sombres. Le groupe est devenu le fer de lance du mouvement Riot Grrrl, une révolution féministe underground alliant fanzines, activisme et distorsion. Avant de devenir des icônes mondiales, ils étaient simplement des étudiants de l'Evergreen State College lassés de voir les femmes reléguées au fond des salles de concert, et leur biographie ressemble moins à une ascension classique vers la gloire qu'à une déclaration de guerre contre le sexisme ordinaire de la scène alternative.

L'album que nous connaissons aujourd'hui sous le titre The First Two Records est en réalité une compilation, sortie en 1994, qui regroupe leurs deux premières pépites: l'EP éponyme produit par Ian MacKaye de Fugazi en 1991, et le split album Yeah Yeah Yeah Yeah partagé avec le groupe britannique Huggy Bear en 1993. La genèse de ces enregistrements est marquée par une urgence absolue et un manque de moyens qui crève les haut-parleurs. On sent que le groupe n'avait pas le temps de polir les angles ou de discuter pendant des heures du mixage de la caisse claire. Ils voulaient simplement capturer l'énergie électrique des concerts où Kathleen Hanna hurlait "Revolution Girl Style Now !" à une assistance souvent médusée. C'est une naissance dans le chaos, où la production brute de MacKaye sert parfaitement le propos: c'est sale, c'est immédiat, et ça n'a pas besoin de fioritures pour vous sauter à la gorge.


1. Double Dare Ya
2. Liar
3. Carnival
4. Suck My Left One
5. Feels Blind
6. Thurston Hearts the Who
7. White Boy
8. This Is Not a Test
9. Don't Need You
10. Jigsaw Youth
11. Resist Psychic Death
12. Rebel Girl
13. Outta Me

Bikini Kill | The First Two Records

En parcourant les titres de cette anthologie, on tombe immédiatement sur des hymnes qui ont défini une génération. Comment ne pas mentionner Double Dare Ya, véritable injonction à prendre la parole et à ne plus s'excuser d'exister, ou encore la viscérale Suck My Left One ? Mais la pièce maîtresse reste évidemment Rebel Girl, une chanson tellement emblématique qu'elle existe en plusieurs versions, mais dont l'énergie brute ici présente capture parfaitement l'essence du groupe. On y trouve aussi des morceaux plus sombres et abrasifs comme White Boy, qui s'attaque frontalement aux privilèges masculins avec une ironie mordante. Si certaines pistes peuvent sembler répétitives ou techniquement limitées, elles brillent par leur honnêteté désarmante et leur structure minimaliste qui privilégie l'impact émotionnel sur la virtuosité technique.

La pochette de l'album, avec son esthétique fanzine très marquée, est tout aussi iconique que la musique qu'elle renferme. Elle arbore une photographie granuleuse en noir et blanc, capturée par le photographe Pat Graham. On y voit Kathleen Hanna et Kathi Wilcox assises sur scène. La direction artistique et le montage sont l'œuvre du groupe et de leurs proches. Tobi Vail et Kathleen Hanna ont fortement influencé ce visuel via l'esthétique de leurs fanzines respectifs (Jigsaw et Bikini Kill). La pochette utilise des polices de caractères qui rappellent les collages de journaux et les machines à photocopier des années 90. C'est un visuel qui dit clairement que cet objet n'est pas un produit marketing calibré, mais un morceau de vie arraché à la réalité des clubs de Seattle et d'Olympia.

A sa sortie, et encore plus rétrospectivement, The First Two Records a été accueilli comme une véritable secousse sismique. Si les critiques de l'époque étaient parfois déroutés par la violence du propos ou la simplicité des compositions, les fans y ont trouvé un refuge et un cri de ralliement. L'influence de ce disque est incalculable: sans Bikini Kill, la scène punk des trente dernières années aurait une tout autre allure. Le succès ne s'est pas mesuré en millions d'exemplaires vendus dès la première semaine, mais en milliers de jeunes filles qui ont formé leur propre groupe après avoir écouté ces pistes.

J'adore les guitares sexy surf, j'adore les caisses claires puissantes, j'adore les lignes de basse simples et répétitives, et j'adore les sons de clavier bizarres dignes d'un savant fou.

Kathleen Hanna

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