La Reine de Vénus
04 avr. 2026Je dois rester à bord pour traiter toutes ces informations et les transmettre à la Terre. Il n'y a que moi qui puisse faire ça. Je suis triste, c'est peut-être stupide... J'ai toujours espéré autre chose. J'ai travaillé pendant toutes ces années... Essayer d'y parvenir a été très difficile. Spoutnik... puis la Lune... Vous savez ça... Je voulais y aller.
Masha Ivanova interprétée par Kyunna Ignatova |La planète des tempêtes
La planète des tempêtes de Pavel Klushantsev (1962).
Série Verte - HS A13 de De Luca et Arrasich (Couverture d'Averardo Ciriello).
Dans le fumetti Série Verte - HS A13 - "La Reine des robots" (De Luca et Arrasich • Elvifrance) le cover artist Averardo Ciriello parodie l'affiche italienne du film La planète des tempêtes de Pavel Klushantsev sur la couverture de la BD. Ici, Masha Ivanova interprétée par Kyunna Ignatova est remplacée par Noky, la dernière survivante de la planète Wing dont les robots cherchent un mâle pour sauver l'espèce.
Quand je dis "parodie", je suis gentil, car c'est carrément un plagiat, mis à part les ailes rajoutées à la demoiselle, il n'y a quasiment rien d'inchangé.
Si vous pensiez que les blockbusters spatiaux ont commencé avec George Lucas ou Stanley Kubrick, il est temps de faire un petit détour par l'URSS des années soixante. Sorti en salles en Union Soviétique le 14 avril 1962, La Planète des tempêtes (Planeta Bur en VO) est une curiosité cinématographique qui prouve que l'imagination n'a pas besoin de fonds de pension américains pour décoller. Réalisé par Pavel Klushantsev, ce film arrive sur les écrans alors que la course à l'espace bat son plein et que le monde entier a les yeux rivés vers les étoiles.
La genèse du projet s'inscrit dans une volonté de l'Etat soviétique de promouvoir les exploits technologiques du pays à travers le divertissement. A l'origine, le film est l'adaptation d'un roman de l'écrivain de science-fiction Alexandre Kazantsev. L'idée est simple mais ambitieuse pour l'époque puisqu'il s'agit de mettre en scène la première expédition humaine sur Vénus. Le studio Lenfilm décide alors de confier les rênes à un homme qui n'est pas tout à fait un réalisateur de fiction ordinaire: Pavel Klushantsev. Ce dernier s'était déjà illustré dans le "docu-fiction" spatial, ce qui en faisait le candidat idéal pour apporter une caution scientifique à cette aventure fantastique.
Trois vaisseaux spatiaux soviétiques quittent l'URSS pour Vénus. A proximité de la planète, l'un d'entre eux est détruit, mais les deux autres décident de poursuivre la mission. Une femme (Kyunna Ignatova) reste en orbite alors que cinq hommes et un robot descendent et explorent cette terre hostile, à la recherche de vie extraterrestre et de la source des étranges chants qu'ils entendent.
AlloCiné | La Planète des tempêtes
Le casting réunit des visages familiers du cinéma soviétique de l'époque comme Vladimir Yemelyanov ou Georgiy Zhzhonov. Cependant, la véritable star du film n'est pas humaine: il s'agit de "John", un robot imposant aux allures de boîte de conserve géante, qui accompagne les cosmonautes et apporte une touche d'étrangeté technologique très marquée.
Le style visuel du film est sans doute son point fort le plus impressionnant. Klushantsev, véritable magicien des effets spéciaux, déploie une mise en scène qui mélange ingénieusement des maquettes, des prises de vues réelles et des techniques de surimpression avant-gardistes. La photographie utilise des couleurs saturées pour rendre l'atmosphère de Vénus étouffante et mystérieuse. On y croise des créatures préhistoriques et des plantes carnivores dans des décors qui, bien que datés aujourd'hui, possédaient une force évocatrice incroyable en 1962. La direction des acteurs reste très solennelle, typique du cinéma soviétique, où le courage et le sens du sacrifice priment sur les émotions personnelles.
La bande-son, quant à elle, joue un rôle crucial dans l'immersion. La musique, composée par Johann Admoni et Aleksandr Chernov, utilise des sonorités électroniques naissantes pour souligner l'hostilité de l'environnement vénusien. Le travail sur le design sonore est particulièrement inventif, cherchant à créer des bruits de machines et de monstres qui sortent des sentiers battus. Ce mélange de symphonies classiques et de textures sonores expérimentales renforce l'idée d'un voyage vers l'inconnu total.
Le tournage ne fut pas de tout repos et regorge d'anecdotes qui feraient pâlir les producteurs modernes. Pour simuler l'apesanteur ou les mouvements des monstres, les techniciens ont dû inventer des systèmes de câbles et de poulies complexes dans des studios souvent exigus. Le robot John était en réalité un acteur glissé dans une carcasse métallique extrêmement lourde et peu maniable, ce qui rendait les déplacements sur les sols sablonneux particulièrement laborieux. Malgré ces contraintes matérielles, l'ingéniosité de l'équipe a permis de créer des séquences de poursuites et d'exploration qui tiennent encore la route visuellement par leur charme rétro.
A sa sortie, le film rencontre un succès populaire massif en URSS, captivant une jeunesse fascinée par la conquête spatiale. Les critiques de l'époque saluent les prouesses techniques tout en restant parfois réservées sur le simplisme de certains ressorts dramatiques. Mais c'est surtout à l'étranger que le film va connaître une seconde vie assez rocambolesque. Le producteur américain Roger Corman en rachète les droits et fait remonter le film à deux reprises, changeant les noms des acteurs et ajoutant de nouvelles scènes pour en faire des films de série B comme Voyage sur la planète préhistorique.
Aujourd'hui, l'influence de La Planète des tempêtes est reconnue par les plus grands noms du cinéma. George Lucas lui-même a admis avoir été influencé par les techniques de Klushantsev pour la saga Star Wars, et Stanley Kubrick aurait étudié le travail du réalisateur soviétique pour préparer 2001, l'Odyssée de l'espace. Pour les fans de science-fiction, le film est devenu un classique culte, une capsule temporelle témoignant d'une époque où l'on pensait sincèrement que nous trouverions des dinosaures sur les planètes voisines.
##003035##On trouve des preuves dans les mythes et les légendes. Par exemple, la descente des dieux du ciel... Comment un sauvages d'ici nous dessinerait-il ? Comme des saints avec des cercles autour de la tête. Et le sauvage dirait: "Un bateau venu du ciel est arrivé avec un dieu à son bord." Et c'est ainsi que naissent les mythes et les légendes.
Ivan Shcherba interprété par Youri Sarantsev | La planète des tempêtes