Si tu bouffes, c'est à cause de moi, si tu rêves, si tu penses, si tu vis, c'est à cause de moi.

César Luciani interprété par Niels Arestrup | Un prophète

Un prophète de Jacques Audiard (2009).
Un prophète de Jacques Audiard (2009).

Un prophète selon Julien Monier.
Ex-libris RIP - A Momie Folie movie de Julien Monier.

Avec l'ex-libris A Momie Folie movie de la série RIP (Monier et Gaet's • Petit à Petit) Julien Monier parodie l'affiche du film Un prophète de Jacques Audiard. Ici, Malik El Djebena interprété par Tahar Rahim est remplacé par Eugène.

 

Sorti en France le 26 août 2009, Un prophète de Jacques Audiard a agi comme une véritable déflagration dans le paysage cinématographique hexagonal. Ce n'est pas juste un polar carcéral de plus, c'est l'histoire d'une ascension fulgurante, celle de Malik El Djebena, un jeune homme qui arrive en prison sans savoir lire ni écrire et qui finit par devenir, comme le titre l'indique, une figure presque mystique.

La genèse du projet est assez singulière. Tout commence par un scénario d'Abdel Raouf Dafri, qui souhaitait raconter une histoire brute sur les conditions de détention en France, loin des clichés d'Hollywood. Jacques Audiard, attiré par cette "matière" humaine, a repris le texte avec son complice Thomas Bidegain pour y injecter une dimension plus onirique et moins naturaliste. L'idée était de traiter la prison non pas comme un cul-de-sac, mais comme une université du crime où l'intelligence survit à la force brute.

Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena (Tahar Rahim) ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D'emblée, il tombe sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des "missions", il s'endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau...

AlloCiné | Un prophète

Le choix du réalisateur pour porter ce projet était audacieux. Audiard, déjà respecté pour Sur mes lèvres ou De battre mon cœur s'est arrêté, n'était pas un habitué du genre "film de genre" pur et dur. Quant au casting, c'est le coup de génie du film. Pour Malik, la production a misé sur un quasi-inconnu à l'époque, Tahar Rahim. Ce dernier livre une prestation phénoménale, évoluant physiquement et psychologiquement sous nos yeux. Face à lui, Niels Arestrup campe un César Luciani monstrueux de charisme et de cruauté. Leur duo fonctionne sur une tension permanente, faite de soumission et d'apprentissage, qui porte le film de bout en bout.

Côté style, Audiard et son chef opérateur Stéphane Fontaine ont opté pour une mise en scène organique, souvent très proche des visages, ce qui renforce le sentiment de claustrophobie. La photographie évite les tons trop gris ou monochromes habituels des films de prison, préférant une image texturée, presque sale, qui capte la poussière et la sueur. On notera également ces touches de réalisme magique, comme les apparitions du fantôme de Reyeb, la première victime de Malik, qui apportent une profondeur poétique et spirituelle inattendue à un récit pourtant très violent.

La musique d'Alexandre Desplat vient sublimer l'ensemble avec une retenue exemplaire. Plutôt que de surligner l'action avec des percussions agressives, Desplat propose des thèmes mélancoliques et obsédants qui soulignent la solitude de Malik. Pour les anecdotes de tournage, il faut savoir que les scènes de prison ont été tournées dans une ancienne maison d'arrêt désaffectée, ce qui a grandement aidé les acteurs à s'imprégner de l'oppression du lieu. De plus, de nombreux figurants étaient de véritables anciens détenus, apportant une authenticité rare aux dialogues et aux ambiances de couloirs.

Lors de sa sortie, l'accueil critique fut tout simplement dithyrambique. Grand Prix au Festival de Cannes, le film a raflé neuf Césars en 2010, dont celui du Meilleur film et du Meilleur acteur. Aujourd'hui, Un prophète est considéré comme un classique instantané. Son influence est immense, car il a prouvé que le cinéma français pouvait produire des thrillers ambitieux capables d'exporter notre culture urbaine à l'international.

L'idée, c'est de sortir moins con que quand t'es rentré.

Malik El Djebena interprété par Tahar Rahim | Un prophète

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