Je ne suis pas monsieur Lebowski. C'est vous monsieur Lebowski. Moi je suis le Duc, c'est comme ça qu'il faut m'appeler. Ou alors... ça ou... j'sais pas, le Grand-Duc ou... l'Archiduc ou... Votre Altesse, si vous êtes porté sur les titres.

Jeffrey Lebowski dit Le Duc interprété par Jeff Bridges | The Big Lebowski

The Big Lebowski de Joel Coen et Ethan Coen (1998).
The Big Lebowski de Joel Coen et Ethan Coen (1998).

The Big Lebowski selon Julien Monier.
Ex-libris RIP - A Momie Folie movie de Julien Monier.

Avec l'ex-libris A Momie Folie movie de la série RIP (Monier et Gaet's • Petit à Petit) Julien Monier pastiche l'affiche du film The Big Lebowski de Joel Coen et Ethan Coen. Ici, Jeffrey Lebowski alias Le Duc (The Dude en VO) interprété par Jeff Bridges est remplacé par Marcello Camparetti alias Maurice.

 

Il y a des films qui marquent leur époque, et il y a ceux qui, comme un bon vin ou un tapis persan, se bonifient avec le temps. The Big Lebowski, sorti le 6 mars 1998, fait indéniablement partie de la seconde catégorie. Réalisé par les frères Joel et Ethan Coen, ce film est une comédie noire déguisée en polar, un western moderne sous acide.

Aujourd'hui, l'aura du "Dude" (ou "Le Duc" en VF) est plus brillante que jamais. Alors, comment un film sur un fainéant en peignoir, amateur de Russes Blancs et de bowling, est-il devenu un objet de culte planétaire ? Enfilez votre plus beau gilet, et jetons un œil dans les coulisses de ce chef-d'œuvre de nonchalance.

Jeff Lebowski (Jeff Bridges), prénommé le Duc, est un paresseux qui passe son temps à boire des coups avec son copain Walter (John Goodman) et à jouer au bowling, jeu dont il est fanatique. Un jour deux malfrats le passent à tabac. Il semblerait qu'un certain Jackie Treehorn (Ben Gazzara) veuille récupérer une somme d'argent que lui doit la femme de Jeff. Seulement Lebowski n'est pas marié. C'est une méprise, le Lebowski recherché est un millionnaire (David Huddleston) de Pasadena. Le Duc part alors en quête d'un dédommagement auprès de son richissime homonyme...

AlloCiné | The Big Lebowski

Contrairement à beaucoup de leurs films, le scénario de The Big Lebowski n'est pas une adaptation. Il est né de l'imagination des frères Coen, mais fortement inspiré par des personnes réelles. Le personnage du Dude est en grande partie basé sur Jeff Dowd, un producteur de films indépendant et militant politique que les Coen avaient rencontré. Comme le personnage de fiction, Dowd était un ancien membre des "Seattle Seven" (un groupe d'activistes anti-guerre du Vietnam), aimait se balader en short et T-shirt, et se faisait appeler "The Dude". Walter Sobchak, le vétéran du Vietnam colérique et obsessionnel campé par John Goodman, est quant à lui inspiré de John Milius, un célèbre réalisateur et scénariste connu pour son caractère bien trempé et son amour des armes à feu. L'anecdote du jeune qui vole la voiture et y laisse ses devoirs est même une histoire vraie arrivée à un ami des réalisateurs !

Le point de départ est digne d'un roman policier: un quiproquo sur un nom, un tapis souillé, une femme kidnappée, et un détective malgré lui. Sauf qu'ici, le "détective" est Jeffrey Lebowski, un paresseux magnifique qui ne cherchait qu'à jouer au bowling tranquillement. Le génie des Coen est d'avoir construit une intrigue de polar extrêmement complexe... pour finalement la rendre presque secondaire. Le véritable intérêt du film n'est pas de savoir qui a l'argent, mais de suivre les pérégrinations de ce trio improbable composé du Duc, de Walter et du pauvre Donny. Le scénario est un prétexte à une galerie de personnages excentriques et à des dialogues ciselés qui sont devenus cultes.

Les frères Coen ont écrit les rôles en pensant directement à leurs acteurs, et cela se sent. Jeff Bridges est tellement indissociable de son personnage qu'il a avoué avoir pioché dans sa propre garde-robe pour habiller le Dude. Sa performance est un modèle de naturel et de coolitude, un mélange parfait de sagesse involontaire et de confusion permanente. John Goodman est impérial. Il apporte une énergie explosive qui contraste parfaitement avec la passivité du Dude. Chaque réplique est une tirade mémorable. Et Steve Buscemi, c'est le running gag du film. Constamment interrompu par Walter, il est le cœur silencieux et touchant du trio. Son rôle est une masterclass de comédie de frustration. Sans oublier les seconds rôles, tous parfaits: Julianne Moore en artiste féministe avant-gardiste, Philip Seymour Hoffman en assistant obséquieux et bien sûr, John Turturro en Jesús Quintana, qui a improvisé une grande partie de sa scène iconique.

Visuellement, le film est somptueux. La photographie, signée par le légendaire Roger Deakins, donne à Los Angeles des allures de ville fantôme, à la fois banale et onirique. Les Coen s'amusent avec les codes visuels: les plans subjectifs (depuis l'intérieur d'une boule de bowling), les ralentis et surtout, les séquences de rêve psychédéliques. La scène de comédie musicale sur Just Dropped In (To See What Condition My Condition Was In) est un morceau d'anthologie, chorégraphiée par Kenny Ortega (le futur réalisateur de High School Musical !). La direction d'acteurs est précise et le rythme est unique.

Supervisée par T-Bone Burnett, un collaborateur de longue date des Coen, la bande-son est un personnage à part entière. Elle est aussi éclectique que le film lui-même, mélangeant le rock de Creedence Clearwater Revival (le groupe préféré du Dude), le folk de Bob Dylan, les sons latinos des Gipsy Kings et même la pop de Kenny Rogers. Chaque chanson est choisie à la perfection pour illustrer une scène ou définir l'état d'esprit des personnages.

A sa sortie, The Big Lebowski a été un choc pour beaucoup. Les critiques étaient perplexes et le public n'a pas vraiment suivi. Le film fut un échec relatif au box-office. On le trouvait trop étrange, trop décousu, sans véritable enjeu. Mais c'était sans compter sur la magie du temps et de la vidéo. Le film a connu une seconde vie en DVD, où un public de fans a commencé à le décortiquer, à en apprendre les dialogues par cœur et à en célébrer la philosophie. De cette adoration est né un véritable culte: Le Lebowski Fest, un festival annuel où les fans se déguisent, boivent des Russes Blancs et jouent au bowling, et le Dudeism, une "religion" parodique basée sur la philosophie zen et décontractée du Duc.

- T'as mordu la ligne !
- Hein ?
- Excuse-moi, Smokey, t'as mordu la ligne, y a faute.
- Mon cul. Tu me mets huit, Duc !
- Je te demande pardon. Mets lui zéro. Jeu suivant.
- Tu fais chier, Walter. Tu me mets huit, Duc.
- Smokey, on est pas au Vietnam, on est au bowling. On joue selon les règles.
- Hé, déconne pas Walter, on est là, merde. Son pied a légèrement mordu. Il a un peu glissé. C'est qu'unh sport.
- Oui, et il est homologué. C'est une partie qui compte pour le tournoi. J'ai pas raison ?
- Oui, jai pas...
- J'ai pas raison ?
- Oui, mais j'ai pas mordu.
- Allez, vas-y Duc. Mets-moi un huit.
[Walter sort son flingue]
- Smokey, mon ami, si t'as jamais souffert, tu vas comprendre.
- Walter, fais pas le con.
- Vas-y, mets-toi un huit et tu vas comprendre.
- J'ai pas...
- Tu vas comprendre ta douleur, Smokey.
- Duc, c'est ton parttenaire...
- LE MONDE EST EN TRAIN DE DEVENIR CINGLE ! Y A PERSONNE, ICI A PART MOI, QUI SE SOUCIE ENCORE DE RESPECTER LES REGLES ? METS-TOI ZERO !
- Ils sont en train d'appeler les flics, Walter. Remets ça dans ton...
- METS-TOI ZERO !
- Range ça, Walter !
- Walter...
- TU CROIS PEUT-ETRE QUE JE PLAISANTE ? [Walter arme son flingue] METS-TOI ZERO !
- Voilà, je me suis mis zéro. T'es content ? Espèce de malade !
- C'est un jeu homologué !

Walter (John Goodman), Smokey (Jimmie Dale Gilmore) et Le Duc (Jeff Bridges) | The Big Lebowski

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