Poppa a presque tout l'argent du monde, mais je n'en ai pas.

Giulio Sacchi interprété par Tomas Milian | La rançon de la peur

La Rançon de la peur d'Umberto Lenzi (1974). Photographie de tournage du film La Rançon de la peur d'Umberto Lenzi (1974). Plan du film La Rançon de la peur d'Umberto Lenzi (1974).
La Rançon de la peur d'Umberto Lenzi (1974).

La Rançon de la peur selon Brüno.
Tyler Cross - Vintage and Badass de Brüno et Fabien Nury (Page 128).

Dans le hors-série Vintage and Badass: Le cinéma de Tyler Cross (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux parodie le film La Rançon de la peur d'Umberto Lenzi sur deux planches de sa BD. Ici, on reconnaît bien Giulio Sacchi interprété par Tomas Milian, Carmine campé par Ray Lovelock et Walter Grandi joué par Henry Silva, le tout à la sauce Tyler Cross.

 

Si vous voulez plonger dans les tréfonds les plus sombres, crasseux et fascinants du cinéma policier italien des années soixante-dix, vous êtes au bon endroit. Réalisé par le solide artisan Umberto Lenzi, La Rançon de la peur (Milano odia: la polizia non può sparare en VO) est sorti sur les écrans italiens le 8 août 1974. Véritable décharge d'adrénaline et de violence brute, ce long-métrage s'impose comme l'un des piliers incontournables du poliziottesco, ce genre très populaire de l'autre côté des Alpes durant les fameuses années de plomb.

Pour comprendre d'où vient ce projet, il faut remonter à l'immense succès de Polices parallèles en action, sorti en 1973, écrit par le scénariste Ernesto Gastaldi et produit par Luciano Martino. Soucieux de battre le fer tant qu'il était chaud, le producteur voulait initialement confier la réalisation de ce nouveau projet à son propre frère, Sergio Martino, qui avait signé le film précédent. Cependant, ce dernier a préféré décliner l'invitation. C'est ainsi que Luciano Martino s'est tourné vers Umberto Lenzi, un réalisateur polyvalent qui avait déjà fait ses preuves dans le film d'espionnage et d'aventure. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une suite directe, Gastaldi a imaginé cette nouvelle histoire comme un écho thématique et encore plus sombre aux angoisses sécuritaires de l'Italie de l'époque. Le scénario d'Ernesto Gastaldi brille par sa simplicité implacable mais terrifiante.

Giulio (Tomas Milian) est un nouveau dans le milieu, et par son manque d’expérience, il fait échouer un coup. Rejeté par les membres de son gang, il décide d'enlever la fille (Laura Belli) d'un riche industriel (Guido Alberti), et demande une rançon de 500 millions à son père.

AlloCiné | La Rançon de la peur

Le choix du casting s'est révélé être un coup de génie absolu de la part de Lenzi. Pour incarner l'abominable Giulio Sacchi, le réalisateur fait appel à Tomas Milian, un acteur cubain formé à l'Actors Studio de New York et déjà star du western spaghetti. C'est la toute première fois que Milian prête ses traits à un psychopathe aussi dénué d'humanité, initiant au passage une collaboration légendaire avec Umberto Lenzi. Face à cette tornade de folie furieuse, le rôle du flic stoïque et fatigué est confié à Henry Silva, un habitué américain des rôles de méchants froids. En le castant à contre-emploi du côté de la loi, Lenzi crée un contraste saisissant entre le visage stoïque de Silva et les crises d'hystérie de Milian. Les rôles secondaires sont également soignés, notamment Laura Belli qui incarne la victime terrorisée avec une détresse palpable, et Ray Lovelock en complice dépassé par les événements.

Sur le plan stylistique, la mise en scène d'Umberto Lenzi est d'une efficacité redoutable, caractérisée par une énergie nerveuse qui colle parfaitement à l'urgence du récit. Le réalisateur ne cherche jamais à esthétiser la violence mais la filme de manière brute, frontale et viscérale, ce qui confère au métrage un réalisme presque documentaire. On pense notamment à la terrible scène de séquestration dans la villa, directement inspirée de l'agression d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick, où la caméra de Lenzi capture la terreur sans fard. La photographie de Federico Zanni sublime cette vision en capturant la grisaille industrielle et le béton froid de Milan, bien que, pour des raisons d'économies budgétaires, une grande partie des scènes de banlieue et le repaire des ravisseurs aient été filmés dans le Latium, près de Passo Corese.

Dans cette ambiance de fin du monde, la direction d'acteurs de Lenzi s'avère particulièrement marquante en poussant les interprètes vers leurs limites opposées. D'un côté, il laisse une liberté totale à Tomas Milian pour déployer sa méthode de jeu viscérale et hystérique. De l'autre, il maintient Henry Silva dans une économie de gestes et d'expressions presque théâtrale. Ce choc des styles d'acting renforce l'opposition morale entre le chaos imprévisible du criminel et la droiture désespérée du policier. C'est ce savant dosage théâtral qui évite au film de sombrer dans le simple fait divers sordide et lui donne sa stature de tragédie urbaine.

Un autre argument de taille pour ce long-métrage est sans conteste sa bande originale, composée par le grand Ennio Morricone. Plutôt que de signer une musique d'action classique et cuivrée, le maestro choisit de construire toute sa partition autour d'un unique thème obsessionnel et minimaliste. Morricone alterne de manière géniale entre des rythmes de jazz urbain menaçants, des sonorités d'orgue presque liturgiques et des stridences dissonantes. Cette musique lancinante et hypnotique agit comme un amplificateur de la folie de Sacchi, rendant l'atmosphère générale encore plus pesante et mémorable pour le spectateur.

Lors de sa sortie en salles à la fin de l'été 1974, La Rançon de la peur a rencontré un immense succès populaire en Italie, récoltant plus d'un milliard de lires et confirmant l'âge d'or du cinéma d'action national. Pourtant, la critique de l'époque s'est montrée d'une virulence rare à son encontre, fustigeant une complaisance coupable envers la violence et condamnant fermement le portrait de ce criminel sadique dénué du moindre soupçon de rédemption. Au fil des décennies, le regard des cinéphiles et des spécialistes a radicalement changé, transformant ce film mal-aimé en un véritable chef-d'œuvre culte. Aujourd'hui, il est célébré pour son audace formelle, sa noirceur absolue et sa capacité à capter le climat d'angoisse sociale de l'Italie des années soixante-dix. Son influence s'étend bien au-delà des frontières italiennes, des réalisateurs contemporains comme Quentin Tarantino citant régulièrement le cinéma de Lenzi et la performance habitée de Tomas Milian comme des références majeures de leur propre esthétique pulp.

Vous savez que si ces meurtres continuent, ils vont éliminer le problème de la circulation.

Walter Grandi interprété par Henry Silva | La rançon de la peur

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