Mort ou vif, vous venez avec moi !

Robocop interprété par Peter Weller | Robocop

RoboCop de Paul Verhoeven (1987).
RoboCop de Paul Verhoeven (1987).

RoboCop selon Steve Ellis. RoboCop selon Steve Ellis.
Moonshine Bigfoot #4 de Steve Ellis, Zach Howard, et Mike Marlow (Couverture).

Dans le comic book Moonshine Bigfoot #4 (Ellis, Howard, et Marlow • Image Comics) Steve Ellis parodie l'affiche du film RoboCop de Paul Verhoeven sur la couverture de sa BD. Ici, l'officier de police Alex James Murphy alias RoboCop interprété par Peter Weller est remplacé par Moonshine.

 

Sorti en salles obscures le 17 juillet 1987, RoboCop, réalisé par Paul Verhoeven, est bien plus qu'un simple film d'action futuriste. Sous ses airs de série B dopée aux explosions et aux fusillades, le film cache en réalité une satire sociale mordante et un regard acide sur l'Amérique reaganienne des années 80. Retour sur un film culte dont l'humour noir n'a rien perdu de sa pertinence.

A Détroit, gangrené par le crime organisé, l'officier de police James Murphy (Peter Weller) est laissé pour mort après une fusillade. Il devient alors le parfait cobaye pour la création d'une nouvelle arme, un policier hybride mi-homme, mi-robot.

AlloCiné | RoboCop

L'idée de RoboCop vient de Edward Neumeier, un jeune scénariste qui, en visitant le plateau de Blade Runner, a l'idée d'un film mêlant flic et robot dans un futur dystopique. Il s'associe à Michael Miner et les deux écrivent un scénario que plusieurs studios refusent, jugeant le concept absurde ou trop violent. C'est finalement la société Orion Pictures, alors en quête de projets à petit budget, mais à fort potentiel, qui accepte de produire le film. Mais encore fallait-il trouver un réalisateur prêt à s'embarquer dans cette aventure où l'on mélange science-fiction, satire sociale et ultra-violence.

Plusieurs réalisateurs célèbres à Hollywood refusèrent de réaliser le film, comme David Cronenberg et Jonathan Kaplan. Le projet arrive entre les mains de Paul Verhoeven, réalisateur hollandais réputé pour ses films en Europe, mais encore inconnu aux Etats-Unis. Verhoeven a d'abord jeté le script à la poubelle sans même le lire entièrement, pensant qu'il s'agissait d'un énième film d'action sans âme. C'est sa femme, Martine, qui le convainc de s'y intéresser, séduite par la dimension politique et satirique du scénario. Verhoeven accepte et impose sa patte: un mélange d'humour noir, de second degré et de violence graphique quasi cartoonesque. Son style exubérant et provocateur va transformer RoboCop en œuvre culte.

Pour incarner RoboCop, plusieurs noms circulent, dont Arnold Schwarzenegger, finalement jugé trop massif pour le costume. Rutger Hauer, Tom Berenger et Michael Ironside sont aussi sollicités, mais C'est Peter Weller, acteur au physique plus élancé et à la mâchoire expressive, qui décroche le rôle. Un choix judicieux tant il parvient à exprimer l'humanité derrière la machine, malgré le masque impassible. Côté méchants, Kurtwood Smith (le sadique Clarence Boddicker) crève l'écran avec son charisme de psychopathe pince-sans-rire, tandis que Ronny Cox campe un patron d'OCP aussi glacial qu'ambitieux.

Verhoeven imprime au film un rythme nerveux et une mise en scène efficace, alternant séquences d'action brutales et scènes ironiques à la limite de la parodie. La photographie signée Jost Vacano (fidèle collaborateur de Verhoeven) donne à Détroit des allures de no man's land industriel, avec ses friches métalliques et ses néons crasseux. La direction d'acteurs est volontairement outrancière: les méchants sont démesurément caricaturaux, les patrons d'OCP suintent l'arrogance cynique, et même les journalistes dans les faux JT débitent leurs horreurs avec le sourire. Un choix assumé pour appuyer la satire sociale.

Côté bande-son, on retrouve Basil Poledouris, déjà compositeur pour Verhoeven sur La Chair et le Sang. Sa partition alterne thèmes épiques et motifs menaçants, avec un thème principal martial et solennel qui accompagne les apparitions de RoboCop. Une musique qui participe beaucoup à l'aura iconique du personnage.

Le tournage de RoboCop ne fut pas de tout repos. Peter Weller souffrait énormément sous le costume, conçu par Rob Bottin (créateur des effets spéciaux de The Thing). Le comédien a même failli quitter le projet tant la combinaison était lourde et inconfortable, le privant de visibilité et de mobilité. Le design final du costume a demandé plusieurs semaines de modifications, et le tournage a dû être réorganisé pour laisser le temps à Weller de s'habituer à ses mouvements de robot. Autre anecdote : la scène où RoboCop lance un suspect à travers une vitrine a été improvisée, car l'acteur avait raté sa réplique.

A sa sortie en 1987, RoboCop reçoit un accueil critique mitigé aux Etats-Unis, certains journalistes étant déroutés par la violence extrême et l'humour décalé. Mais le film séduit rapidement un public de fans, et sa dimension satirique finit par être saluée. Le film engrange plus de 53 millions de dollars au box-office US pour un budget d'environ 13 millions, et devient rapidement culte en vidéo et à l'international. Il décroche même un Oscar des meilleurs effets sonores. Avec le temps, RoboCop est devenu un classique de la science-fiction dystopique, inspirant des suites (plus ou moins ratées), une série télé, des comics, des jeux vidéo et un remake lisse et inutile en 2014. Sa critique de la privatisation et de l'hyper-capitalisme reste d'une étonnante actualité.

Sous ses dehors de film d'action bourrin, RoboCop est un miroir déformant de l'Amérique des années 80, un film à la fois jouissif, intelligent et excessif, porté par la mise en scène grinçante de Verhoeven et une vision dystopique sans concession. Encore aujourd'hui, il reste un modèle d'équilibre entre divertissement et réflexion sociale, et un parfait exemple de science-fiction à message, sans jamais oublier de divertir.

- Je vous préviens, résister provoquera... votre mort.
- Va te faire huiler !

Robocop (Peter Weller) et Steve Minh (Calvin Jung) | Robocop

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