BatCop
26 déc. 2025Il a subi des brûlures au quatrième degré sur plus de 80 % de son corps. La colonne vertébrale lombaire est sectionnée. S'il survit, il sera paralysé des jambes et en fauteuil roulant.
Dr. Dennett Norton interprété par Gary Oldman |RoboCop
Plan du film RoboCop de José Padilha (2014).
Tales From the Dark Multiverse: Batman: Knightfall #1 de Javier Fernández, Scott Snyder et Kyle Higgins (Planche 14).
Dans le comic book Tales From the Dark Multiverse: Batman: Knightfall #1(Fernández, Snyder et Higgins • DC Comics) Javier Fernández pastiche un plan du film RoboCop de José Padilha sur une des planches de sa BD. Ici, le Dr. Dennett Norton interprété par Gary Oldman est remplacé par Jean-Paul Valley alias Azrael et Alex Murphy/RoboCop campé par Joel Kinnaman devient Bruce Thomas Wayne alias Batman.
Avouons-le, quand on parle de remakes de classiques de science-fiction, l'ombre de l'original plane toujours et peu de films projettent une ombre aussi longue et sanglante que le RoboCop de Paul Verhoeven (1987). Vingt-sept ans plus tard, en 2014, le réalisateur brésilien José Padilha a osé s'attaquer au mythe de l'homme-machine, un pari risqué qui, bien que n'étant pas un désastre total, a clairement souffert de la comparaison. Le film est sorti dans les salles obscures le 12 février 2014. Préparez votre armure, on décortique ce flic du futur version 2.0 !
L'idée d'un remake rôdait depuis longtemps. Initialement, c'est Darren Aronofsky qui devait prendre les rênes dès 2008, promettant une approche sombre et viscérale. Mais les divergences artistiques et les problèmes financiers du studio MGM ont mis le projet en pause. Le flambeau est finalement passé à José Padilha, un choix prometteur. Le réalisateur brésilien était reconnu pour ses films coup-de-poing, notamment Troupe d'élite, saluée pour son commentaire social musclé et son réalisme brutal. C'était l'homme idéal pour injecter une nouvelle dose de satire politique... en théorie.
Le scénario, écrit par Joshua Zetumer avec un crédit aux créateurs originaux, transpose l'histoire classique d'Alex Murphy, un flic honnête brutalement assassiné puis transformé en cyborg par OmniCorp, à l'ère des drones et de la surveillance de masse.
Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop (Joel Kinnaman), mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme...
AlloCiné | RoboCop (2014)
Padilha a qualifié publiquement cette expérience comme "la pire de sa vie". Les studios Sony/MGM lui ont coupés l'herbe sous le pied à chaque fois qu'il proposait une idée trop sombre ou subversive. Son rêve d'un film classé R a été écrasé au profit d'un plus commercial PG-13. Résultat: la satire et la violence décomplexée, marque de fabrique du premier, sont ici beaucoup trop édulcorées. On sent le combat perdu du réalisateur à chaque plan.
Si l'original usait du gore et du second degré pour critiquer le corporatisme et la privatisation de l'ordre, le remake se concentre davantage sur le drame humain d'Alex Murphy. On nous montre son dilemme émotionnel, la lutte pour reconquérir son humanité et le lien avec sa famille. C'est le point fort du film: en nous montrant ce qu'il reste d'Alex sous l'armure (sa main et une partie de son visage), le film explore de manière plus littérale la question: Qu'est-ce qui fait de nous un humain ? Cependant, là où Verhoeven servait une critique sociale au lance-roquettes, Padilha propose une critique... au Taser. Le film introduit la satire de manière didactique via un Samuel L. Jackson génial en Pat Novak, un présentateur télé ultranationaliste qui vante l'utilisation des robots pour la police, jouant le rôle des faux spots publicitaires de l'original. C'est bien pensé, mais moins percutant que le chaos de Detroit en 1987.
Heureusement, le casting est impeccable. Joel Kinnaman livre une performance honnête, malgré l'armure. Il parvient à transmettre la détresse de Murphy. Gary Oldman, le Dr. Dennett Norton, incarne le "bon" scientifique, le Dr Frankenstein bien intentionné qui regrette rapidement ses créations. Il apporte une belle profondeur émotionnelle au cœur du récit. Michael Keaton, Raymond Sellars, le PDG d'OmniCorp, froid, lisse et obsédé par le profit. Il est excellent dans ce rôle de méchant corporatiste de l'ombre, bien plus complexe que les gangsters bourrins de l'original.
Le film de Padilha se distingue par une esthétique moderne et high-tech. La mise en scène est nerveuse, surtout dans les scènes d'action. L'ancienne armure était volumineuse, métallique, et ressemblait à un tank qui se déplaçait avec une démarche lourde et iconique. La nouvelle est noire, matte, et aérodynamique. Bien que visuellement impressionnante et beaucoup plus rapide (RoboCop court et saute maintenant, ce qui est... étrange), cette nouvelle version perd le côté pantin mécanique et la démarche lente et menaçante de Peter Weller. La photographie est propre, stylisée, mais manque de la crasse et de la brutalité expressionniste de l'original. La direction des acteurs est cependant excellente, profitant du talent de Keaton et Oldman pour ancrer le film dans un drame corporatiste crédible.
La musique originale est signée Pedro Bromfman, collaborateur régulier de Padilha. Elle est efficace, souvent électronique et percutante dans les scènes d'action, mais elle souffre d'un défaut: elle n'a pas l'impact immédiat et emblématique du thème orchestral de Basil Poledouris de 1987.
Le RoboCop de 2014 n'est pas un mauvais film de science-fiction. Il est bien réalisé, bien joué, et propose des réflexions intéressantes sur l'éthique des drones et la perte d'identité. MAIS... il manque cruellement de l'audace, de l'humour noir et de la fureur politique de son prédécesseur. Verhoeven avait créé un film punk-rock, un brûlot ultra-violent camouflé en blockbuster. Padilha a créé un produit corporate, intelligent, mais lisse et ironiquement très proche de la multinationale OmniCorp qu'il est censé dénoncer.
A sa sortie, le film a reçu des critiques mitigées. La majorité des critiques et des fans s'accordaient à dire qu'il était nettement inférieur à l'original. On lui a reproché son manque de mordant, son côté trop sage, et le fait que les scènes d'action, bien que modernes, ne parvenaient jamais à égaler l'impact du chaos de Detroit en 1987. Cependant, avec les années, certains ont réhabilité le film en le considérant comme un honnête thriller de science-fiction. Si l'on oublie qu'il s'appelle RoboCop, il tient la route grâce au dilemme de Murphy et aux performances de Gary Oldman et Michael Keaton.
Le film a eu un succès modéré au box-office. Avec un budget estimé entre 100 et 130 millions de dollars, il a rapporté environ 242,6 millions de dollars dans le monde. C'est un succès suffisant pour rentabiliser l'investissement, notamment grâce à la performance solide à l'international, mais insuffisant pour lancer la franchise attendue par le studio.
Le RoboCop de 2014 est surtout un exemple du dilemme du remake hollywoodien: comment actualiser une œuvre culte sans trahir son esprit. Finalement, le film de José Padilha est comme une version moderne et rapide du costume: plus sophistiquée, mais moins mémorable. Si vous voulez réfléchir à l'éthique de l'IA, regardez-le. Si vous voulez une heure et demie de folie furieuse et de critique sociale au vitriol, remettez le chef-d'œuvre de Verhoeven.
##002936##Nous devons offrir aux Américains un produit qu'ils puissent aimer, une figure autour de laquelle ils puissent se rassembler.
Raymond Sellars interprété par Michael Keaton |RoboCop