Tout le monde se bat. Personne ne se barre. Le premier qui se barre, je le tue !

Jean Rasczak interprété par Michael Ironside | Starship Troopers

Starship Troopers de Paul Verhoeven (1997).
Starship Troopers de Paul Verhoeven (1997).

Starship Troopers selon Sun Khamunaki. Starship Troopers selon Sun Khamunaki.
Robyn Hood: Home Sweet Home #1 de Canales et Brusha (Couverture bis de Sun Khamunaki).

Dans le comic book Robyn Hood: Home Sweet Home #1 (Canales et Brusha • Zenescope) la cover artist Sun Khamunaki parodie l'affiche du film Starship Troopers de Paul Verhoeven sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, Johnny Rico interprété par Casper Van Dien est remplacé par Robyn Tegan Locksley alias Robyn Hood, Dizzy Flores campée par Dina Meyer devient Gretel et Ace Levy incarné par Jake Busey se transforme en Belinda alias Snow Queen.

 

Ah, Starship Troopers. Si vous étiez ado dans les années 90, vous vous souvenez probablement de ce film comme d'un blockbuster de science-fiction un peu bourrin, rempli de soldats beaux comme des dieux, d'effets spéciaux baveux et d'insectes géants (les "Arachnides") venus d'une autre galaxie. Un pur plaisir régressif, non ? Eh bien, oui... et non.

Sorti le 7 novembre 1997 aux Etats-Unis, le film de Paul Verhoeven est bien plus malin qu'il n'y paraît. C'est un cheval de Troie. Sous ses airs de film d'action décérébré se cache l'une des satires sociales et politiques les plus féroces jamais produites par un grand studio hollywoodien. Alors, attachez vos ceintures, citoyens ! On part pour Klendathu.

Au XXIVe siècle, une fédération musclée fait régner sur la Terre l'ordre et la vertu, exhortant sans relâche la jeunesse à la lutte, au devoir, à l'abnégation et au sacrifice de soi. Mais aux confins de la galaxie, une armée d'arachnides se dresse contre l'espèce humaine et ces insectes géants rasent en quelques secondes la ville de Buenos-Aires. Cinq jeunes gens, cinq volontaires à peine sortis du lycée, pleins d'ardeur et de courage, partent en mission dans l'espace pour combattre les envahisseurs. Ils sont loin de se douter de ce qui les attend.

AlloCiné | Starship Troopers

A l'origine de Starship Troopers, il y a un roman de Robert A. Heinlein (1959). Et c'est là que ça devient drôle. Le livre de Heinlein est une œuvre très sérieuse, militariste, qui fait l'apologie d'un système social où seul le service militaire donne le plein droit de vote. Certains y voient une philosophie libertarienne, d'autres (dont le réalisateur) y ont vu une apologie pure et simple du fascisme. Le scénariste, Ed Neumeier (déjà complice de Verhoeven sur RoboCop), avait en fait un vieux script intitulé Bug Hunt at Outpost Nine. Le studio, voyant des similitudes, a acquis les droits du roman de Heinlein et a fusionné les deux. Le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, lui, a tenté de lire le livre. Il a détesté. Il l'a trouvé ennuyeux et "très à droite". Au lieu d'adapter fidèlement ce texte, Verhoeven et Neumeier ont décidé de faire le contraire: ils allaient utiliser l'histoire comme un prétexte pour satiriser l'idéologie du livre.

Le choix du réalisateur était crucial. Verhoeven venait de secouer Hollywood avec RoboCop (une autre satire violente, de l'Amérique reaganienne cette fois) et Basic Instinct. Il était le seul capable de dépenser 100 millions de dollars pour un film qui se moquait ouvertement de ses propres héros.

Et le casting ? Casper Van Dien (Johnny Rico), Denise Richards (Carmen Ibanez), Dina Meyer (Dizzy Flores), Neil Patrick Harris (Carl Jenkins)... Ils sont tous blonds ou bruns, athlétiques, avec des mâchoires carrées et des sourires éclatants. Ils sont parfaits. Trop parfaits, en fait. Ils ressemblent moins à de vrais soldats qu'à des mannequins sortis d'une publicité. C'est entièrement intentionnel. Verhoeven a casté des "Ken et Barbie" pour renforcer l'idée qu'il filmait une gigantesque vidéo de propagande. Leur jeu d'acteur, parfois un peu rigide ou naïf, n'est pas une erreur de casting, c'est une direction d'acteur précise. Ils jouent des archétypes de films de guerre des années 40, purs et prêts à mourir pour la Fédération.

Toute l'intelligence du film réside dans sa mise en scène. Starship Troopers est construit comme un film de propagande fasciste. La structure est constamment interrompue par des spots publicitaires et des bulletins d'information du "Réseau Fédéral". Ces segments, avec leur slogan culte "Voudriez-vous en savoir plus ?", sont la clé de lecture du film. Ils nous montrent un futur où les médias et l'armée ne font qu'un, où l'on justifie la guerre avec des images d'enfants écrasant des cafards. "Le seul bon parasite, c'est un parasite mort !". Verhoeven oppose cette imagerie lisse et triomphante à la réalité crue de la guerre. Et quand Verhoeven filme la guerre, il ne fait pas semblant. C'est ultraviolent, le sang gicle, les corps sont démembrés. La photographie, très claire et lumineuse (presque surexposée) même dans les moments sombres, renforce ce sentiment d'hyperréalité. Il n'y a pas de "sale" ou de "boueux" comme dans Il faut sauver le soldat Ryan. Ici, le gore est clinique, presque absurde, contrastant violemment avec l'enthousiasme béat des soldats.

La musique de Basil Poledouris (Conan le Barbare, RoboCop) est la touche finale du chef. C'est une partition magnifique, bombastique, héroïque et patriotique. Si vous fermez les yeux, vous avez l'impression d'écouter la bande-son d'un grand film d'aventure épique. Et c'est ça, le génie. La musique est totalement au premier degré. Elle célèbre le courage et le sacrifice de ces jeunes gens, alors que le film nous montre qu'ils se font massacrer pour une cause absurde, dans une guerre qu'ils ont probablement provoquée. Ce décalage entre ce qu'on voit: la boucherie, et ce qu'on entend: l'héroïsme, crée le malaise et renforce la satire.

Pour montrer cette société "égalitaire" où hommes et femmes combattent et se douchent ensemble sans aucune tension sexuelle, il a filmé une scène de douche collective. Les acteurs américains, très puritains, étaient mal à l'aise. Pour détendre l'atmosphère, Paul Verhoeven et son directeur de la photographie, Jost Vacano, se sont déshabillés et ont tourné la scène nus avec eux.

Les effets spéciaux, révolutionnaires pour l'époque, mêlant animatroniques géantes et CGI, ont coûté très cher. Sur le tournage, les acteurs devaient réagir à des bâtons tenus par l'équipe technique ou simplement au vide, en imaginant des monstres de 10 mètres de haut. Pour les aider, Paul Verhoeven, se déplaçait face à eux en criant afin d'obtenir des réactions plus adéquates.

A sa sortie, Starship Troopers a été un échec. Pas un flop monumental, car il a remboursé son budget de 105 millions de dollars, mais un succès très décevant. Et surtout, la critique l'a massacré. La plupart des critiques américains n'ont absolument pas compris le second degré. Ils ont pris le film au premier degré, le qualifiant de "film fasciste", "stupide", "violent gratuitement" et "mal joué". Ils sont tombés tête baissée dans le piège tendu par Verhoeven. Le film était trop efficace dans sa parodie.

Mais les années ont passé. Avec le temps, et notamment après les événements du 11 septembre 2001 et les guerres qui ont suivi, le regard sur le film a radicalement changé. Des critiques l'ont réévalué, comprenant enfin sa critique féroce de l'impérialisme, de la manipulation médiatique et du complexe militaro-industriel. Aujourd'hui, Starship Troopers est un film culte. Il est considéré par beaucoup (fans et critiques) comme l'un des films de science-fiction les plus intelligents et subversifs jamais réalisés. Son influence est immense, notamment dans le monde du jeu vidéo. On pense évidemment à Helldivers qui en est un hommage direct ou encore StarCraft.

Starship Troopers est un cas d'école. C'est un blockbuster à 100 millions de dollars qui se fait passer pour un film idiot afin de mieux dénoncer les idéologies les plus sombres. C'est drôle, c'est spectaculaire, et c'est surtout d'une intelligence redoutable. "Je fais ma part ! Et vous ?"

Rico ! Vous serez mon caporal. Jusqu'à votre avis de décès ou bien jusqu'à ce que je trouve mieux.

Jean Rasczak interprété par Michael Ironside | Starship Troopers

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