Contes de Viterburlesque
24 août 2025Il n'y a de pire fou que l'amoureux.
Geoffrey Chaucer | Les Contes de Canterbury
Les Contes de Viterbury de Mario Caiano (1973).
Contes Féérotiques - Tome 15 de Riboldi, Savi, Barbieri et Pederiali (Couverture du Studio Rosi).
Dans le fumetti Contes Féérotiques - Tome 15 - "Ah! la belle daurade!" (Riboldi, Savi, Barbieri et Pederiali • Elvifrance) le Studio Rosi parodie l'affiche du film Les Contes de Viterbury de Mario Caiano sur la couverture de la BD. Ici, Bona interprétée par Rosalba Neri est remplacée par la sirène Ondine.
Ah, l'Italie des années 70... Entre deux plats de pasta et une révolution de la comédie sexy, voilà que débarque en 1973 Les Contes de Viterbury de Mario Caiano (I racconti di Viterbury - Le più allegre storie del '300 en VO). Un film à sketches qui sent bon le Moyen Age revisité à la sauce grivoise, et qui n'a pas peur de marcher dans les pas, ou plutôt de courir en pantoufles, derrière le succès des Contes de Canterbury de Pasolini, sortis un an plus tôt.
Anthologie de comédies sexuelles italiennes comprenant sept vignettes érotiques se déroulant à l'époque médiévale et vaguement inspirées du Décaméron de Boccace.
AlloCiné | IMDb
Difficile de parler de la naissance des Contes de Viterbury sans évoquer le phénomène Pasolini. Après le carton des Contes de Canterbury (1972), l'Italie se prend de passion pour le genre decamerotico: des films à sketches inspirés de la littérature médiévale, où l'on croise plus de jupons que dans un bal costumé. Mario Caiano, réalisateur touche-à-tout, saute sur l'occasion et propose sa propre version, plus légère et franchement portée sur le comique de situation.
Le film se compose de sept histoires courtes, toutes plus farfelues les unes que les autres. On y retrouve... Un gendre inexpérimenté découvrant les joies de l'amour avec sa belle-mère (oui, vous avez bien lu). Un Roméo médiéval qui tente de conquérir sa dulcinée en escaladant sa fenêtre et finit par renoncer après quelques chutes mémorables. Un dindon diabolique qui s'invite dans une histoire d'adultère et d'exorcisme. Des femmes ingénieuses, des maris naïfs, des meuniers opportunistes... Bref, un joyeux bazar où la morale est souvent renversée.
Mario Caiano, réalisateur prolifique, n'en est pas à son coup d'essai. Habitué aux westerns et autres films de genre, il s'entoure ici d'acteurs familiers de la comédie sexy italienne tels que Rosalba Neri, Christa Linder, Piero Scheggi et Toni Ucci. Pas de grandes stars internationales, mais une équipe solide, rompue à l'exercice du clin d'œil.
La mise en scène privilégie le rythme et l'efficacité: chaque sketch va droit au but, sans fioritures. L'ambiance médiévale est reconstituée avec les moyens du bord, entre costumes colorés et décors de studios qui sentent parfois un peu le carton-pâte (mais c'est aussi ce qui fait le charme du genre !). La photographie, sans être révolutionnaire, sert le propos: on est là pour s'amuser, pas pour décrocher la palme de l'innovation visuelle.
Les comédiens jouent la carte du burlesque sans jamais tomber dans la vulgarité pure. Rosalba Neri et Christa Linder, notamment, s'en sortent avec panache, oscillant entre naïveté feinte et espièglerie assumée. Le ton est léger, les situations souvent absurdes, et l'ensemble fonctionne grâce à une belle énergie de troupe.
A sa sortie en 1973, Les Contes de Viterbury n'a pas fait grand bruit auprès de la critique. Le film s'adresse avant tout à un public friand de comédies sexy et de farces médiévales, et il trouve sa place dans la vague des decamerotici italiens. Si l'œuvre n'a pas marqué l'histoire du cinéma, elle reste un témoignage amusant de l'époque, appréciée par les amateurs du genre et les nostalgiques du cinéma populaire italien. Son influence reste limitée, mais elle illustre parfaitement l'engouement pour les adaptations grivoises de la littérature classique au début des années 70. C'est un film léger, sans prétention, qui assume son côté potache et sa filiation avec Chaucer... version spaghetti. Un plaisir coupable à savourer entre amis, pour peu qu'on aime les histoires de maris trompés, de belles-mères entreprenantes et de dindons facétieux !
##002812##L'Adultère, en latin, cela veut dire, en somme:
Qu'on avance la nuit près du lit d'un autre homme,
Pour diviser en trois ce qui n'était à deux
Qu'un seul et même corps selon la loi des Cieux.
Geoffrey Chaucer | Les Contes de Canterbury