Schnozzola
06 févr. 2026Je déteste le piano. Surtout quand quelqu'un en joue.
Jimmy Durante
Dans le fumetti Contes Féérotiques - Tome 27 - "La grosse Bertha" (Fenzo • Elvifrance) le cover artist Sandro Angiolini croque Jimmy Durante sur la couverture de sa BD et lui donne le rôle de Cabillaud.
(L'image est tirée de la couverture).
Photographie de Jimmy Durante (1970)
et
Contes Féérotiques - Tome 27 de Fenzo (Couverture de Stelio Fenzo)
Ce tome 27 de la série Contes Féérotiques est l'adaptation en français du numéro 57 de la série italienne Sexy Favole (Edifumetto).
Jimmy Durante (1893-1980) était un acteur, humoriste, chanteur, pianiste et compositeur américain. Né à New York dans une famille d'immigrés italiens, il a commencé sa carrière derrière un piano, non pas comme un grand chanteur, mais comme un pianiste de ragtime tapageur. Contrairement aux crooners, Durante n'a jamais cherché à polir ses manières ou son répertoire. Il était un cogneur de piano dont la technique était peut-être rudimentaire, mais l'énergie, elle, était absolument contagieuse. C'est d'ailleurs ce style de jeu, à la fois rythmé et chaotique, qui a marqué ses débuts. En 1923, il forme le trio qui va véritablement lancer sa carrière: Clayton, Jackson and Durante. Leur numéro était un chaos organisé et bruyant. Pendant que les deux autres tentaient de chanter ou de danser, Durante interrompait tout, démolissait souvent le piano, et transformait la scène en un véritable bazar jubilatoire. Ce style délibérément "bas de gamme" et imprévisible était une rupture totale avec le vaudeville poli de l'époque, et c'est ce qui, étrangement, a charmé l'Amérique.
Après le vaudeville, Durante a dû s'adapter aux nouveaux médias qui émergeaient, et c'est là que son visage et sa voix si singulière ont fait mouche, lui permettant de devenir une véritable icône. Son nez, qu'il appelait lui-même son "Schnozzola" (qui est devenu son surnom), était un élément central de son identité comique, un trait qu'il exploitait sans la moindre trace de gêne, transformant un complexe potentiel en une véritable marque de fabrique pleine d'autodérision. La radio, puis le cinéma, ont permis à son personnage de se diffuser massivement, un personnage bruyant, souvent agacé par les snobs, mais toujours avec un cœur d'or et une bonhomie évidente. Contrairement aux stars lisses et aux voix d'opéra de l'époque, Durante parlait plus qu'il ne chantait, hachait les mots, et brisait le quatrième mur avec une familiarité désarmante qui le rendait humain. C'est à cette époque que naissent ses fameux cris de guerre, comme le joyeux "Ha-cha-cha!" ou son adieu mythique à la fin de chaque émission: "Good night, Mrs. Calabash, wherever you are".
Hollywood a naturellement fait appel à Durante au début des années 1930, avide de capitaliser sur sa notoriété. Il est rapidement devenu un pilier des comédies musicales et des comédies légères, même s'il ne tenait que très rarement les rôles principaux. Son succès au cinéma reposait entièrement sur sa capacité à transporter son personnage de Schnozzola directement sur grand écran, souvent dans le rôle du faire-valoir comique, du second rôle bruyant mais attendrissant. Il n'a jamais cherché la nuance dramatique, et les critiques de l'époque notaient souvent que Durante, l'acteur, n'était qu'une extension de Durante, l'artiste de vaudeville. C'était sa force: le public savait exactement ce qu'il allait obtenir en achetant son billet, qu'il s'agisse de sa participation au faste des Ziegfeld Follies (1945), de son rôle dans l'hilarant The Man Who Came to Dinner (1942), ou de sa mémorable apparition dans le classique burlesque It's a Mad, Mad, Mad, Mad World (1963). On pourrait dire que son plus grand rôle au cinéma fut finalement d'être toujours lui-même, ce qui, au vu de sa longévité, est une performance en soi.
On ne peut parler de Durante sans évoquer sa chanson phare, le célèbre Inka Dinka Doo, qui est en fait l'hymne de sa propre folie. Ce morceau, bien loin de la sophistication des standards de jazz de l'époque, était son cri de ralliement musical, une mélodie simple et énergique qui mettait en musique ses interjections. Critiquement parlant, c'est une chanson qui ne brillait pas par sa complexité harmonique ou sa performance vocale, mais c'était sa sincérité et son entrain qui la rendaient irrésistible. Elle encapsule parfaitement l'approche Durante: un peu de chaos, beaucoup de cœur, et une mélodie facile à retenir, transformant un simple bout de phrase en un phénomène culturel, ce qui est la marque des génies du spectacle populaire.
A la suite d'une crise cardiaque qui l'oblige à utiliser un fauteuil roulant, il met fin à sa carrière en 1972. Il meurt d'une pneumonie en 1980, quelques jours avant son 87e anniversaire.
Si l'on doit émettre un regard critique sur son œuvre, il faut reconnaître que Jimmy Durante n'était pas un artiste subtil, et sa voix rocailleuse, souvent comparée à du gravier, était loin des standards musicaux de l'industrie. Son répertoire était souvent répétitif, et ses sketchs reposaient fréquemment sur la destruction d'objets ou sur des interjections bruyantes. On pourrait dire qu'il excellait dans un seul rôle: celui de Jimmy Durante, l'homme qui met le chaos mais qui s'en sort toujours. Cependant, paradoxalement, ce sont précisément ces "défauts" qui assurent la longévité de son œuvre. Son manque de sophistication était sa plus grande force, car il incarnait l'Américain moyen, l'homme de la rue qui n'a pas peur de faire du bruit et de ne pas être parfait. Durant sa longue carrière, il a prouvé une incroyable capacité d'adaptation, passant sans encombre du vaudeville poussiéreux à la télévision des années 1960. Il était la preuve vivante qu'il n'était pas nécessaire d'être beau ou d'avoir une voix d'ange pour devenir une superstar. L'authenticité et la persévérance suffisent, à condition d'avoir un talent comique certain. Son héritage est donc celui d'un artiste qui a brisé les codes par sa sincérité brute et qui, en refusant d'être lisse, est resté un favori du public pendant des décennies.
##002978##Ma femme a un léger trouble de l'élocution. De temps en temps, elle s'arrête pour respirer.
Jimmy Durante