J'en ai assez d'être aimé pour moi-même, j'aimerais être aimé pour mon argent.

Paul Simay interprété par Jean-Paul Belmondo | Docteur Popaul

Plan du film Docteur Popaul de Claude Chabrol (1972). Docteur Popaul de Claude Chabrol (1972).
Docteur Popaul de Claude Chabrol (1972).

Docteur Popaul selon Carlo Jacono. Docteur Popaul selon Carlo Jacono.
Goldboy - Tome 56 d'Angiolini, Barbieri, Cavedon et Ghelardini (Couverture de Carlo Jacono).

Dans le fumetti Goldboy - Tome 56 - "Piquouse pour une héroïne" (Angiolini, Barbieri, Cavedon et Ghelardini • Elvifrance) le cover artist Carlo Jacono parodie l'affiche du film Docteur Popaul de Claude Chabrol sur la couverture de la BD. Ici, le docteur Paul Simay interprété par Jean-Paul Belmondo est remplacé par l'agent de la CIA Willy Holden de Valmarin alias Goldboy (Glodrake en VO) et l'infirmière Martine Dupont campée par Laura Antonelli devient la doctoresse Lorna Plancton. Dans cette histoire, Goldboy enquête sur la mort d'un de ses collègues au Lincoln Medical center en se faisant passer pour le docteur Mingus avec l'aide de Lorna.

 

Parfois, le cinéma nous offre des rencontres improbables. Prenez un réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague, connu pour ses portraits au scalpel de la bourgeoisie provinciale. Prenez ensuite l'acteur le plus populaire de France, cascadeur, gouailleur et machine à succès. Vous mélangez le tout avec une actrice américaine délicate et un scénariste à la misanthropie légendaire. Le résultat ? Docteur Popaul, un film de Claude Chabrol avec Jean-Paul Belmondo, sorti en France en septembre 1972. Une œuvre déroutante, souvent mal-aimée, et qui mérite qu'on s'y attarde, ne serait-ce que pour comprendre ce qui n'a pas tout à fait fonctionné.

A l'origine de Docteur Popaul, il y a un roman d'Hubert Monteilhet: Le Sexe des anges. L'histoire d'un homme, Paul Simay, qui, traumatisé par la beauté inaccessible de sa mère, décide de ne fréquenter que des femmes laides pour s'assurer leur fidélité. Le postulat est grinçant, mais entre les mains du scénariste Paul Gégauff, collaborateur régulier de Chabrol (Le Boucher, Que la bête meure), il devient carrément vénéneux. Gégauff, personnage sulfureux et provocateur, y injecte toute sa misogynie et son cynisme.

Du fond de son lit d'hôpital, le docteur Paul Simay (Jean-Paul Belmondo) se morfond. Paraplégique depuis un accident de voiture, il se remémore son passé de coureur de jupons, de sa prédilection pour les femmes laides qui lui fit longtemps préférer Christine (Mia Farrow) à sa jolie sœur Martine (Laura Antonelli)...

AlloCiné | Docteur Popaul

Le scénario est une succession de situations où Belmondo, en parfait phallocrate, manipule son monde avec un aplomb déconcertant. Avec cette histoire, ce docteur séducteur invétéré à la théorie farfelue: pour être heureux, il faut épouser une femme laide, qui jette son dévolu sur une jeune femme effacée et peu sûre d'elle, persuadé qu'elle lui sera éternellement reconnaissante et fidèle (sans compter sur sa magnifique sœur qui va semer le trouble dans ses certitudes) est problématique et amorale, car le film ne sait jamais sur quel pied danser. Est-ce une critique de la bêtise masculine ? Une farce vulgaire ? Une comédie de mœurs ? Le ton oscille constamment, laissant le spectateur perplexe face à la méchanceté gratuite de son "héros".

La véritable curiosité du film, c'est bien sûr la rencontre entre Claude Chabrol et Jean-Paul Belmondo. Le premier, habitué à diriger ses acteurs avec une précision chirurgicale pour en extraire la noirceur cachée, se retrouve face à un "Bébel" en roue libre. L'acteur fait ce qu'il sait faire de mieux: des clins d'œil, des cascades, des sourires charmeurs... mais le tout sonne un peu faux dans l'univers chabrolien. On sent que le réalisateur peine à canaliser l'énergie de sa star, qui transforme cette comédie noire en un "Belmondo-movie" presque comme les autres. A ses côtés, Mia Farrow semble un peu perdue. Son personnage de femme fragile et soumise est intéressant, mais l'actrice, alors en pleine gloire post-Rosemary's Baby, peine à exister face au tourbillon Belmondo.

Les aficionados de Chabrol peineront à retrouver sa patte. Sa mise en scène, d'habitude si méticuleuse et signifiante, paraît ici plus fonctionnelle, presque impersonnelle. Les longs plans-séquences et les mouvements de caméra subtils qui dissèquent les rapports de force sont quasi absents. La photographie, bien que soignée, n'a pas la richesse des autres films de l'époque. On a l'impression que Chabrol a mis son style en sourdine pour laisser le champ libre à sa vedette, comme s'il s'agissait d'un film de commande plus que d'une œuvre personnelle. La direction d'acteur semble, elle aussi, en retrait. Belmondo est Belmondo, et les seconds rôles, bien que savoureux, notamment Daniel Lecourtois en père de famille bourgeois, ne suffisent pas à donner au film la profondeur attendue.

Une petite anecdote de tournage raconte que l'ambiance n'était pas toujours au beau fixe. Chabrol, grand amateur de bonne chère, organisait des déjeuners fastueux, tandis que Belmondo, athlète accompli, préférait une discipline plus stricte. Deux mondes qui se rencontraient, à l'image du film lui-même.

La musique est signée Pierre Jansen, le compositeur attitré de Chabrol. Ses partitions, souvent angoissantes et dissonantes, apportent ici une touche d'étrangeté bienvenue, créant un décalage ironique avec les situations parfois burlesques du film. C'est peut-être l'un des éléments les plus "chabroliens" du projet.

A sa sortie, Docteur Popaul fut un énorme succès commercial, attirant plus de 2 millions de spectateurs en France. La présence de Jean-Paul Belmondo au générique a suffi à garantir sa popularité. Cependant, la critique fut beaucoup plus réservée. Beaucoup y ont vu une œuvre mineure, voire ratée, dans la filmographie de Chabrol, lui reprochant sa vulgarité et son manque de finesse. Pour les fans du réalisateur, le film reste aujourd'hui encore une anomalie, une sorte de péché mignon coupable pour certains, une trahison pour d'autres.

Je suis pour la beauté morale. Et la beauté morale, tu ne la trouves que chez les moches. C'est un des grands paradoxes de l'humanité.

Paul Simay interprété par Jean-Paul Belmondo | Docteur Popaul

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