C'est une nuit parfaite pour le mystère et l'horreur. L'air lui-même est rempli de monstres.

Mary Wollstonecraft Shelley interprétée par Elsa Lanchester | La Fiancée de Frankenstein

Affiche du film La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935). Photographie du tournage du film La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935).
La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935).

La Fiancée de Frankenstein selon Tommy Castillo.
Hari Kari Goes Hollywood #1 Collectif (Page 4 de Tommy Castillo).

Dans le comic book Hari Kari Goes Hollywood #1 (Collectif • Blackout Comics) Tommy Castillo pastiche le film La Fiancée de Frankenstein de James Whale sur une des planches de la BD. Ici, on reconnait la créature de Frankenstein interprétée par Boris Karloff. Sa fiancée Mary Wollstonecraft Shelley campée par Elsa Lanchester est remplacée par Hari Kari.

 

La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein en VO). Vous pensiez tout savoir sur la créature de Frankenstein ? Attendez de découvrir sa compagne, star d'un film qui a électrisé les salles obscures lors de sa sortie le 6 mai 1935. Retour, entre éclairs gothiques et humour acide, sur la suite la plus iconique du cinéma d'horreur classique.

Tout commence dans les Studios Universal, en pleine crise économique. Après le carton du Frankenstein de 1931, Universal rêve d'une suite capable de rivaliser avec son succès, quitte à coucher toute la famille sur la table d'opération. Mais James Whale, le réalisateur du premier opus, doit être convaincu de repartir à la chasse aux monstres. Il hésite, trouvant le projet redondant. Après quelques années de négociation, de réécritures, et une légère incitation pécuniaire, Whale accepte de réaliser ce qui deviendra un chef-d'œuvre du genre.

Le Dr Frankenstein (Colin Clive) et sa créature (Boris Karloff) ont survécu. Un savant fou, le Dr Pretorius (Ernest Thesiger), kidnappe la femme du Dr Frankenstein, et l'oblige à tenter de nouveau l'horrible expérience, dans le but cette fois de créer un monstre féminin...

AlloCiné | La Fiancée de Frankenstein

Le film s'ouvre de façon méta, avec Mary Shelley elle-même (Elsa Lanchester) racontant la suite de son roman. L'histoire démarre pile après l'incendie du moulin du premier film: la créature a survécu, sème la pagaille, et rencontre le Dr. Pretorius, un savant aussi excentrique que mal intentionné. Celui-ci convainc Frankenstein de fabriquer, tenez-vous bien, une fiancée pour le monstre ! Mais l'affaire se conclut dans un grand fracas: la fiancée, terrorisée, repousse le pauvre monstre, qui préfère tout faire exploser plutôt que de rester à son bal des cœurs brisés.

James Whale, figure incontournable du cinéma d'épouvante, rempile. Son style flamboyant va donner toute sa saveur visuelle au film. Côté casting, on reprend les mêmes et on recommence: Boris Karloff, irrésistible dans la peau du monstre, Colin Clive dans celui de Henry Frankenstein, et l'inoubliable Elsa Lanchester dans le double rôle de Mary Shelley et de la Fiancée, qui n'apparaît qu'à la toute fin du film, histoire de marquer les esprits. On parle tout de même d'un des personnages les plus cultes du cinéma pour... moins de 4 minutes à l'écran ! Sans oublier Ernest Thesiger, incroyable en Dr. Pretorius.

Whale impose une patte visuelle unique, héritée de l'expressionnisme allemand: décors gothiques, ombres mouvantes, et lumière sculptée à la serpe. Le laboratoire de Frankenstein, ses machines étincelantes et ses arcs électriques, auraient pu faire rougir d'envie un certain Nikola Tesla. La photographie signée John J. Mescall est somptueuse, amplifiant le tragique et l'ironie. L'interprétation, dirigée avec panache, oscille entre la puissance expressive de Karloff et la folie géniale de Thesiger. Quant à la Fiancée, son apparition criarde (inspirée par le cygne, et conçue par Jack Pierce, célèbre pour ses maquillages), est entrée au panthéon des icônes du genre.

C'est Franz Waxman qui signe la partition, une des premières bandes originales hollywoodiennes à oser une telle ampleur symphonique. Alternant thèmes intimes, passages angoissants et pointes d'humour musical, Waxman tisse une atmosphère à la fois mystérieuse et parfois décalée. La scène de la résurrection de la Fiancée, portée par une montée orchestrale, marque durablement les esprits et pose les bases de la musique de film moderne.

Colin Clive s'est cassé la jambe juste avant le tournage, expliquant pourquoi il apparaît souvent assis ou soutenu dans plusieurs scènes. Elsa Lanchester a conçu le sifflement unique de la Fiancée en s'inspirant des cygnes d'un parc qu'elle fréquentait avec son mari Charles Laughton. Le maquillage de la Fiancée, avec sa coiffure Néfertiti électrifiée, n'a nécessité qu'une seule apparition et a suffi pour la postérité.

A sa sortie, le film est salué comme supérieur à l'original par nombre de critiques: plus profond, plus élégant, plus émouvant aussi. Whale y glisse une ironie cinglante et une réflexion sur la différence, l'angoisse et (déjà) le droit d'exister autrement. Au fil des décennies, il devient l'un des classiques universels de l'horreur, cité, parodié, et analysé jusque dans les universités. Considéré comme une leçon de cinéma, il a marqué les films fantastiques suivants et continue d'influencer tant la pop culture que la réflexion sur la monstruosité au cinéma. En résumé, La Fiancée de Frankenstein, c'est un miracle d'audace visuelle, d'humour macabre et de poésie noire.

Vous me prenez pour un fou. Peut-être. Mais écoutez, Henry Frankenstein. Pendant que vous creusiez vos tombes, rassemblant des tissus morts, moi, mon cher élève, je suis allé chercher ma matière à la source de la vie. J'ai fait pousser mes créatures comme des cultures. Je les ai fait pousser comme le fait la nature, à partir de graines.

Dr. Pretorius interprété par Ernest Thesiger | La Fiancée de Frankenstein

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