Ice Scream Man
06 août 2026Beaucoup d'adultes pensent que chaque livre pour enfants doit leur apprendre quelque chose… Ma théorie, c'est qu'un livre pour enfants… peut être simplement un divertissement.
R.L. Stine
Illustration de Tim Jacobus pour la couverture Chair de Poule - Tome 2 de R.L. Stine (1993).
Ice Cream Man #27 de Morazzo et Prince (Couverture bis de Tony Fleecs).
Dans le comic book Ice Cream Man #27 - "The Morphometasis" (Morazzo et Prince • Image Comics) le cover artist Tony Fleecs parodie l'illustration de Tim Jacobus de la couverture du tome 2 du roman Chair de Poule: La Nuit des Pantins de R.L. Stine sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, le pantin Monsieur Wood est remplacé par Riccardus alias Ice Cream Man.
Si vous avez grandi dans les années quatre-vingt-dix, il est fort probable que la simple évocation d'une couverture au titre vert fluo provoque chez vous un doux frisson de nostalgie. Véritable phénomène de la littérature jeunesse, la saga Chair de Poule (Goosebumps en VO), imaginée par l'infatigable R.L. Stine et publiée à l'origine par le géant américain Scholastic avant de débarquer en France sous la bannière de Bayard Poche, a initié des millions de têtes blondes au plaisir de la lecture et de l'épouvante. Parmi la pléthore de titres qui ont peuplé les tables de chevet, le deuxième tome de la collection française, intitulé "La Nuit des Pantins" (#7 Night of the living dummy en VO) et publié à l'origine en 1993, occupe une place de choix dans le panthéon de la frousse amicale. En s'attaquant au mythe de la poupée vivante, l'auteur livre un récit qui, aujourd'hui encore, conserve une efficacité redoutable pour les jeunes lecteurs et un charme délicieusement rétro pour les adultes.
Un pantin ventriloque, rien de tel pour avoir du succès ! Caro s'amuse beaucoup avec le sien. Jalouse, sa sœur jumelle s'en procure un et le nomme "Monsieur Wood". A partir de ce jour, des événements étranges et terrifiants vont se produire dans la maison des Lafaye. Des événements diaboliques. Monsieur Wood est-il aussi inanimé qu'il y paraît ?
Quatrième de couverture | La Nuit des Pantins
Sur le plan pédagogique, ce roman est un excellent cas d'école pour observer le concept de l'inquiétante étrangeté, cher aux théoriciens de la littérature fantastique. R.L. Stine excelle à transformer un objet du quotidien, à la fois familier et légèrement grotesque, en une source d'angoisse grandissante. Le pantin de ventriloque, avec ses yeux fixes et son sourire figé, joue parfaitement sur ce malaise instinctif que nous éprouvons face à ce qui imite l'humain sans l'être tout à fait. L'auteur construit sa tension narrative de manière progressive et très accessible, en utilisant des petites transgressions domestiques qui s'intensifient jusqu'à ce que l'incrédulité des personnages s'effondre face à l'évidence du surnaturel.
Mais que serait un bon Chair de Poule sans son indispensable écrin visuel d'origine ? On ne peut pas évoquer ce tome sans rendre un vibrant hommage à l'illustrateur historique de la collection, Tim Jacobus, dont le travail graphique a largement façonné notre imaginaire collectif. La couverture originale qui nous réunit aujourd'hui est un modèle du genre: ce gros plan sur le pantin, qui nous fixe de son regard vitreux et perçant sous un éclairage sombre et dramatique, a suffi à lui seul à faire grimper le rythme cardiaque de nombreux ados.
En termes de critique pure, le roman possède d'immenses qualités, à commencer par son rythme soutenu qui ne laisse aucun répit au lecteur et son sens inné du suspense de fin de chapitre. L'humour noir, distillé avec parcimonie à travers les répliques cinglantes de Monsieur Wood, apporte une touche de légèreté bienvenue qui désamorce l'effroi sans en gâcher le plaisir. En revanche, on peut légitimement pester contre le cliché récurrent des parents absolument aveugles et sourds aux appels de détresse de leurs enfants. Cette recette, bien que nécessaire pour isoler les héroïnes et accentuer leur détresse, pourra sembler un brin répétitive et agaçante pour un lectorat plus âgé.
Il n'en reste pas moins que La Nuit des Pantins demeure une formidable passerelle vers le genre de l'horreur, intelligente, ludique et diablement distrayante. Ce tome a également le mérite historique de poser les bases d'une mythologie qui donnera naissance à l'un des méchants les plus iconiques de la pop culture enfantine, même si, amusant paradoxe littéraire, le célèbre Slappy ne joue ici qu'un rôle de figurant passif au profit du tyrannique Monsieur Wood. En refermant ce court roman, on ne peut s'empêcher de jeter un œil suspect sur les vieilles poupées qui dorment au grenier, tout en se disant que R.L. Stine possédait décidément la formule magique pour nous faire adorer avoir peur.
##003159##Lisez. Lisez. Lisez. Mais ne vous contentez pas du même type de livre. Lisez des ouvrages variés, d'auteurs divers, afin de développer un style différent.
R.L. Stine