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Ilsa interprétée par Dyanne Thorne | Ilsa, gardienne du harem

Ilsa, gardienne du harem de Don Edmonds (1976).
Ilsa, gardienne du harem de Don Edmonds (1976).


Hack/Slash #11 de Leister, Lowder et Seeley (Couverture bis de Emilio Laiso).

Dans le comic book Hack/Slash #11 - "Interdimensional Women's Prison Breakout" (Leister, Lowder et Seeley • Image Comics) le cover artist Emilio Laiso parodie l'affiche du film Ilsa, gardienne du harem de Don Edmonds sur la couverture de la BD. Ici, Ilsa interprétée par Dyanne Thorne est remplacée par Cassandra 'Cassie' Hack.

 

Le titre, Ilsa, gardienne du harem (Ilsa, Harem Keeper of the Oil Sheiks en VO), donne immédiatement le ton. Ce film est une production conjointe du Canada et des Etats-Unis, un duo souvent très rentable pour le cinéma d'exploitation de l'époque, et il est sorti en salle aux Etats-Unis en mars 1976, soit moins d'un an après la sortie foudroyante de son prédécesseur.

Pour comprendre Ilsa, gardienne du harem, il faut remonter à la machine à cash de 1975: Ilsa, la louve des SS. Ce dernier avait sidéré par son succès au box-office, prouvant qu'il y avait un marché juteux pour l'horreur érotique nazie, un sous-genre connu sous le nom de Nazisploitation. Le problème, cependant, est qu'à la fin du premier film, Ilsa, l'incandescente Dyanne Thorne, finissait, disons, très mal. Fort heureusement, le cinéma d'exploitation n'a jamais laissé un détail trivial comme la mort se mettre en travers d'une suite potentiellement lucrative. La genèse est donc simple: capitaliser au maximum. Le producteur et réalisateur Don Edmonds n'a pas cherché à créer une œuvre d'art, mais à transférer l'attrait sadique et la domination féminine de son héroïne dans un nouveau cadre à la mode en 1976: la crise pétrolière et l'orientalisme fantasmé. On oublie l'Allemagne nazie pour un émirat fictif du Moyen-Orient, offrant le prétexte parfait pour mélanger le genre "Women in Prison" (WIP) avec des clichés exotiques.

Ilsa (Dyanne Thorne) est de retour... Elle travaille maintenant pour un Sheik arabe en l'aidant à "importer" des jeunes femmes pour les transformer en véritables esclaves sexuels. La fille d'un millionnaire américain (Colleen Brennan dit Sharon Kelly), une star de cinéma (Barbarella Catton dit Haji) et une championne équestre (Uschi Digard) rejoignent le harem.

AlloCiné | Ilsa, gardienne du harem

Le scénario, attribué principalement à Langston Stafford, est d'une logique implacable... si l'on est ivre de pétrodollars et d'exploitation. Le film se déroule selon une formule éprouvée: une série de scènes de séquestration, d'humiliation et de torture (plus ridicules que choquantes, heureusement) menées par Ilsa, jusqu'à ce que les prisonnières, aidées par un mercenaire américain beau gosse, mènent une rébellion explosive, empruntant lourdement au cinéma d'action et aux serials d'aventure.

Concernant le casting et le choix du réalisateur, le metteur en scène Don Edmonds, qui avait déjà dirigé le premier opus, est rappelé pour sa connaissance de la formule et son efficacité. Il est un artisan du cinéma de série B, habitué aux délais serrés et aux budgets microscopiques, et son objectif est de livrer la marchandise (le sexe, la violence) à temps. Dyanne Thorne est la clé de voûte de toute la franchise, et est irremplaçable. Avec son physique impressionnant, son regard glacial et sa capacité à prononcer les pires lignes de dialogue avec un sérieux absolu, elle apporte une stature et un professionnalisme inattendus à un rôle aussi outrancier. Elle est la raison pour laquelle le film arrive à fonctionner. Le reste du casting comprend d'autres figures de l'exploitation des années 70, comme la pulpeuse Uschi Digard (Inga Lindström), souvent là pour la nudité plus que pour la narration. Le casting est un mélange de professionnels de la B-série et d'acteurs de seconde zone, tous engagés pour leur capacité à jouer le mélodrame sans se plaindre du faible salaire.

L'analyse du style révèle qu'Ilsa, gardienne du harem est une véritable leçon de cinéma de débrouille. Avec sa mise en scène, Don Edmonds réalise un virage à 180 degrés: l'esthétique claustrophobe du camp nazi est remplacée par une tentative d'épique exotique. Cependant, les "décors" de palais moyen-oriental ressemblent étrangement à une villa californienne un peu poussiéreuse et quelques dunes de sable à proximité de Los Angeles, ce qui rend le résultat délicieusement nanar. Le film cherche à imiter l'action de James Bond (on a même droit à une danseuse du ventre espionne cachant un micro dans son nombril), mais avec les moyens d'une pièce de théâtre. Côté photographie, tenez-vous bien: un des directeurs de la photographie n'est autre que Dean Cundey. Oui, le futur chef opérateur de Halloween, de Retour vers le futur et de Jurassic Park ! Ce fait souligne que même dans la série Z la plus torride, on trouve des talents en devenir. Cundey parvient à donner au film un certain éclat, malgré le manque de budget, en utilisant la lumière du soleil californien pour simuler la chaleur et le désert. Enfin, la direction des acteurs est claire: surjouer la cruauté et l'érotisme. L'objectif n'est pas la subtilité, mais l'impact. Thorne excelle dans ce registre, tandis que le reste du casting se contente de crier, de gémir ou de faire des grimaces de méchants de bande dessinée.

Don Edmonds décrit le tournage comme une course absolue. Le budget était si serré et le calendrier si court que l'équipe devait courir d'une scène à l'autre pour optimiser chaque minute. Cette précipitation se ressent parfois à l'écran, dans des raccords un peu secs ou des scènes d'action montées à la hâte, mais c'est le prix à payer pour l'efficacité du cinéma d'exploitation !

La musique est, comme souvent dans les productions à petit budget, fonctionnelle et oubliable. Elle se compose d'une vague orchestration "exotique" avec des touches de percussions et des mélodies censées évoquer le désert, avec plus ou moins de succès.

A sa sortie en 1976, le film a connu le succès escompté, un succès commercial immédiat grâce à la notoriété de La Louve des SS, remplissant parfaitement son rôle dans le circuit des doubles programmes. L'accueil critique considère le film comme de la série Z jetable, rempli de violence gratuite et de clichés racistes, notamment dans la représentation du cheikh et du Moyen-Orient.

Aujourd'hui, il est chéri par les amateurs de nanars car son scénario risible, son budget visiblement faible et l'absurdité de voir Ilsa ressusciter pour travailler dans le pétrole lui confèrent un charme comique involontaire.

Les sociologues ne le répèteront jamais assez : Ilsa est le reflet d’une époque et du relâchement des mœurs. Un temps où on pouvait diffuser tout et n’importe quoi sur les écrans.

Daniel Bastié

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