Permis de déraper
26 janv. 2026On m'a mise en garde contre vous, 007: sexe au dîner, cadavre au petit-déjeuner. Mais ça ne marche pas avec moi.
Miranda Frost interprétée par Rosamund Pike | Meurs un autre jour
Photographie du tournage du Meurs un autre jour de Lee Tamahori (2002).
Lady Death: Origins - Cursed #2 de Guzman et Pulido (Couverture bis de Michael DiPascale).
Dans le comic book Lady Death: Origins - Cursed #2 (Guzman et Pulido • Avatar Press) le cover artist Michael DiPascale parodie une photographie du tournage du film Meurs un autre jour de Lee Tamahori sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, la James Bond girl Giacinta 'Jinx' Johnson interprétée par Halle Berry est remplacée par Hope alias Lady Death.
Sorti en novembre 2002, Meurs un autre jour (Die Another Day en VO) avait une mission simple, mais colossale: célébrer les 40 ans de l'agent 007 au cinéma. Ce vingtième film de la franchise, le quatrième et dernier pour Pierce Brosnan, se voulait un feu d'artifice d'hommages et de modernité. Mais comme tout feu d'artifice, il y a eu de belles fusées... et quelques pétards mouillés. Replongeons dans cette aventure glacée !
Une opération secrète, menée en Corée du Nord par James Bond (Pierce Brosnan) et deux de ses hommes, est compromise par un traître non identifié. S'ensuit une course-poursuite en hovercraft au cours de laquelle le colonel nord-coréen Moon (Will Yun Lee) trouve la mort et son lieutenant, Zao (Rick Yune), est grièvement blessé. James Bond est quant à lui capturé et jeté dans une prison militaire.
Après quelques mois de détention, ce dernier est libéré à l'occasion d'un échange de prisonniers organisé par Falco (Michael Madsen), le directeur de la National Security Agency. Démis de ses fonctions, l'ancien agent secret est décidé à retrouver Zao et à démasquer le traître qui a entraîné sa chute. Sa quête, riche en rebondissements, l'amènera à faire la rencontre de la belle et mystérieuse Jinx (Halle Berry) et de Gustav Graves (Toby Stephens), un mégalomaniaque propriétaire d'un somptueux palais de glace islandais et d'une arme d'une puissance insoupçonnée.AlloCiné | Meurs un autre jour
Pour aborder la genèse du projet, il faut savoir qu'après le succès du Monde ne suffit pas (1999), les producteurs Michael G. Wilson et Barbara Broccoli ont bénéficié de trois ans au lieu des deux habituels pour développer ce film anniversaire. L'idée était de faire monter les enchères, tant en termes d'action que de gadgets. Les scénaristes Neal Purvis et Robert Wade (qui sont restés les piliers de la saga pendant des années) ont commencé avec une idée forte et sombre: voir Bond capturé, emprisonné et torturé. C'était une rupture radicale avec l'image habituelle de l'espion invincible, offrant une scène prégénérique percutante où l'on voit 007 souffrir, une nouveauté dans la saga classique. Malheureusement, l'enthousiasme à vouloir "célébrer" a pris le dessus, et la deuxième moitié du film est devenue un festival de clins d'œil et d'excès, s'éloignant de ce début prometteur.
Pour orchestrer ce spectacle, le choix du réalisateur et du casting s'est porté sur le Néo-Zélandais Lee Tamahori. Réalisateur de l'excellent drame L'Ame des guerriers (1994) et de thrillers comme Le Masque de l'araignée, Tamahori avait une réputation de cinéaste visuel et énergique. Cependant, sur un film de cette envergure, sa tendance à abuser des effets spéciaux (surtout les images de synthèse) a été l'un des points les plus critiqués du film, donnant parfois un aspect très daté aux séquences d'action, notamment la fameuse scène de surf sur le tsunami...
Côté casting, Pierce Brosnan est toujours aussi impeccable en Bond, mêlant charme et brutalité, mais l'arrivée la plus marquante est celle de Halle Berry dans le rôle de l'agent de la NSA Jinx Johnson. Son entrée en bikini orange est un hommage direct et assumé à Ursula Andress dans Dr. No (1962), renforçant l'aspect "anniversaire" du film. Les méchants sont également mémorables: Toby Stephens campe le milliardaire mégalomane Gustav Graves, tandis que Rosamund Pike, dans son premier grand rôle au cinéma, incarne l'agent double glaciale Miranda Frost, offrant un parfait contrepoint à Jinx.
La photographie signée David Tattersall, bien que spectaculaire dans des décors comme le palais de glace en Islande, a été largement impactée par la post-production numérique, créant le fameux "look glacé" où l'étalonnage accentue le froid et les couleurs saturées, ce qui a pu parfois rendre l'ensemble artificiel. Lee Tamahori a misé sur une mise en scène rapide et musclée, mais manquant parfois de la finesse et de l'élégance propre à la saga, à l'exception peut-être de l'époustouflante poursuite automobile sur la glace entre l'Aston Martin Vanquish (invisible, oui, vous avez bien lu !) de Bond et la Jaguar XKR de Zao.
Quant à la musique, c'est l'œuvre du fidèle David Arnold, qui signe ici une partition qui respecte l'héritage de John Barry tout en intégrant des rythmes électroniques, notamment pour la séquence en Corée; c'est efficace et rythmé, mais la vraie polémique est venue de la chanson-titre, interprétée par Madonna (qui fait aussi un caméo critiqué). Avec ses beats très expérimentaux signés Mirwais, le titre Die Another Day est le générique le plus clivant de l'histoire de 007. Il faut lui reconnaître une audace folle: c'était la première fois que la musique pop s'immisçait autant dans l'ADN sonore de Bond, divisant les puristes et attirant un public plus jeune.
Pour les anecdotes de tournage et les clins d'œil, le film en est truffé pour célébrer les 40 ans de la franchise. Par exemple, lors de son séjour à Cuba, Bond est vu en train de lire un livre intitulé Birds of the West Indies, un clin d'œil de puriste puisque ce livre a été écrit par le vrai James Bond, un ornithologue américain dont Ian Fleming a "emprunté" le nom. De plus, la scène où Gustav Graves ouvre son parachute, aux couleurs de l'Union Jack, est un hommage direct au saut de Bond dans L'Espion qui m'aimait (1977). On note aussi l'amusant "Musée des Gadgets" dans l'atelier de Q (joué par John Cleese, qui succède à Desmond Llewelyn) où l'on peut apercevoir de nombreux gadgets des films précédents, comme le sac à dos propulseur d'Opération Tonnerre ou la petite voiture de Rien que pour vos yeux. Enfin, s'il y a un gadget dont on se souvient, c'est bien l'Aston Martin Vanquish invisible, surnommée la "Vanish", un gadget controversé qui, pour beaucoup, était le signe que la franchise était allée trop loin dans l'excentricité.
Pour conclure, parlons de l'accueil critique du film et de son influence. A sa sortie, Meurs un autre jour fut un succès commercial retentissant, récoltant plus de 431 millions de dollars au box-office mondial, le film le plus lucratif de l'histoire de la saga à l'époque. Cependant, l'accueil critique fut mitigé, et au fil des années, le film a subi un véritable lynchage de la part d'une partie des fans et des critiques. Le reproche principal ? Avoir mis l'accent sur le spectaculaire à outrance, les CGI douteux et les gadgets invraisemblables.
Ce film d'action est une catastrophe ferroviaire: un essai stupéfiant de la part des réalisateurs de faire rentrer de force James Bond dans le moule brutal du XXX et de jeter quarante années d'histoire du cinéma dans les toilettes en les remplaçant par des flashs lumineux et des booms sonores.
James Berardinelli
Paradoxalement, ce rejet a été un mal nécessaire. Le succès, mais la controverse qui l'a accompagné, ont convaincu les producteurs qu'il fallait appuyer sur le bouton Reset. L'influence majeure de Meurs un autre jour fut donc... de provoquer l'arrivée de Daniel Craig et le redémarrage brutal et réaliste de la franchise avec l'excellent Casino Royale (2006), un film qui s'est justement construit en prenant le contre-pied total de son prédécesseur, en bannissant les gadgets excessifs et en ramenant l'espion à une vulnérabilité plus brute. Aujourd'hui, il reste un plaisir coupable pour certains, et le symbole des années 2000 pour d'autres, mais on ne peut pas nier qu'il a marqué la fin d'une époque !
##002967##- Vous êtes plus futé que vous n'en avez l'air...
- C'est mieux que le contraire !James Bond Pierce (Pierce Brosnan) et Jinx (Halle Berry) | Meurs un autre jour