Dire que mon conseiller d'orientation au lycée me trouvait complètement déficient.

Austin Millbarge interprété par Dan Aykroyd | Drôles d'espions

Drôles d'espions de John Landis (1985).
Drôles d'espions de John Landis (1985).

Drôles d'espions selon Szymon Kudrański.
No Man's Land #2 de Szymon Kudrański (Couverture bis).

Dans le comic book No Man's Land #2 (Kudrański • Image Comics) Szymon Kudrański parodie l'affiche du film Drôles d'espions de John Landis sur une des couvertures alternatives de sa BD. Ici, Austin Millbarge interprété par Dan Aykroyd est remplacé par l'agent du FBI Kevin Collins et Emmett Fitz-Hume campé par Chevy Chase devient l'agent du KGB Sonia Fiodrow.

 

Si vous cherchez un film qui résume à lui seul l'esprit des comédies américaines du milieu des années 80, ne cherchez plus. Drôles d'espions (Spies Like Us en VO) est sorti sur les écrans américains le 6 décembre 1985. A une époque où le cinéma d'espionnage oscillait entre le sérieux de James Bond et la paranoïa technologique, John Landis a choisi de prendre le contre-pied total en envoyant deux incompétents notoires sauver le monde d'une apocalypse nucléaire. C'est un film qui, sous ses airs de farce enneigée, raconte beaucoup de choses sur l'industrie hollywoodienne de l'époque et sur la manière dont on pouvait alors rire des tensions mondiales.

La genèse du projet est intimement liée à l'amitié entre Dan Aykroyd et John Belushi. A l'origine, Aykroyd avait imaginé ce projet pour le duo des Blues Brothers. Malheureusement, le décès prématuré de Belushi en 1982 a forcé Aykroyd à mettre le script de côté. Il l'a finalement ressorti quelques années plus tard, en adaptant le rôle pour un autre talent brut du Saturday Night Live: Chevy Chase. Le scénario, coécrit par Aykroyd lui-même, Lowell Ganz et Babaloo Mandel, s'inspire de la structure des "Road Movies", où deux compères se retrouvent dans des situations absurdes aux quatre coins du globe.

Des satellites espions américains ont repéré un lance-missiles soviétique à longue portée d'un modèle inédit. Le Général Sline (Steve Forrest) dépêche sur place deux agents de contre-espionnage avec mission de s'emparer de l' engin. Une troisième guerre mondiale risque d'être déclenchée...

AlloCiné | Drôles d'espions

Le choix de John Landis pour la réalisation était presque une évidence. Landis sortait d'une période faste mais tumultueuse, marquée par le succès de The Blues Brothers et la tragédie mortelle du tournage de La Quatrième Dimension. Expert dans l'art de mélanger l'humour absurde et des scènes d'action à grand déploiement, il apporte au film une énergie cartoonesque tout en gérant une production massive qui s'étendait de l'Arctique au Maroc. Le casting, quant à lui, repose sur l'alchimie entre Chevy Chase, maître du flegme et du mot d'esprit sarcastique, et Dan Aykroyd, capable de réciter du jargon pseudo-scientifique totalement inventé avec un sérieux imperturbable. Ce contraste entre le séducteur paresseux et le geek patriote constitue le moteur comique du récit.

D'un point de vue technique, la mise en scène de Landis se veut généreuse. Il ne traite pas la comédie par-dessus la jambe et offre des séquences d'action qui n'ont rien à envier aux films de genre de l'époque. La photographie de Robert Paynter, un fidèle collaborateur de Landis, réussit à passer des paysages désertiques écrasés de soleil aux étendues blanches de la Norvège avec une belle cohérence visuelle. Landis dirige ses acteurs avec une liberté apparente, laissant souvent place à l'improvisation, ce qui donne au film ce rythme parfois décousu mais toujours vivant, caractéristique de sa filmographie.

La musique occupe une place de choix, notamment grâce à la bande originale composée par Elmer Bernstein. Le compositeur légendaire, habitué des films épiques, traite le sujet avec un premier degré musical qui renforce l'absurdité des situations. On ne peut pas non plus oublier la chanson titre interprétée par Paul McCartney. Pour l'anecdote, le clip de la chanson a été réalisé par Landis lui-même et met en scène les deux acteurs principaux aux côtés de l'ex-Beatle, un moment de culture pop pure qui a grandement aidé à la promotion du film.

Le tournage a d'ailleurs été jalonné d'anecdotes savoureuses, notamment dues à la manie de John Landis d'inviter ses amis réalisateurs à faire des caméos. Si vous regardez attentivement, vous pouvez apercevoir Terry Gilliam, Joel Coen, Sam Raimi, Costa-Gavras ou encore Frank Oz. C'est devenu un jeu pour les cinéphiles de repérer ces visages célèbres cachés dans des rôles de gardes ou de techniciens. De plus, les conditions climatiques lors des prises de vues en Norvège ont été particulièrement rudes, obligeant l'équipe à composer avec un froid polaire qui, paradoxalement, a soudé les acteurs dans l'adversité.

A sa sortie, l'accueil critique a été plutôt mitigé. Certains journalistes reprochaient au film sa légèreté et son manque de profondeur politique face au sujet de la Guerre Froide. Pourtant, le public a répondu présent, propulsant le film à la dixième place du box-office annuel américain en 1985. Au fil des années, Drôles d'espions a acquis un véritable statut de film culte, surtout pour la génération qui l'a découvert en VHS ou lors de multiples rediffusions télévisées.

L'influence du film se fait encore sentir aujourd'hui dans la comédie d'espionnage moderne, d'Austin Powers à Johnny English. Il a prouvé qu'on pouvait traiter des enjeux de sécurité nationale avec une totale désinvolture sans pour autant sacrifier l'aventure. Même si certaines blagues ont vieilli, le charme du duo Chase/Aykroyd et la générosité de la réalisation de Landis font de ce long-métrage un divertissement solide, témoin d'une époque où Hollywood osait encore le mélange des genres avec une certaine innocence.

Les Chinois utilisaient une simple clé polyphonique de 20 chiffres carrés transposée sous forme boustrophédonienne avec plusieurs zéros. Je l'ai cassée avec ça...

Austin Millbarge interprété par Dan Aykroyd | Drôles d'espions

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