On est venu, on a vu et il l'a eu dans le cul !

Dr Peter Venkman interprété par Bill Murray | SOS Fantômes

SOS Fantômes d'Ivan Reitman (1984).
SOS Fantômes d'Ivan Reitman (1984).

SOS Fantômes selon Jorge Fares.
Pathfinder #6 de Huerta et Zubkavich (Couverture de Jorge Fares).

Dans le comic book Pathfinder #6 - "Dark Waters Rising" (Huerta et Zubkavich • Dynamite Entertainment) le cover artist Jorge Fares parodie l'affiche du film SOS Fantômes d'Ivan Reitman sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, le fantôme se transforme en gobelin, le Dr Egon Spengler interprété par Harold Ramis devient le sorcier Ezren, Dr Peter Venkman campé par Bill Murray est remplacé par le mercenaire Valeros et le Dr Raymond 'Ray' Stantz incarné par Dan Aykroyd se change en la socière Seoni.

 

Si je vous dis qu'un film mélangeant des spectres gluants, des scientifiques en pleine crise de la quarantaine et une guimauve géante est devenu l'un des plus grands succès de l'histoire du cinéma, vous me répondrez sans doute que les années 80 étaient une époque bénie. Sorti le 8 juin 1984, SOS Fantômes (Ghostbusters en VO) n'est pas seulement une comédie fantastique efficace. C'est un miracle d'équilibre entre l'humour improvisé et une ambition technique impressionnante, le tout orchestré par une bande de joyeux lurons issus du Saturday Night Live.

La genèse du projet est à l'image du film: un peu mystique et totalement folle. C'est Dan Aykroyd qui imagine le concept initial, nourri par une passion familiale pour le spiritisme. Dans sa première version, le film devait se dérouler dans le futur et mettre en scène des légions de chasseurs de fantômes à travers l'espace. C'est en présentant cette idée à son compère Harold Ramis et au réalisateur Ivan Reitman que le projet prend sa forme définitive. Reitman comprend tout de suite que pour que l'humour fonctionne, il faut ancrer le fantastique dans une réalité urbaine et triviale. Exit les batailles spatiales, les Ghostbusters seront des entrepreneurs new-yorkais un peu minables qui traitent les apparitions ectoplasmiques comme on traiterait une invasion de cafards.

Peter (Bill Murray), Raymond (Dan Aykroyd) et Egon (Harold Ramis) effectuent des recherches sur la parapsychologie. Virés par le Doyen de la faculté, ils décident de fonder une société destinée à chasser les revenants. Son nom: S.O.S. Fantômes. Le succès frappe tant et si bien à leur porte qu'ils en sont bientôt à travailler à la chaîne.

AlloCiné | SOS Fantômes

Le choix du réalisateur et du casting fut la clé de voûte de cette réussite. Ivan Reitman, fort de ses succès précédents, apporte une discipline nécessaire au chaos créatif de ses acteurs. Le casting est un alignement de planètes assez rare. Initialement, les rôles étaient prévus pour John Belushi et Eddie Murphy, mais après le décès tragique de Belushi et l'indisponibilité de Murphy, le trio Bill Murray, Dan Aykroyd et Harold Ramis se forme. Bill Murray, en particulier, insuffle au film son ton nonchalant et sarcastique, improvisant une grande partie de ses répliques iconiques. Face à eux, Sigourney Weaver prouve qu'elle peut être aussi drôle qu'intimidante, et Rick Moranis livre une performance de voisin maladroit absolument mémorable.

Sur le plan du style et de la mise en scène, Ivan Reitman fait un choix audacieux pour l'époque. Il décide de filmer la comédie comme un film d'action sérieux. La photographie de Laszlo Kovacs n'est pas celle d'une sitcom; elle est sombre, texturée et met magnifiquement en valeur le New York des années 80. La direction d'acteurs est subtile car elle repose sur un contraste permanent: les situations sont terrifiantes ou absurdes, mais les personnages réagissent avec un pragmatisme désarmant. Cette approche permet au spectateur de croire à cet univers, même quand les effets spéciaux, révolutionnaires pour l'époque bien qu'artisanaux, envahissent l'écran.

On ne peut pas évoquer SOS Fantômes sans parler de sa partition. Si le thème de Ray Parker Jr. est devenu un hymne planétaire au point d'éclipser parfois le reste, le travail d'Elmer Bernstein sur la bande originale est colossal. Le compositeur a su créer une atmosphère qui oscille entre le mystère inquiétant et la légèreté burlesque, utilisant notamment des instruments comme les ondes Martenot pour donner cette signature sonore "spectrale" si particulière. C'est cette musique qui lie les scènes de pure comédie aux moments de tension horrifique.

Le tournage fut d'ailleurs parsemé d'anecdotes qui alimentent aujourd'hui la légende. On raconte que la célèbre Ecto-1, l'ambulance Cadillac de 1959, est tombée en panne définitivement en plein milieu d'une prise sur le pont de Manhattan. De même, la scène finale avec le Bibendum Chamallow a nécessité l'utilisation de centaines de litres de crème à raser pour simuler l'explosion de la créature, une expérience assez collante pour les acteurs présents sur le plateau. Ces détails témoignent de l'aspect organique et parfois bricolé d'un film qui a pourtant su rester visuellement crédible au fil des décennies.

A sa sortie, l'accueil fut tout simplement délirant. Le film a dominé le box-office pendant des mois, devenant la comédie la plus rentable de son temps. Les critiques, souvent frileux face au genre fantastique, ont été conquis par l'alchimie du groupe et l'intelligence du script. Au fil des ans, le film est passé du statut de succès commercial à celui de pilier de la pop culture. Son influence se ressent encore aujourd'hui, que ce soit dans la structure des films de super-héros modernes ou dans l'attachement viscéral des fans qui continuent de porter des combinaisons grises et des sacs à dos à protons lors des conventions. SOS Fantômes a prouvé qu'on pouvait traiter de l'au-delà avec sérieux sans jamais se prendre au sérieux, et c'est sans doute là son plus beau tour de force.

C'est plus fort que toi hein ? Chaque fois qu'un mec se mouche, faut que tu gardes la morve.

Dr Peter Venkman interprété par Bill Murray | SOS Fantômes

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