Je ne suis absolument pas surpris que l'injustice persiste. Je ne suis pas surpris non plus que la résistance à l'injustice persiste.

Tom Morello

Evil Empire de Rage Against the Machine (1996).
Evil Empire de Rage Against the Machine (1996).


The Department of Truth #14 de Pearson et Tynion IV (Couverture bis de Chinh Potter).

Dans le comic book The Department of Truth #14 - "Deviaton Three: Rocket Man" (Pearson et Tynion IV • Image Comics) le cover artist Chinh Potter parodie la pochette de l'album Evil Empire du groupe Rage Against the Machine sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, le personnage de comics Charles Chandler alias Crimebuster est remplacé par Babalon alias Scarlet Woman dit aussi "The Woman in the Red Dress".

 

Rebelles et amateurs de gros riffs, aujourd'hui, on sort la casquette de critique musical engagé pour décortiquer un album culte qui n'a pas pris une ride: Evil Empire de Rage Against the Machine, sorti en 1996.

Pour ceux qui auraient vécu sous un rocher depuis les années 90, un petit rappel s'impose. Rage Against the Machine (RATM) est né à Los Angeles au début des années 90, fruit de la rencontre explosive entre quatre musiciens hyper talentueux et hyper énervés: Zack de la Rocha (le rappeur/poète révolutionnaire), Tom Morello (le guitar hero qui fait de sa six-cordes une platine DJ), Tim Commerford (le bassiste au groove sismique) et Brad Wilk (le batteur métronome). Leur mission ? Foutre un coup de pied dans la fourmilière politique et sociale américaine en fusionnant le metal, le funk et le rap. Le résultat ? Une musique incendiaire, ultra-dansante, et qui vous pousse à vous poser des questions sérieuses sur qui dirige réellement le monde.

Après le succès phénoménal de leur premier album éponyme en 1992, la pression était colossale pour accoucher d'un second opus. Il aura fallu quatre ans pour que Evil Empire voie le jour. Cette longue gestation s'explique par les tensions internes (la créativité n'est pas toujours un long fleuve tranquille) et, surtout, par l'engagement militant constant du groupe, qui passait beaucoup de temps sur les barricades.

L'album est donc arrivé en 1996, et il est arrivé en force. Son titre, Evil Empire (L'Empire du Mal), est une référence directe et sarcastique à l'expression utilisée par Ronald Reagan pour désigner l'Union soviétique. Le message est clair: aux yeux de RATM, le véritable Empire du Mal est désormais celui du capitalisme débridé et de l'impérialisme américain. Ce n'est pas un album joyeux, mais il est incroyablement cathartique.


1. People of the Sun
2. Bulls on Parade
3. Vietnow
4. Revolver
5. Snakecharmer
6. Tire Me
7. Down Rodeo
8. Without a Face
9. Wind Below
10. Roll Right
11. Year of tha Boomerang

Rage Against the Machine | Evil Empire

Evil Empire contient onze hymnes à la révolte, mais quelques-uns sont devenus des incontournables des manifestations (et des playlists de sport). Evidemment, impossible de passer à côté de Bulls on Parade. Ce morceau est une véritable leçon de guitare non conventionnelle. Tom Morello y réalise son tour de magie le plus célèbre, utilisant le killswitch et la whammy pour imiter un scratch de DJ. Le riff est lourd, syncopé, et Zack crache son texte sur le complexe militaro-industriel avec une intensité folle. Un chef-d'œuvre de groove politique. On trouve aussi People of the Sun, qui dénonce la marginalisation des peuples autochtones, et Vietnow, une critique cinglante de la désinformation médiatique et du conservatisme américain. L'album explore des territoires plus sombres et metal que le premier (écoutez Down Rodeo ou Snakecharmer), montrant que RATM a gagné en densité musicale, même si certains puristes lui reprochent d'être légèrement moins immédiatement funky que son prédécesseur. Personnellement, je trouve que cette densité est sa plus grande force. Petite anecdote: Tire Me, la piste la plus courte et la plus rapide, a même remporté un Grammy, comme quoi la colère paie !

Boy Comics #9 (Lev Gleason) d'Al Mandel, Charles Biro, Sam Burlockoff, Norman Maurer, Dick Briefer, Bob Wood et Dick Wood (Couverture de Charles Biro). Crime Buster de Mel Ramos (1993).
Boy Comics #9 de Mandel, Biro, Burlockoff, Maurer, Briefer et Wood (Couverture de Charles Biro.jpg) (1943)
et
Crime Buster de Mel Ramos (1993).

La pochette d'Evil Empire est une version modifiée d'une peinture pop art de Mel Ramos représentant Crimebuster, héros de bande dessinée des années 1940-1950. L'emblème sur le costume du garçon a été remplacé par un "e" minuscule et la mention "Crime Buster" est devenue le titre de l'album. Le garçon figurant sur la toile originale serait l'auteur et homme d'affaires Ari Meisel, alors âgé de 11 ans. Ce dernier a confié au magazine Kerrang! que la peinture originale était un cadeau d'anniversaire de Ramos. Dans le livret de l'album, on peut lire: "Derived from CrimeBusters © 1993 Mel Ramos / Licensed by VAGA, New York, NY.", cela signifie que l'image a été utilisée avec l'autorisation de Ramos via la société de droits VAGA. La direction artistique est signée par les Rage Against the Machine eux-mêmes, avec Aimée Macauley, une graphiste/designer américaine ayant travaillé sur plusieurs pochettes de rock alternatif des années 90. Le sourire confiant et le style coloré rappellent les affiches de propagande et les visuels publicitaires de l'Amérique d'après-guerre. L'esthétique pop art permet de dénoncer le pouvoir des images de masse et de la propagande, tout en utilisant leur propre langage visuel.

La pochette du deuxième disque est ironique, vous savez ? Si on regarde attentivement le visage du garçon, il symbolise les structures de pouvoir aux Etats-Unis et à première vue, il sourit comme s'il avait le contrôle, mais si on regarde plus profondément, on voit qu'il a peur, car il sait ce qui va arriver. Il sait que les pauvres aux Etats-Unis ne continueront pas à souffrir ainsi sans réagir.

Zack de la Rocha

Evil Empire a immédiatement pris la première place du Billboard 200 aux Etats-Unis, prouvant qu'un discours radical pouvait être massivement populaire. Les critiques, tout en reconnaissant parfois que la barre fixée par le premier album était très haute, ont salué la rage et l'innovation constantes du groupe. Ce n'était plus un phénomène de mode, c'était une force établie.

Ce succès commercial a fait de RATM le groupe politiquement le plus important de la décennie. L'influence d'Evil Empire est immense. Il a posé les bases d'une grande partie du nu-metal et du rap-rock qui ont dominé la fin des années 90 et le début des années 2000. Le problème, c'est que la plupart des groupes qui ont suivi n'ont retenu que le mélange des genres, oubliant souvent le message politique profond et l'innovation instrumentale de Morello. En définitive, Evil Empire est un disque essentiel. Il est la preuve que l'art peut être à la fois commercialement réussi et profondément subversif. C'est le genre d'album qu'on écoute pour se donner de l'énergie, mais aussi pour aiguiser son sens critique.

Quand tu sais que seulement 5% des Américains ont un jour mis les pieds à l'étranger, tu imagines le nombre de rednecks bornés et nationalistes qui peuplent ce pays ! L'endoctrinement et le lavage de cerveau commencent dès le jardin d'enfants et s'intensifient à mesure que l'on progresse dans le système éducatif.

Zach De La Rocha

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