Avec Mogwaï, arrivent beaucoup de responsabilités. Je ne veux le vendre à aucun prix !

M. Wing interprété par Keye Luke | Gremlins

Gremlins de Joe Dante (1984).
Gremlins de Joe Dante (1984).

Gremlins selon Tony Fleecs.
Stray Dogs: Dog Days #2 de Trish Forstner et Tony Fleecs (Couverture bis).

Dans le comic book Stray Dogs: Dog Days #2 (Forstner et Fleecs • Image Comics) Tony Fleecs parodie l'affiche du film Gremlins de Joe Dante sur une des nombreuses couvertures alternatives de sa BD. Ici, le mogwaï Gizmo est remplacé par Gucci.

 

Ah, Noël ! Sa neige immaculée, ses chants chaleureux au coin du feu et... ses petits monstres visqueux qui finissent mixés dans un blender ou pulvérisés dans un four à micro-ondes. Le 8 juin 1984, les spectateurs américains découvraient pour la première fois sur grand écran Gremlins, un ovni cinématographique signé Joe Dante et produit par le grand Steven Spielberg. Ce long-métrage, devenu une œuvre absolument incontournable de la pop culture des années quatre-vingt, a réussi l'exploit d'être à la fois un conte de fêtes féerique et une comédie horrifique redoutable.

Tout commence dans l'esprit d'un jeune diplômé en cinéma nommé Chris Columbus. Alors qu'il vit dans un loft miteux de Manhattan, il est régulièrement réveillé la nuit par des bruits de pas furtifs et des grattements sinistres provenant d'une invasion de souris dans l'obscurité. De cette frousse nocturne naît l'idée de créatures malicieuses qui s'introduisent chez les honnêtes gens pour semer le chaos. Columbus rédige alors un scénario extrêmement sombre, conçu comme un véritable film d'horreur sans concession. C'est là qu'intervient Steven Spielberg qui, séduit par le titre et le concept de base, décide de racheter le script sous la bannière de sa toute jeune société de production Amblin Entertainment, pressentant le potentiel d'un grand succès populaire s'il parvenait à adoucir l'ensemble. Dans la version initiale de Columbus, le ton était bien plus sanglant puisque les gremlins décapitaient la mère du héros pour faire rouler sa tête dans les escaliers et dévoraient le pauvre chien de la famille. Spielberg s'empresse de gommer ces excès de violence pour préserver l'empathie du spectateur.

Rand Peltzer (Hoyt Axton) offre à son fils Billy (Zach Galligan) un étrange animal: un mogwai. Son ancien propriétaire l'a bien mis en garde: il ne faut pas l'exposer à la lumière, lui éviter tout contact avec l'eau, et surtout, surtout ne jamais le nourrir après minuit... Sinon...

AlloCiné | Gremlins

Sous ses airs de fable fantastique, le script final dissimule en réalité une satire féroce de la banlieue américaine idéale, du consumérisme de masse et de la peur de l'étranger, incarnée par le personnage de monsieur Futterman qui blâme constamment les technologies importées pour tous ses malheurs technologiques.

Pour orchestrer ce joyeux massacre, Steven Spielberg jette son dévolu sur Joe Dante, un réalisateur qui s'est fait remarquer grâce à son film de loups-garous Hurlements. Dante possède cette sensibilité unique, à la fois irrévérencieuse, subversive et profondément cinéphile, idéale pour mélanger l'épouvante et l'humour cartoonesque. Côté casting, le film mise sur des visages frais et attachants pour renforcer le contraste avec la monstruosité des créatures. Le rôle du jeune Billy Peltzer est confié à Zach Galligan, tandis que Phoebe Cates prête ses traits à la douce Kate. Autour d'eux gravite une galerie de seconds rôles savoureux, notamment Hoyt Axton dans la peau du père inventeur raté, le légendaire Keye Luke en mystérieux antiquaire chinois, et le jeune Corey Feldman. Joe Dante parvient à diriger cette troupe avec une grande complicité, leur demandant de jouer avec le plus grand sérieux dramatique face à de simples marionnettes, ce qui renforce l'absurdité comique et la tension des situations.

La mise en scène de Joe Dante brille par sa générosité visuelle et ses innombrables hommages au cinéma de genre et aux cartoons de Chuck Jones, qui fait d'ailleurs une brève apparition dans le film. Le décor de la petite ville fictive de Kingston Falls, qui est en réalité le célèbre plateau extérieur des studios Universal que l'on retrouvera un an plus tard dans Retour vers le futur, devient un immense terrain de jeu expressionniste. La photographie du chef opérateur John Hora joue admirablement sur les contrastes en opposant la chaleur rassurante des guirlandes de Noël aux teintes froides, vertes et bleutées, qui enveloppent les monstres dans l'obscurité. Cette esthétique baroque donne au film un aspect de bande dessinée vivante, où l'angoisse n'est jamais bien loin de la farce. La direction d'acteurs s'avère particulièrement complexe puisque les comédiens doivent interagir avec des animatroniques capricieux tout en maintenant une sincérité émotionnelle indispensable à la crédibilité du récit.

Impossible d'évoquer l'atmosphère unique de Gremlins sans mentionner sa bande originale mémorable, composée par le grand Jerry Goldsmith. Le compositeur livre une partition audacieuse qui mélange des synthétiseurs espiègles, des solos d'accordéon et des arrangements classiques. Son thème principal, le célèbre Gremlins Rag, capture parfaitement la nature chaotique, moqueuse et enfantine des petits monstres. Goldsmith s'amuse à détourner les codes des musiques de Noël traditionnelles pour accompagner les méfaits des créatures, offrant au film une signature sonore reconnaissable entre mille qui oscille constamment entre le merveilleux et le grotesque.

Le tournage du film s'apparente lui-même à un véritable parcours du combattant, principalement en raison de la technologie de l'époque. Les marionnettes créées par Chris Walas sont si complexes et fragiles qu'elles tombent régulièrement en panne, testant la patience de toute l'équipe technique. Pour détendre l'atmosphère face à un Gizmo particulièrement récalcitrant qui ralentit les prises, Joe Dante décide d'intégrer une scène où les gremlins attachent la pauvre créature à une cible et lui lancent des fléchettes, une séquence thérapeutique qui a grandement réjoui les marionnettistes exténués. Une autre anecdote célèbre concerne le monologue tragi-comique de Phoebe Cates expliquant pourquoi elle déteste Noël depuis que son père est mort coincé dans la cheminée en voulant imiter le Père Noël. Les dirigeants de la Warner Bros voulaient absolument couper cette scène, la jugeant trop dérangeante et ambiguë, mais Joe Dante a courageusement lutté pour la conserver, affirmant qu'elle représentait l'essence même du ton doux-amer du film.

A sa sortie en salles, Gremlins rencontre un triomphe phénoménal au box-office mondial, rapportant plus de cent cinquante millions de dollars pour un budget initial d'environ onze millions. L'accueil critique est globalement enthousiaste, saluant l'audace visuelle et l'humour noir du long-métrage, même si de nombreux parents s'indignent de la violence graphique de certaines scènes sous une classification tout public. Cette controverse, partagée la même année avec Indiana Jones et le Temple maudit, pousse la Motion Picture Association of America à créer une toute nouvelle classification intermédiaire, le fameux classement PG-13, afin de mieux avertir les parents sans pour autant pénaliser les films d'une interdiction aux mineurs. Au fil des décennies, Gremlins est devenu un classique incontournable des fêtes de fin d'année et un jalon majeur du cinéma fantastique.

- Ecoutez Monsieur, il y a trois règles que vous devez suivre.
- Oui, et quelles sont ces règles ?
- Ne l'exposez pas à la lumière, il déteste la lumière brillante, surtout celle du soleil, ça le tuerait. Ensuite, tenez-le éloigné de l'eau, ne le mouillez pas. Mais la règle la plus importante, la règle que vous ne devez jamais oublier, même s'il pleur, même s'il vous supplie, ne jamais, jamais lui donner à manger après minuit. Vous avez compris ?
- Oui oui, tout ce que tu veux. J'te remercie, et j'te souhaite un joyeux noël !

Le petit-fils de M. Wing (John Louie) et Randall Peltzer (Hoyt Axton) | Gremlins

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