Nitrozilla
17 sept. 2025Je ne vis que pour les 400 mètres d'une course, tout le reste m'est égal... car pendant ces 10 secondes… je suis libre !
Dominic 'Dom' Toretto interprété par Vin Diesel | Fast and Furious
Fast and Furious de Rob Cohen (2001).
Godzilla: Heist #2 de Ramsay et Jenson (Couverture bis de Pablo Tunica).
Dans le comic book Godzilla: Heist #2 (Ramsay et Jenson • IDW Publishing) le cover artist Pablo Tunica pastiche l'affiche du film Fast and Furious de Rob Cohen sur la couverture alternative de la BD. Ici, Dominic Toretto (Vin Diesel), Letty (Michelle Rodriguez), Mia Toretto (Jordana Brewster) et Brian O'Conner (Paul Walker) sont remplacés par Godzilla.
Vingt ans et des milliards de dollars plus tard, la saga Fast & Furious est un monstre hollywoodien, synonyme de cascades défiant la gravité, de valeurs familiales indestructibles et de crânes luisants. Mais avant les sous-marins, les tanks et les voitures dans l'espace, il y avait un film. Un seul. Plus modeste, plus brut, plus ancré dans le réel. Sorti en salles le 22 juin 2001, Fast and Furious de Rob Cohen n'avait pas l'ambition de devenir un mythe. Et pourtant... Remontons le temps, mettons le contact et analysons ce qui a fait de ce film le point de départ d'un phénomène mondial.
L'idée de Fast and Furious ne sort pas de l'imagination d'un scénariste hollywoodien, mais des pages d'un magazine. En 1998, le journaliste Ken Li publie un article intitulé "Racer X" dans le magazine Vibe. Il y dépeint l'univers fascinant et alors méconnu des courses de rue illégales à New York, en se concentrant sur le portrait d'un pilote dominicano-américain. Le producteur Neal H. Moritz tombe sur l'article et y voit un potentiel cinématographique énorme. Il achète les droits et confie le projet au réalisateur Rob Cohen. L'idée n'est pas de faire un documentaire, mais de capter l'énergie, le code de l'honneur et l'adrénaline de cette subculture pour en faire un pur film d'action.
La nuit tombée, Dominic Toretto (Vin Diesel) règne sur les rues de Los Angeles à la tête d'une équipe de fidèles qui partagent son goût du risque, sa passion de la vitesse et son culte des voitures de sport lancées à plus de 250 km/h dans des rodéos urbains d'une rare violence. Ses journées sont consacrées à bricoler et à relooker des modèles haut de gamme, à les rendre toujours plus performants et plus voyants, à organiser des joutes illicites où de nombreux candidats s'affrontent sans merci sous le regard énamouré de leurs groupies. A la suite de plusieurs attaques de camions, la police de L.A. décide d'enquêter sur le milieu des street racers. Brian (Paul Walker), un jeune policier, est chargé d'infiltrer la bande de Toretto, qui figure, avec celle de son rival Johnny Tran (Rick Yune), au premier rang des suspects.
AlloCiné | Fast and Furious
Soyons honnêtes, le scénario de Fast and Furious ne va pas vous retourner le cerveau. Et si cette histoire vous dit quelque chose, c'est normal. Le film est souvent décrit, à juste titre, comme un remake non officiel de Point Break (1991) de Kathryn Bigelow. Remplacez les planches de surf par des volants, les vagues par l'asphalte et Keanu Reeves par Paul Walker, et vous obtenez la même trame: un agent infiltré qui tombe sous le charme de l'antihéros charismatique qu'il est censé arrêter, tiraillé entre son devoir et sa nouvelle loyauté. Mais là où le film est malin, c'est qu'il ne s'en cache pas et mise tout sur son exécution. La simplicité du script permet de se concentrer sur l'essentiel: les personnages, l'ambiance et, bien sûr, les voitures.
Le choix du casting est l'un des plus grands coups de génie du film. Paul Walker est le "golden boy" parfait, le visage accessible pour que le public s'identifie. Il incarne l'outsider qui découvre un nouveau monde. Vin Diesel, fraîchement remarqué dans l'excellent Pitch Black, apporte une gravité et une intensité magnétique à Dominic Toretto. Avec sa voix rocailleuse et sa présence physique, il n'est pas juste un "méchant", il est un patriarche, un roi dans son royaume de garages et de bitume. La chimie entre lui et Walker est immédiate et constitue le véritable moteur du film. Quant à Michelle Rodriguez et Jordana Brewster, elles ne sont pas de simples potiches. Elles sont au cœur de l'action et de la "famille", apportant une touche de caractère indispensable à cet univers très masculin.
Le réalisateur Rob Cohen n'est pas un grand auteur, mais un artisan efficace. Il comprend que le film doit être une expérience sensorielle. Il filme les voitures comme des créatures vivantes, presque mythologiques, et les courses avec une énergie brute et viscérale. Le style de Fast & Furious est indissociable de son époque, le début des années 2000. La mise en scène est nerveuse, voir clipesque. La caméra plonge dans les moteurs, s'attarde sur les compteurs qui s'affolent, utilise des ralentis sur les changements de vitesse et abuse des plans en contre-plongée pour rendre les voitures encore plus imposantes. La photographie d'Ericson Core est saturée, baignée dans les lueurs des néons de Los Angeles. Les nuits sont colorées, les journées écrasées par le soleil. C'est une esthétique tape-à-l'œil, un peu "tuning" elle-même, mais parfaitement cohérente avec son sujet. La direction d'acteurs ne cherche pas la nuance, mais l'iconisation. Les regards sont intenses, les postures étudiées. C'est un cinéma de la pose, du charisme, où chaque personnage est un archétype.
Impossible de parler du film sans évoquer sa bande-son, véritable capsule temporelle. Elle se divise en deux. D'un côté, le score électronique et planant de l'artiste BT, qui accompagne les moments de tension et de contemplation. De l'autre, une compilation de titres hip-hop et nu-metal (Ja Rule, Limp Bizkit, DMX...) qui ancre le film dans son époque et lui donne son énergie explosive.
Pour plus d'authenticité, Paul Walker et Vin Diesel ont suivi de vrais cours de conduite sportive. Ils ont réalisé une partie de leurs cascades eux-mêmes. Vin Diesel était tellement costaud qu'il a fallu modifier la Mazda RX-7 et retirer la cage de sécurité, trop à l'étroit le monsieur. Ironiquement, Michelle Rodriguez et Jordana Brewster n'avaient pas leur permis de conduire avant le début du tournage. Elles ont dû prendre des leçons en accéléré. Pour la gigantesque scène de la Race Wars, environ 1 500 voitures ont été utilisées durant le tournage du film.
A sa sortie, Fast and Furious reçoit un accueil critique mitigé. Beaucoup de journalistes le qualifient de plaisir coupable, de film d'action décérébré et de copie de Point Break. Mais le public, lui, répond présent. Avec un budget de 38 millions de dollars, le film en rapporte plus de 200 millions dans le monde. C'est un succès surprise, total et incontestable. Au fil des ans, le statut du film a changé. Ce qui était vu comme un bon petit film d'action est désormais considéré avec une certaine tendresse, même par les critiques. Il est devenu un film culte pour une génération, le point de départ d'une des franchises les plus lucratives de l'histoire du cinéma.
Son influence est immense. Il a non seulement lancé les carrières de ses acteurs, mais il a aussi mis en lumière toute une culture automobile et a défini un nouveau genre de blockbuster. En revenant à ce premier opus, on comprend que la force de Fast and Furious n'a jamais résidé dans la complexité de son scénario, mais dans la sincérité de son approche: une lettre d'amour à la vitesse, à l'amitié et à cette idée simple, mais puissante qu'on peut choisir sa famille. Fast and Furious, c'est l'étincelle d'une saga devenue un mythe pop-culture, qui a su passer du (presque) film de niche à l'ogre du box-office mondial sur plusieurs décennies. C'est un classique, non sans défauts (loin de là), mais incontournable pour comprendre le cinéma d'action post-2000.
##002836##On n'astique pas un moteur sans soulever le capot.
Dominic 'Dom' Toretto interprété par Vin Diesel | Fast and Furious