Complot en latex
19 mars 2026J'ai vu beaucoup de gens sous l'emprise de la drogue. Cet homme était parfaitement maître de lui. Il avait l'air d'un homme d'affaires !
Daniel Challis interprété par Tom Atkins | Halloween III
Halloween III Le Sang du sorcier de Tommy Lee Wallace (1982).
The Department of Truth #9 de Simmonds et Tynion IV (Couverture bis de Megan Hutchison).
Dans le comic book The Department of Truth #9 - "The Denver Working" (Simmonds et Tynion IV • Image Comics) la cover artist Megan Hutchison parodie l'affiche du film Halloween III Le Sang du sorcier de Tommy Lee Wallace sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, le masque de citrouille est remplacé par le dévoreur d'enfants à tête de pentacle alias Starface.
Le 22 octobre 1982, les spectateurs se rendaient dans les salles obscures pour découvrir le troisième volet de la franchise Halloween. Ils s'attendaient à retrouver Michael Myers, son masque blanc et son couteau de cuisine. A la place, ils ont découvert des masques de latex, une puce informatique mystérieuse et un complot celtique impliquant des robots. Le choc fut tel que le film fut boudé à sa sortie. Pourtant, avec le recul, Halloween III Le Sang du sorcier (Halloween III Season of the Witch en VO) s'impose comme une œuvre singulière, voire audacieuse, qui mérite peut-être sa réhabilitation.
Après le succès colossal des deux premiers opus, John Carpenter et la productrice Debra Hill se retrouvent face à un dilemme de taille. Ils estiment avoir fait le tour du personnage de Michael Myers, censé être mort à la fin du deuxième film. Leur ambition est alors de transformer la marque Halloween en une anthologie annuelle. Chaque année, un nouveau film sortirait, explorant une facette différente de la fête des morts, sans lien narratif avec les précédents. C'est dans cet esprit de liberté créative que naît le projet du troisième volet, avec l'idée de s'éloigner du simple "slasher" pour s'aventurer du côté de la science-fiction horrifique et du folklore ancien.
Le récit nous entraîne aux côtés du docteur Dan Challis, un médecin un peu fatigué et amateur de bière, qui enquête sur le meurtre sauvage d'un de ses patients. Sa quête le mène à Santa Mira, une petite ville californienne sous la coupe de la Silver Shamrock Novelties, une entreprise de masques dirigée par l'énigmatique Conal Cochran. Le plan de ce dernier est aussi délirant qu'effrayant: utiliser des fragments de Stonehenge dissimulés dans les étiquettes des masques pour déclencher une malédiction ancestrale via un signal télévisé. Ce mélange de technologie moderne et de rituels druidiques confère au film une ambiance unique, presque apocalyptique.
Pour mettre en scène ce virage risqué, John Carpenter passe le relais à son fidèle collaborateur Tommy Lee Wallace. Ce dernier n'est pas un inconnu puisqu'il était monteur et chef décorateur sur le premier Halloween. C'est d'ailleurs lui qui avait créé le masque original de Michael Myers. Pour sa première réalisation, Wallace apporte une vision fraîche et n'hésite pas à s'impliquer dans l'écriture du scénario, retravaillant les premières versions jugées trop sombres de Nigel Kneale. Du côté du casting, le choix se porte sur Tom Atkins, une figure emblématique de la série B, qui insuffle au docteur Challis un charme bourru et attachant. A ses côtés, Stacey Nelkin apporte la touche de détermination nécessaire, tandis que Dan O'Herlihy campe un méchant mémorable, poli et terrifiant de froideur.
Sur le plan technique, le film est une réussite indéniable qui n'a rien à envier aux œuvres de Carpenter. La mise en scène de Wallace est précise, jouant habilement avec les espaces vides et l'architecture oppressante de l'usine Silver Shamrock. La photographie de Dean Cundey, collaborateur fétiche de Carpenter, est une merveille de clair-obscur. Elle capture parfaitement cette atmosphère de paranoïa urbaine, où chaque caméra de surveillance semble vous fixer. Quant à la musique, composée par John Carpenter et Alan Howarth, elle est le véritable cœur battant du film. Le thème principal, avec ses nappes de synthétiseurs angoissantes, ainsi que le jingle publicitaire entêtant du "Silver Shamrock", créent une tension quasi insupportable qui reste gravée dans l'esprit du spectateur bien après le générique de fin.
A sa sortie, la critique fut impitoyable et le public, se sentant trahi par l'absence du tueur au masque blanc, dédaigna le film. Le box-office fut décevant, ce qui enterra définitivement l'idée d'une anthologie et força le retour de Michael Myers dès le quatrième opus. Cependant, les décennies suivantes ont rendu justice à Tommy Lee Wallace. Les fans de genre ont fini par apprécier l'originalité du concept, son message acerbe sur la société de consommation et sa fin incroyablement noire. Aujourd'hui, Halloween III est considéré comme une parenthèse enchantée (et sanglante) qui prouve que la peur peut prendre bien des formes, même celle d'une publicité pour des masques en latex.
##003019##Eh bien, il devait être un sacré homme d'affaires, je peux vous le dire. On ne défonce pas le crâne de quelqu'un comme ça sans un minimum de force dans les avant-bras, vous voyez ce que je veux dire ?
Teddy interprétée par Wendy Wessberg | Halloween III