Tête d'épingle
09 oct. 2025Des démons pour certains. Des anges pour d'autres.
Pinhead interprété par Doug Bradley | Hellraiser: Le Pacte
Hellraiser: Le Pacte de Clive Barker (1987).
The Department of Truth #12 de Simmonds et Tynion IV (Couverture bis de Joseph Reed).
Dans le comic bbok The Department of Truth #12 - "Revelations" (Simmonds et Tynion IV • Image Comics) le cover artist Joseph Reed parodie l'affiche du film Hellraiser: Le Pacte de Clive Barker sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, Pinhead interprété par Doug Bradley est remplacé par le dévoreur d'enfants à tête de pentacle alias Starface.
Oubliez un instant les slashers masqués qui courent après des ados en chaleur dans les bois. Au milieu des années 80, une décennie déjà bien chargée en icônes horrifiques, un film est venu nous proposer une tout autre vision de l'enfer. Une vision plus élégante, plus perverse et infiniment plus douloureuse. Ce film, c'est Hellraiser: Le Pacte, sorti en salles le 18 septembre 1987. Accrochez-vous, on ouvre la boîte.
A l'origine de Hellraiser, il y a un homme: Clive Barker. Auteur de nouvelles et de romans fantastiques acclamés, Barker n'était pas franchement ravi des adaptations de son travail au cinéma. Après avoir vu ses histoires dénaturées dans des films comme Transmutations (1985) et Rawhead Rex (1986), il s'est dit une chose très simple: "Si on veut que le travail soit bien fait, il faut le faire soi-même". Armé d'un budget modeste (environ 1 million de dollars) et de son roman, The Hellbound Heart, il décide de passer derrière la caméra pour la toute première fois. Son objectif: livrer une version fidèle à sa vision, sans compromis. Une vision où l'horreur n'est pas qu'une affaire de monstres, mais une exploration des recoins les plus sombres du désir humain.
Durant un voyage, Frank Cotton (Sean Chapman) entre en possession d'une boîte maléfique qui le transporte dans un monde imaginaire, mais arrivé sur place, des monstrueuses créatures le dévorent. Quelques années plus tard, son frère Larry (Andrew Robinson) et son épouse Julia (Clare Higgins) emménagent dans la maison de Frank, sans se douter que l'esprit de ce dernier y rôde encore. Alors qu'une goutte de sang accidentelle tombe sur le sol, le monstre se réveille et part en quête de chair fraîche.
AlloCiné | Hellraiser: Le Pacte
Ce qui est brillant dans Hellraiser, c'est que les monstres, aussi terrifiants soient-ils, ne sont pas le cœur du film. Le véritable moteur du mal, c'est la passion dévorante et perverse de Julia pour son amant maudit. Le film est une tragédie gothique qui explore la transgression, le BDSM et l'idée que certains désirs ne devraient jamais être assouvis.
Pour son premier film, Clive Barker s'est entouré d'acteurs de théâtre britanniques, ce qui confère au film une gravité et une théâtralité qui le distinguent. Clare Higgins est impériale en femme fatale, froide et calculatrice, consumée par un amour toxique. Andrew Robinson, connu pour son rôle de psychopathe dans L'Inspecteur Harry, joue ici un père de famille un peu naïf, un contrepoint parfait à la noirceur ambiante. Ashley Laurence devient l'héroïne, une fille intelligente et combative qui refuse d'être une simple victime. Et puis, bien sûr, il y a Doug Bradley. Vieil ami de Barker, il s'est vu proposer deux rôles: un déménageur ou le Cénobite principal. Il a choisi la seconde option, pensant qu'il serait plus marquant, même avec le visage caché. Sage décision. Il est devenu l'inoubliable Pinhead, une icône instantanée de l'horreur, à la fois terrifiant, éloquent et étrangement charismatique.
Visuellement, Hellraiser est un choc. Loin de l'esthétique craspec de Massacre à la tronçonneuse, Barker propose une horreur léchée, presque baroque. La mise en scène est claustrophobique. L'essentiel de l'action se déroule dans une maison qui devient un véritable purgatoire. Les effets spéciaux, entièrement pratiques, sont un festival de body horror: la résurrection de Frank, couche par couche de muscles et de nerfs, reste une scène absolument ahurissante de maîtrise et de dégoût. La photographie joue sur les contrastes, avec des clairs-obscurs qui rappellent les tableaux du Caravage, magnifiant les corps meurtris et les décors chargés.
La bande originale de Christopher Young est un autre coup de génie. Alors que le cinéma d'horreur des années 80 baignait dans les nappes de synthétiseurs, Young compose une partition orchestrale, ample, gothique et tragique. Le thème principal est une valse macabre et envoûtante qui donne aux Cénobites une aura de majesté et de fatalité. C'est une musique qui ne cherche pas seulement à faire peur, mais à évoquer la grandeur d'un drame infernal.
Le nom "Pinhead" (Tête d'épingle) était un simple surnom donné par l'équipe technique. Clive Barker détestait ce nom, qu'il trouvait peu digne. Dans ses écrits, il l'appelait simplement le "Prêtre de l'Enfer". La séance de maquillage de Doug Bradley durait près de six heures. Les prothèses de clous l'empêchaient de manger correctement.
Le film a eu de gros soucis avec la censure américaine, qui a exigé des coupes dans les scènes jugées trop sanglantes, notamment un meurtre au marteau et la résurrection de Frank.
A sa sortie, Hellraiser a reçu un accueil critique partagé. Certains ont été rebutés par sa violence graphique, mais beaucoup ont salué son intelligence, son originalité et son ambition. Le public, lui, a répondu présent, faisant du film un énorme succès commercial au vu de son budget.
Avec le temps, Hellraiser est devenu un film culte. Son influence est immense. Il a popularisé le sous-genre du body horror et a prouvé que l'horreur pouvait être à la fois viscérale et intellectuelle. Pinhead a rejoint le panthéon des grands monstres du cinéma, aux côtés de Freddy Krueger et Jason Voorhees, mais avec une dimension philosophique supplémentaire.
Le film a engendré une franchise tentaculaire avec de nombreuses suites (de qualité très, très variable, soyons honnêtes), mais la puissance évocatrice de l'original reste intacte. Hellraiser, c'est la promesse d'une douleur exquise, une invitation à regarder ce qui se cache de l'autre côté du miroir de nos désirs.
##002858##Pas de larmes, s'il vous plaît. C'est un gaspillage de bonnes souffrances.
Pinhead interprété par Doug Bradley | Hellraiser: Le Pacte