Zombies à la mine
15 mars 2026Quelqu'un dans ce village pratique la sorcellerie. Ce cadavre errant dans la lande est un mort-vivant, un zombie.
Sir James Forbes interprété par André Morell | L'Invasion des morts-vivants
L'Invasion des morts-vivants de John Gilling (1966).
Jacula - Tome 5 La mante nue de Giolitti et Pederiali (Couverture de Leandro Biffi).
Dans le fumetti Jacula - Tome 5 - "La mante nue" (Giolitti et Pederiali • Elvifrance) le cover artist Leandro Biffi parodie l'affiche du film L'Invasion des morts-vivants de John Gilling sur la couverture de la BD. Ici, John Martinus interprété par Ben Aris et Alice campée par Jacqueline Pearce sont remplacés par des morts ramenés à la vie par le chercheur Philip Mordestein avec l'aide de Jacula Velenska et Carlo Verdier.
Sorti sur les écrans britanniques le 9 janvier 1966, L'Invasion des morts-vivants (The Plague of the Zombies en VO) s'impose d'emblée comme une anomalie fascinante dans le catalogue de la Hammer. A une époque où le studio de la "Maison de l'Horreur" s'essouffle un peu en recyclant ses monstres classiques, ce film réalisé par John Gilling apporte un vent de fraîcheur lugubre en délaissant les châteaux de Transylvanie pour les brumes d'un village de Cornouailles. Entre exploitation minière, magie noire et lutte des classes, le film propose une vision du zombie bien différente de celle que George Romero popularisera deux ans plus tard avec La Nuit des morts-vivants, en restant fidèle aux racines vaudoues du mythe.
La genèse du projet s'inscrit dans une stratégie de production audacieuse et particulièrement rentable pour la Hammer. Pour optimiser les coûts, le studio décide de produire quatre films simultanément en utilisant les mêmes décors et, dans certains cas, les mêmes techniciens et acteurs. L'Invasion des morts-vivants fut ainsi tourné "dos à dos" avec La Femme reptile, partageant le même village fictif de Cornouailles reconstruit dans les studios de Bray. Ce qui aurait pu n'être qu'une petite production de série B "économique" s'est transformé, grâce au talent de l'équipe, en une œuvre atmosphérique majeure qui dépasse largement son modeste budget initial.
Dans un village des Cornouailles au XIXème siècle, une présence maléfique rôde à l'heure du diable, un fléau mystérieux qui tue inlassablement. Incapable de trouver la cause de ce phénomène, le docteur Peter Tompson (Brook Williams) demande de l'aide à son ancien professeur Sir James Forbes (André Morell). Ils vont découvrir un univers de magie noire et une légion d'esclaves maudits assoiffés de chair et de sang !
AlloCiné | L'Invasion des morts-vivants
Le scénario est écrit par Peter Bryan. L'intrigue s'éloigne intelligemment des sentiers battus en mêlant une enquête quasi-policière à une critique sociale acerbe. Le véritable monstre n'est pas seulement le mort-vivant, mais le notable local, le Squire Clive Hamilton (John Carson), qui utilise ses connaissances du vaudou acquises en Haïti pour transformer les villageois en esclaves dociles destinés à travailler dans sa mine. C'est une métaphore peu subtile mais terriblement efficace de l'exploitation ouvrière.
Le choix du réalisateur John Gilling s'est avéré déterminant pour la réussite du film. Gilling, connu pour son efficacité et son caractère parfois difficile sur les plateaux, insuffle une énergie sombre et une tension constante au récit. Pour le casting, la Hammer a évité les têtes d'affiche habituelles comme Christopher Lee ou Peter Cushing, préférant des acteurs de caractère solides. André Morell prête sa prestance et sa voix de stentor à Sir James Forbes, offrant une figure d'autorité rassurante et intelligente. Face à lui, John Carson incarne un méchant mémorable, tout en élégance glaciale et en mépris aristocratique, fuyant les caricatures du genre.
Sur le plan du style et de la mise en scène, le film est une leçon de cinéma atmosphérique. La photographie de Arthur Grant exploite à merveille les couleurs automnales et les contrastes de lumière pour instaurer un climat de malaise. Gilling utilise la profondeur de champ pour suggérer une menace omniprésente dans les paysages désolés. La direction d'acteurs est sobre, ce qui renforce le réalisme de l'horreur. La séquence du rêve, où les morts sortent de leurs tombes dans une brume épaisse, reste l'un des moments les plus iconiques de l'histoire du studio, grâce à une chorégraphie macabre et des maquillages saisissants signés Roy Ashton.
La musique de James Bernard, compositeur attitré de la Hammer, joue un rôle crucial dans l'immersion du spectateur. Contrairement à ses thèmes tonitruants pour Dracula, Bernard opte ici pour une partition plus insidieuse, utilisant des rythmes de percussions qui évoquent discrètement les rituels vaudou sans jamais tomber dans le cliché. Les cordes stridentes et les thèmes sombres soulignent l'inéluctabilité du destin des victimes et renforcent le sentiment d'oppression qui pèse sur le village.
Le tournage ne fut pas de tout repos et regorge d'anecdotes qui témoignent de l'ingéniosité de l'époque. Les figurants incarnant les zombies devaient porter des masques de caoutchouc assez inconfortables et des lentilles de contact opaques qui les rendaient pratiquement aveugles, les obligeant à être guidés sur le plateau entre les prises. On raconte aussi que John Gilling était si exigeant que l'ambiance entre lui et André Morell était parfois électrique, l'acteur n'appréciant guère les méthodes brusques du cinéaste. Pourtant, cette tension semble avoir nourri la performance de Morell, lui donnant une nervosité tout à fait appropriée à son personnage.
A sa sortie, le film a reçu un accueil critique plutôt encourageant, bien que certains journalistes de l'époque aient été déconcertés par la violence de certaines images, notamment la célèbre scène de décapitation. Avec le temps, le film a acquis un statut de culte indéboulonnable auprès des fans et des historiens du cinéma. Il est aujourd'hui considéré comme le précurseur direct du cinéma de zombies moderne. Sans les créatures livides et déshumanisées de John Gilling, il est probable que le visage des morts-vivants de Romero n'aurait pas été tout à fait le même. Son influence se ressent encore aujourd'hui dans de nombreuses œuvres qui traitent de l'horreur rurale et de la figure de l'esclave sans âme.
##003015##Personnellement, je trouve toutes sortes de sorcellerie légèrement nauséabondes et celle-ci, je la trouve absolument dégoûtante.
Sir James Forbes interprété par André Morell | L'Invasion des morts-vivants