Si tu le construis, il viendra.

La voix interprétée par Ed Harris | Jusqu'au bout du rêve

Jusqu'au bout du rêve de Phil Alden Robinson (1989).
Jusqu'au bout du rêve de Phil Alden Robinson (1989).

Jusqu'au bout du rêve selon Rafael Albuquerque. Jusqu'au bout du rêve selon Rafael Albuquerque.
Huck #1 de Rafael Albuquerque et Mark Millar (Couverture bis).

Dans le comic book Huck #1 (Albuquerque et Millar • Image Comics) Rafael Albuquerque parodie l'affiche du film Jusqu'au bout du rêve de Phil Alden Robinson sur une des couvertures alternatives de la BD. Ici, Ray Kinsella interprété par Kevin Costner est remplacé par Huck.

 

Ah, les années 80... Une époque où les mulets étaient rois, les synthétiseurs régnaient en maîtres et où Hollywood nous a offert des pépites intemporelles. Parmi elles, un film un peu à part, sorti en 1989, qui a su mêler le sport le plus américain qui soit, le baseball, à une bonne dose de fantaisie et d'émotion pure: Jusqu'au bout du rêve (Field of Dreams en VO).

A l'origine de ce rêve, il y a un roman: Shoeless Joe de W.P. Kinsella, publié en 1982. L'histoire d'un fermier de l'Iowa qui entend une voix mystérieuse lui souffler de construire un terrain de baseball au milieu de son champ de maïs pour que des légendes décédées de ce sport, dont le fameux "Shoeless" Joe Jackson, puissent revenir jouer.

Le livre tombe entre les mains du réalisateur et scénariste Phil Alden Robinson. Le coup de foudre est immédiat. Mais convaincre un studio de financer un film sur un fermier qui rase ses cultures (et donc son gagne-pain) sur la base d'une hallucination auditive n'était pas gagné d'avance. Le projet a été refusé par plusieurs studios avant qu'Universal Pictures ne décide de prendre le risque. Le titre est changé pour Field of Dreams, jugé plus commercial et plus évocateur pour un public international qui ne connaîtrait pas forcément la légende de Shoeless Joe.

Dans l'Iowa, Ray Kinsella (Kevinn Costner) mène une paisible vie de fermier en compagnie de sa femme Annie (Amy Madigan) et de leur fille Karin (Gaby Hoffmann). Un soir, alors qu'il inspecte son champ, il entend une voix qui lui dit "Si tu le construis, il viendra !". Il décide alors de construire un terrain de baseball sur l'emplacement du champ. C'est alors qu'il voit surgir le fantôme de Joe Jackson, une ancienne gloire du baseball, le sport que préférait son père. Tandis que Joe et son équipe viennent s'entraîner sur son terrain, Ray entend à nouveau des voix. Cette fois, on lui demande d'aller sortir de sa retraite, un écrivain célèbre, Terence Mann (James Earl Jones).

AlloCiné | Jusqu'au bout du rêve

Phil Alden Robinson s'est lui-même chargé de l'adaptation, en restant très fidèle à l'esprit du roman. Son défi était de retranscrire la magie et la poésie du livre sans tomber dans le ridicule ou le sentimentalisme facile.

Pour incarner Ray Kinsella, ce fermier un peu paumé mais, plein d'espoir, le choix s'est porté sur un acteur alors en pleine ascension: Kevin Costner. Fraîchement sorti du succès des Incorruptibles et de Duo à trois (un autre film sur le baseball !), il était l'Américain moyen parfait, celui à qui on peut s'identifier. Son jeu, tout en retenue et en sincérité, est l'une des grandes forces du film. Pour lui donner la réplique, le casting est tout aussi impeccable. Amy Madigan joue sa femme, Annie, un personnage formidable, loin du stéréotype de l'épouse qui freine son mari. Elle est son roc, son soutien indéfectible avec une répartie bien sentie. James Earl Jones (la voix de Dark Vador, excusez du peu) incarne Terence Mann, un écrivain activiste reclus, inspiré de J.D. Salinger. Sa performance, et notamment son monologue final sur l'importance du baseball, est tout simplement frissonnante. Ray Liotta, dans le rôle fantomatique de Shoeless Joe Jackson, dégage une aura magnétique, entre danger et mélancolie. Et Burt Lancaster apparaît dans son dernier rôle au cinéma en Dr. 'Moonlight' Graham.

La grande réussite de Robinson est d'avoir fait d'un concept un peu fou une fable universelle. La réalisation est d'une grande sobriété. Pas d'effets spéciaux tape-à-l'œil. La magie opère grâce à une photographie sublime, signée John Lindley. Les scènes sur le terrain de baseball, souvent tournées à la "golden hour" (juste après le lever ou avant le coucher du soleil), baignent dans une lumière dorée et irréelle qui renforce le côté onirique du film. Le champ de maïs, immense et mystérieux, devient un personnage à part entière, la frontière entre le monde des vivants et celui des esprits.

Robinson a su tirer le meilleur de ses comédiens. Il y a une véritable alchimie entre Costner et Madigan, leur couple est crédible et touchant. La relation qui se noue entre Ray et Terence Mann est également une belle histoire d'amitié improbable. Le film traite de thèmes profonds comme la rédemption, la foi, et surtout, la relation père-fils, sans jamais tomber dans le pathos.

Que serait Jusqu'au bout du rêve sans sa bande originale ? Composée par le regretté James Horner, la musique est l'âme du film. Les nappes de synthétiseur éthérées mêlées à des mélodies orchestrales douces et poignantes accompagnent parfaitement le voyage de Ray. Le thème principal est reconnaissable entre mille et suffit à lui seul à nous transporter dans ce champ de l'Iowa.

Le tournage a eu lieu durant une sécheresse. L'équipe a dû irriguer massivement le champ pour que le maïs atteigne la hauteur requise pour que les joueurs puissent y disparaître. Le terrain de baseball n'était pas un décor de studio. Il a été construit sur deux fermes à Dyersville, dans l'Iowa. Après le tournage, une partie a été conservée et est devenue un lieu de pèlerinage pour les fans du monde entier. En 2021, un vrai match de la ligue majeure de baseball y a même été organisé !

A sa sortie, le film reçoit des critiques majoritairement élogieuses qui saluent son originalité et son audace. Il est même nommé pour trois Oscars, dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Scénario adapté. Le public est au rendez-vous, et le film devient un succès surprise. Mais c'est avec les années que Jusqu'au bout du rêve a acquis son statut de film culte. Sa phrase la plus célèbre, "If you build it, he will come" ("Si tu le construis, il viendra"), est entrée dans la culture populaire. Le film est devenu bien plus qu'un film sur le baseball; c'est une histoire sur la transmission, sur la nécessité de poursuivre ses rêves, même les plus fous, et sur l'importance de se réconcilier avec son passé et ses proches.

Aujourd'hui encore, le film touche par sa sincérité et son optimisme. C'est une œuvre qui fait du bien, qui nous rappelle que parfois, il suffit d'écouter cette petite voix intérieure pour accomplir de grandes choses. Alors, si vous ne l'avez jamais vu, foncez. Et si vous le connaissez déjà, c'est toujours le bon moment pour un nouveau voyage dans ce champ de rêves.

Nous ne reconnaissons tout simplement pas les moments les plus importants de la vie lorsqu'ils se produisent.

Dr. 'Moonlight' Graham interprété par Burt Lancaster | Jusqu'au bout du rêve

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