La balle magique
27 sept. 2025Quiconque a participé à des combats vous dira que jamais dans l'histoire des armes à feu on a vu balle plus ridicule !
Jim Garrison interprété par Kevin Costner | JFK
The Department of Truth #10 de Simmonds et Tynion IV (Couverture bis de Jae Lee).
Dans le comic book The Department of Truth #10 - "A Hunter's Diary" (Simmonds et Tynion IV • Image Comics) le cover artist Jae Lee parodie l'affiche du film JFK d'Oliver Stone sur une des nombreuses couvertures alternatives de la BD. Ici, le procureur Jim Garrison interprété par Kevin Costner est remplacé par l'agent du FBI Cole Turner et en dessous on trouve Lee Harvey Oswald campé par Gary Oldman.
Sorti dans les salles obscures le 20 décembre 1991, JFK n'est pas un film que l'on va voir pour grignoter du pop-corn tranquillement. C'est un uppercut de plus de trois heures qui vous laisse KO, avec une seule question en tête: mais que s'est-il vraiment passé le 22 novembre 1963 à Dallas ? Trente ans après les faits, Oliver Stone ne se contente pas de raconter une histoire. Il jette un énorme pavé dans la mare de l'Histoire officielle et nous invite à suivre l'enquête du procureur de La Nouvelle-Orléans, Jim Garrison, le seul homme à avoir jamais inculpé quelqu'un pour le meurtre du président Kennedy.
A la fin des années 80, l'assassinat de Kennedy est une affaire classée pour la plupart des gens, résumée par le rapport de la Commission Warren: un tireur isolé, Lee Harvey Oswald, point final. Mais Oliver Stone, vétéran du Vietnam et cinéaste engagé (Platoon, Né un 4 juillet), n'a jamais avalé cette version. Le projet naît de la rencontre de deux livres: On the Trail of the Assassins de Jim Garrison lui-même qui y raconte son combat judiciaire et Crossfire: The Plot That Killed Kennedy de Jim Marrs, une enquête journalistique ultra-détaillée qui explore de multiples pistes. Le défi était immense: comment transformer des milliers de pages de documents, de témoignages et de théories complexes en un film haletant ? Le scénario, coécrit par Stone, est un monstre de densité, un puzzle narratif qui refuse la simplicité. L'idée n'est pas de donner une seule réponse, mais de noyer le spectateur sous un flot d'informations, de doutes et de pistes contradictoires, pour lui faire ressentir le vertige de l'enquêteur.
Suite à l'assassinat du président John F. Kennedy, le procureur de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison (Kevin Costner) remet en cause le rapport du commissaire Warren (Jim Garrison). Ce dernier avait clôturé l'affaire en trouvant le parfait coupable, Lee Harvey Oswald (Lee Harvey Oswald). Pourtant, avant d'être abattu par un tireur isolé, le suspect avait toujours nié sa culpabilité. Pour Garrisson, il est impossible que l'homme ait agi seul. Persuadé qu'un complot se trame, Garrison explore des pistes occultées et comprend vite que la CIA, le FBI et le Pentagone ont joué un rôle déterminant dans cette affaire. Prêt à tout pour faire éclater la vérité au grand jour, le procureur devient très vite l'homme à abattre.
AlloCiné | JFK
Pour incarner le rôle-titre de Jim Garrison, Oliver Stone fait un choix malin. Il engage Kevin Costner, alors au sommet de sa gloire après Danse avec les loups. Costner, avec son image d'Américain intègre et fiable, devient l'ancre du spectateur. On croit en lui, on le suit dans son obsession, même quand tout semble l'accabler. Autour de lui, c'est le bottin mondain d'Hollywood qui défile. Chaque rôle, même le plus petit, est tenu par une star ou un acteur de grand talent. Gary Oldman, méconnaissable et inquiétant en Lee Harvey Oswald. Tommy Lee Jones (nommé à l'Oscar pour ce rôle), magnétique et décadent en Clay Shaw. Joe Pesci, électrique en David Ferrie, un témoin paranoïaque et central. Et aussi: Donald Sutherland, dans une scène d'anthologie où son personnage, "X", expose la thèse du complot militaro-industriel, Jack Lemmon, Walter Matthau, Sissy Spacek, Kevin Bacon... Ce casting prestigieux a permis de rendre le projet "bankable", mais il sert surtout à donner du poids et de la crédibilité à chaque facette de cette enquête tentaculaire.
Si JFK est un chef-d'œuvre, c'est avant tout pour sa mise en scène. C'est là que réside le génie (et la source de la polémique) du film. La photographie de Robert Richardson et les monteurs ont réalisé un travail titanesque. Le film mélange sans cesse différents formats et textures d'image: 35mm, 16mm, 8mm, vidéo, noir et blanc, couleur, images sépia... Le but ? Brouiller les pistes. Le film intègre de véritables images d'archives (dont le fameux film de Zapruder) à des scènes reconstituées, filmées dans le même style granuleux. Le spectateur finit par ne plus savoir ce qui est "vrai" et ce qui est "recréé". Cette confusion sert le propos: nous montrer que la "vérité" officielle est elle-même une construction.
Stone dirige Costner tout en sobriété, faisant de lui un homme ordinaire face à une montagne. A l'inverse, il laisse des acteurs comme Joe Pesci ou Tommy Lee Jones aller vers des compositions plus théâtrales, presque baroques, pour illustrer l'étrangeté des personnages que Garrison a croisés sur sa route. Pour la musique, c'est l'immense John Williams qui s'y colle. Oubliez les envolées lyriques de Star Wars ou Indiana Jones. Pour JFK, il compose une partition martiale, anxiogène, dominée par les percussions et les cuivres. La musique est le pouls du film. Elle incarne l'urgence, la paranoïa et la noblesse tragique de la quête de vérité. Un travail remarquable et atypique.
Pour un maximum d'authenticité, Oliver Stone a obtenu l'autorisation de tourner sur les lieux mêmes de l'assassinat à Dallas, notamment à Dealey Plaza et à l'intérieur du Texas School Book Depository, l'entrepôt d'où Oswald est censé avoir tiré. Le vrai Jim Garrison fait une apparition dans le film. Et dans un pied de nez monumental, Stone lui a donné le rôle d'Earl Warren, le président de la commission qui a conclu à la culpabilité d'Oswald et que Garrison a passé sa vie à combattre ! Le premier montage du film durait près de 4h30. Le réduire à 3h09 a été un véritable crève-cœur pour Stone, qui a dû sacrifier de nombreuses scènes (Certaines sont disponibles dans les versions "Director's Cut").
A sa sortie, JFK a provoqué une tempête médiatique sans précédent. Une grande partie de la presse américaine et de la classe politique a accusé Oliver Stone d'être un dangereux manipulateur, un révisionniste qui tordait l'Histoire pour servir sa thèse complotiste. Pourtant, le public a répondu présent. Le film a été un immense succès commercial et a reçu 8 nominations aux Oscars (remportant ceux de la Meilleure Photographie et du Meilleur Montage, amplement mérités).
Mais l'influence la plus spectaculaire de JFK se situe au-delà du cinéma. Le débat public relancé par le film a été si intense qu'il a poussé le Congrès américain à voter en 1992 l'Assassination Records Collection Act, une loi qui a ordonné la déclassification de millions de documents jusqu'alors tenus secrets sur l'assassinat. Un film a littéralement obligé un gouvernement à rouvrir ses archives. Rares sont les œuvres qui peuvent s'en vanter.
Aujourd'hui encore, JFK reste une œuvre fascinante. On peut contester ses raccourcis ou son parti pris, mais impossible de nier sa puissance de feu cinématographique. C'est un film qui ne donne pas de réponse facile, mais qui accomplit la mission la plus noble du cinéma: nous forcer à regarder, à réfléchir et à questionner.
##002846##N'oubliez pas que l'opinion publique est friande de vérité, et c'est vous qui détenez la vérité, mon ami.
X interprété par Donald Sutherland | JFK
