Quand vous avez un succès, enfermez-vous dans votre atelier et travaillez.

François Pompon

Ours Blanc de François Pompon exposé au Musée d'Orsay (1922).
Ours Blanc de François Pompon exposé au Musée d'Orsay (1922).

Ours Blanc selon Catherine Meurisse.
Moderne Olympia de Catherine Meurisse (Page 29, case 6).

Dans Moderne Olympia (Meurisse • Futuropolis) Catherine Meurisse pastiche l'Ours Blanc de François Pompon sur une planche de sa BD. Ici, la sculpture est chevauchée par Olympia, l'héroïne de cette excellente BD, qui travaille au Musée d'Orsay en faisant de la figuration dans les œuvres !

 

Vous flânez au Musée d'Orsay, entre deux toiles impressionnistes, et soudain, vous tombez nez à nez avec lui. Massif, lisse, d'un blanc éclatant. Un ours polaire, calme et puissant, qui semble glisser sur le sol. C'est l'Ours Blanc de François Pompon. On le connaît tous, on l'a tous vu en photo, en carte postale ou en figurine dans une boutique de musée. Mais au fond, que sait-on de cette sculpture devenue une véritable icône ?

Avant de devenir le papa de cet ours célèbre, François Pompon (1855-1933) n'était pas exactement une superstar. Originaire de Bourgogne, il "monte à Paris" et passe une bonne partie de sa carrière dans l'ombre des géants. Et quand on dit géants, on parle d'Auguste Rodin, dont il fut l'un des assistants les plus réputés pendant plus de dix ans. Imaginez la scène. D'un côté, Rodin, le maître du drame, de la passion, des muscles tendus et des visages torturés. De l'autre, Pompon, qui, dans son coin, commence à en avoir un peu marre des détails superflus. Il disait lui-même: "C'est le mouvement qui détermine la forme". Lentement, mais sûrement, il s'éloigne du style de son maître pour trouver sa propre voie: le règne animal.

Présenté au Salon d'Automne de 1922, l'Ours Blanc est un petit choc. A une époque où la sculpture animalière est encore très académique et cherche à représenter chaque poil et chaque griffe avec une précision quasi scientifique, Pompon arrive avec son ours aux formes polies, presque abstraites. Sa méthode ? La synthèse. Oubliez les détails, Pompon ne garde que l'essentiel. La ligne, une courbe unique qui dessine le dos et la tête, donnant une impression de mouvement lent et puissant. Les volumes, des formes pleines, lisses, qui captent la lumière d'une manière incroyable. Pompon ne sculpte pas un ours, il sculpte l'idée de l'ours. Sa démarche lourde, sa force tranquille, son essence même. C'est une approche incroyablement moderne. Il a épuré la forme pour en extraire le caractère, un peu comme un designer qui conçoit un objet à la fois simple et parfaitement fonctionnel.

Et pour parler concret, quand on dit "massif", on ne plaisante pas. La version en marbre du Musée d'Orsay mesure tout de même 1,63 mètre de haut pour 2,50 mètres de long. Oubliez la petite statuette pour la cheminée, on est plutôt sur un colocataire polaire qui en impose par sa seule présence physique, avant même de nous séduire par ses formes.

Son succès est tel qu'il est devenu un objet de décoration de luxe, reproduit à l'infini et de toute taille. Est-ce qu'à force de le voir, on ne finit pas par oublier la rupture stylistique qu'il représentait ? A la longue, on pourrait presque le voir comme un magnifique presse-papier. Mais l'Ours Blanc est bien plus qu'une jolie sculpture. C'est le manifeste d'un artiste qui a eu le courage de tourner le dos aux conventions pour imposer sa vision épurée et poétique du monde. François Pompon nous a appris à ne pas seulement regarder un animal, mais à le ressentir.

Oubliez les cartes postales et les mini-statuettes. Observez comment la lumière glisse sur son dos, imaginez sa démarche silencieuse sur la banquise et saluez cet artiste qui, à 67 ans, a enfin connu la gloire en nous offrant un peu de paix et de pureté dans un bloc de marbre.

Je conserve un grand nombre de détails destinés à disparaître. Je fais l'animal avec presque tous ses falbalas. Et puis, petit à petit, j'élimine.

François Pompon

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