Dis donc, y a une chose que je comprends pas... Pourquoi tu t'es pas tiré ? Si tu es coupable, je crois que tu es coupable, tu dois te croire drôlement malin ? Salut ! Bonne branlette !

Fred interprété par Jean-Pierre Marielle | Les mois d'avril sont meurtriers

Les mois d'avril sont meurtriers de Laurent Heynemann (1987).
Les mois d'avril sont meurtriers de Laurent Heynemann (1987).

Les mois d'avril sont meurtriers selon Brüno.
Tyler Cross - Vintage and Badass de Brüno et Fabien Nury (Page 121).

Dans le hors-série Vintage and Badass: Le cinéma de Tyler Cross (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux pastiche l'affiche du film Les mois d'avril sont meurtriers de Laurent Heynemann sur une des planches de sa BD. Ici, on reconnaît bien Fred interprété par Jean-Pierre Marielle, le tout à la sauce Tyler Crosss.

 

Sorti sur les écrans français le 7 janvier 1987, Les mois d'avril sont meurtriers de Laurent Heynemann s'est imposé comme une œuvre singulière dans le paysage du cinéma policier hexagonal. Loin des cascades spectaculaires d'un Belmondo ou du mutisme glacé d'un Delon, ce film nous plonge dans une France urbaine, grise et fatiguée. C'est un long-métrage qui ne cherche pas à vous séduire par des artifices, mais qui vous attrape par la manche pour vous traîner dans la boue d'une enquête obsessionnelle et mélancolique.

La genèse du projet puise sa force dans une source littéraire solide. , un roman de l'écrivain britannique Robin Cook. Laurent Heynemann, qui s'était déjà fait remarquer pour ses films engagés comme La Question, souhaitait s'approprier les codes du film noir pour raconter une dérive humaine plus qu'une simple résolution de crime. Le scénario, coécrit par Heynemann et Luc Béraud, opère une transposition efficace de l'intrigue britannique dans la banlieue parisienne des années 80, conservant l'amertume et le cynisme du matériau d'origine tout en lui insufflant une identité française très marquée.

Fred (Jean-Pierre Marielle) est un policier rigoureux passionné de justice. Une longue carrière bien remplie et sans tache à la P.J. où il s'est spécialisé dans les petites "affaires". Cependant, sa fille Cécile est morte quelques mois auparavant dans des circonstances tragiques. C'est pour elle, pour son souvenir que Fred continue de lutter. Il est chargé d'une enquête sur le meurtre d'un indicateur tué avec une sauvagerie inouïe. Fred soupçonne un ancien mercenaire (Jean-Pierre Bisson) au passé chargé.

AlloCiné | Les mois d'avril sont meurtriers

Le choix du réalisateur et du casting est l'un des plus grands atouts du film. Laurent Heynemann possède cette rigueur quasi journalistique qui sied parfaitement au genre. Pour incarner Fred, le flic désabusé et violent, le choix de Jean-Pierre Marielle est un coup de génie. A l'époque, Marielle est surtout associé à des rôles de grands parleurs, de séducteurs rabelaisiens ou de personnages comiques. Ici, il casse son image avec une puissance colossale, offrant une interprétation sombre, physique et hantée. A ses côtés, François Berléand, alors en pleine ascension, campe un partenaire plus mesuré, apportant un contrepoint nécessaire à la brutalité de Marielle.

Sur le plan stylistique, le film est une leçon de mise en scène de la désolation. La photographie, signée par le talentueux Pascal Lebègue, privilégie des tons froids, des lumières blafardes et une ambiance souvent nocturne ou pluvieuse qui accentue le sentiment d'étouffement. La mise en scène de Heynemann est précise, utilisant les décors de béton et les terrains vagues comme des extensions de la psychologie des personnages. La direction des acteurs est remarquable: Marielle ne joue pas seulement le flic au bout du rouleau, il l'incorpore jusque dans sa démarche lourde et ses accès de colère froide. On sent une tension permanente sur le plateau, ce qui donne au film cette électricité latente.

La musique de Philippe Sarde constitue l'âme invisible du long-métrage. Collaborateur régulier des plus grands cinéastes, Sarde compose ici une partition qui évite les clichés du suspense pour privilégier une mélancolie lancinante. Les cordes et les sonorités parfois dissonantes accompagnent la descente aux enfers de Fred avec une élégance tragique.

A sa sortie, l'accueil critique fut globalement très favorable. Les journalistes saluèrent unanimement la métamorphose de Jean-Pierre Marielle et la capacité de Heynemann à renouveler le genre sans tomber dans le pastiche américain. Malgré une concurrence rude au box-office cette année-là, le film a réussi à trouver son public, devenant au fil des ans un objet de culte pour les amateurs de polars "noirs de chez noir". Aujourd'hui, son influence se fait encore sentir dans le cinéma policier français contemporain, notamment par son refus du manichéisme et son portrait sans concession d'une police à la dérive. Pour les fans, il reste le sommet de la carrière de Heynemann et l'un des rôles les plus poignants de l'immense Jean-Pierre Marielle.

On va être inondé de dénonciations imbéciles ! Les français, faut pas beaucoup les pousser !

Fred interprété par Jean-Pierre Marielle | Les mois d'avril sont meurtriers

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