Tu n'es pas meilleur que les racketteurs que tu dis détester tant.

Traini interprété par Franco Nero | Confession d'un commissaire de police au procureur de la république

Confession d'un commissaire de police au procureur de la république de Damiano Damiani (1971).
Confession d'un commissaire de police au procureur de la république de Damiano Damiani (1971).


Tyler Cross - Vintage and Badass de Brüno et Fabien Nury (Pages 126 et 127).

Dans le hors-série Tyler Cross - Vintage and Badass (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux parodie l'affiche du film Confession d'un commissaire de police au procureur de la république de Damiano Damiani sur une des planches de sa BD. Ici, on reconnaît bien Serena Li Puma (Marilù Tolo), le commissaire Bonavia (Martin Balsam), le substitut du procureur Traini (Franco Nero) et Palumbo (Luigi Ursi), le tout à la sauce Tyler Cross.

 

Si vous cherchez un film dont le titre est aussi long qu'une file d'attente à la poste, vous avez frappé à la bonne porte. Sorti en Italie le 26 mars 1971, Confessions d'un commissaire de police au procureur de la république (Confessione di un commissario di polizia al procuratore della repubblica) n'est pas seulement un défi pour les affichistes de cinéma, c'est surtout un électrochoc visuel qui a marqué le début des années 70 sur grand écran. Damiano Damiani, cinéaste engagé et fin limier de la psyché humaine, livre ici une œuvre qui sent bon le café serré, la fumée de cigarette et la corruption endémique de la Sicile de cette péroode.

Depuis des années, le commissaire Bonavia (Martin Balsam) tente de coincer Ferdinando Lomunno (Luciano Lorcas), un riche promoteur de Palerme, mafieux dont la liste des crimes est aussi longue qu'éloquente. Grâce à son influence et à ses connexions, chaque arrestation de Lumunno se solde par une rapide libération. Ecœuré par cet état de fait et décidé à agir radicalement, Bonavia va employer des moyens pour le moins à la limite de la légalité...

AlloCiné | Confession d'un commissaire de police au procureur de la république

La genèse du projet s'inscrit dans un contexte italien bouillonnant où le cinéma commence à s'emparer frontalement des tares de la société. Damiani, déjà remarqué pour son travail sur la Mafia, voulait s'éloigner du simple film de gangsters pour explorer la zone grise du système judiciaire. L'idée était de confronter deux visions de la justice: celle, pragmatique et désabusée, d'un flic de terrain qui ne croit plus aux lois, et celle, idéaliste mais naïve, d'un jeune procureur persuadé que le code pénal peut encore sauver le monde. Le scénario, coécrit par Damiani et Fulvio Gicca Palli, évite le manichéisme en nous plongeant dans une intrigue où le "bien" doit parfois emprunter des chemins très sombres pour espérer gagner une bataille.

Le choix du casting est l'un des coups de génie du film. Pour incarner le substitut du procureur Traini, Damiani fait appel à l'immense Franco Nero. Exit le cowboy solitaire de Django, place à un homme de loi rigoureux, dont l'idéalisme va être mis à rude épreuve. Face à lui, Martin Balsam prête ses traits au commissaire Bonavia. Ce duo fonctionne à merveille car il repose sur une opposition constante de styles et de tempéraments. Nero apporte une intensité froide qui souligne par contraste la lassitude et les méthodes expéditives de Balsam. Ce casting international permettait aussi d'assurer une visibilité au film au-delà des frontières transalpines, une stratégie courante dans la production italienne de l'époque.

Sur le plan de la mise en scène, Damiani opte pour une approche sèche et nerveuse, typique du néo-polar italien, mais avec une élégance formelle qui lui est propre. La photographie de Claudio Ragona capture une Palerme étouffante, entre chantiers de construction anarchiques et bureaux sombres où se trament les pires trahisons. La direction d'acteurs est exemplaire: Nero utilise ses yeux bleus perçants pour sonder la noirceur de ce système qu'il découvre, tandis que Balsam incarne la résignation d'un homme qui a trop vu le mal. La caméra de Damiani traque les silences et les regards fuyants, rendant palpable la paranoïa qui ronge les personnages.

On ne peut pas parler de ce film sans mentionner sa bande originale. La musique est signée Riz Ortolani, un habitué du genre qui livre ici une partition à la fois mélancolique et tendue. Le thème principal, avec ses cuivres et son rythme saccadé, colle parfaitement à l'urgence de l'enquête tout en soulignant la solitude profonde des deux protagonistes. C'est une musique qui ne cherche pas l'esbroufe, mais qui s'installe durablement dans l'oreille pour renforcer le sentiment d'inéluctabilité du récit.

Le tournage ne fut pas de tout repos, notamment en raison de la sensibilité politique du sujet. Les anecdotes racontent que l'équipe a dû faire face à une certaine hostilité locale lors de prises de vues dans des quartiers sensibles de Palerme, la réalité rejoignant parfois la fiction. Damiani, connu pour son caractère bien trempé, n'hésitait pas à bousculer ses techniciens pour obtenir ce réalisme brut, presque documentaire, qui fait encore la force du film aujourd'hui. Il se dit même que les acteurs ont dû composer avec la tension réelle de la ville pour nourrir leur interprétation.

A sa sortie, le film a reçu un accueil critique très favorable, salué pour son courage politique et sa maîtrise formelle. Il a remporté le Grand Prix au Festival international du film de Moscou en 1971, une consécration rare pour un film de genre italien. Le public a suivi massivement, faisant du film un succès commercial solide. Avec les années, les fans de polars et les critiques ont élevé l'œuvre au rang de classique, y voyant l'un des piliers du cinéma de contestation. Son influence est encore visible dans les séries modernes sur la mafia, comme Gomorra, qui héritent de cette noirceur et de ce refus des fins heureuses artificielles.

Vous n'avez jamais eu le sentiment d'être un pion ? Un exécutant aux ordres de ceux qui mènent la danse ?

Bonavia interprété par Martin Balsam | Confession d'un commissaire de police au procureur de la république

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