Le Jiu-Jitsu est parfait. Ce sont les humains qui font des erreurs

Rickson Graci

Photographie de Rickson Gracie prise par Bruce Weber (~1988).
Photographie de Rickson Gracie prise par Bruce Weber pour O Rio De Janeiro: A Photographic Journal (1986).

Rickson Gracie selon Keisuke Itagaki.
Grappler Baki - Volume 5 de Keisuke Itagaki (Planche 1 du chapitre 130).

Dans le manga Grappler Baki - Volume 5 (Itagaki • Akita Shoten) Keisuke Itagaki pastiche une photographie du combattant Rickson Gracie prise par Bruce Weber sur la planche d'introduction du chapitre 130 de sa BD. Ici, Rickson Gracie est remplacé par Baki Hanma.

 

Rickson Gracie (1958) est un pratiquant de MMA brésilien. Mais ce n'est pas un simple combattant, c'est une figure presque mystique du Jiu-Jitsu Brésilien dont le nom évoque autant le respect sacré que les débats passionnés. Imaginez un homme capable de soumettre ses adversaires avec le calme d'un moine en méditation, tout en affichant une forme physique de statue antique. Fils du légendaire Helio Gracie, Rickson a su s'extirper de l'ombre familiale pour devenir l'icône absolue de l'efficacité martiale. On lui prête souvent un record de plus de quatre cents victoires sans défaite, un chiffre qui, s'il flatte l'orgueil du clan, fait surtout sourire les historiens qui cherchent encore les preuves vidéos de cette épopée invaincue.

Le génie de Rickson réside dans son concept du "Jiu-Jitsu invisible". Loin des acrobaties modernes, il a élevé la gestion du poids et des leviers au rang de science pure. Rouler avec lui ne ressemble pas à une lutte contre un athlète, mais à une lente noyade sous une plaque de marbre inamovible. Sa pédagogie a transformé le grappling en une leçon de géométrie appliquée, prouvant au monde entier que la force brute ne fera jamais le poids face à une maîtrise parfaite de l'espace et du timing. C'est cette clarté technique qui fait de lui un professeur hors pair, capable de rendre limpide la complexité du corps à corps.

Cependant, la légende s'accompagne d'un marketing parfois pesant. Rickson aime se draper dans une esthétique de samouraï moderne, ponctuée d'exercices de respiration spectaculaires et de discours sur le "Bushido" qui frôlent parfois le mysticisme commercial. Les critiques regrettent également qu'il n'ait pas affronté les ténors de l'âge d'or du MMA au Pride ou à l'UFC, préférant une fin de carrière plus protégée. Cette prudence a certes préservé son aura d'invincibilité, mais elle laisse un goût d'inachevé chez ceux qui auraient aimé voir le maître testé par la nouvelle génération de combattants hybrides.

Malgré ces zones d'ombre, l'influence de Rickson demeure une bénédiction pour les arts martiaux. Il a su insuffler une profondeur philosophique et un art de vivre sain à une discipline parfois perçue comme brutale. Qu'on adhère ou non à la comptabilité généreuse de ses combats, sa simple présence sur un tatami suffit à confirmer son génie technique. Rickson reste cette figure de proue indispensable, à la fois agaçante par son perfectionnisme et fascinante par sa profondeur, rappelant que dans le Jiu-Jitsu comme dans la vie, c'est souvent l'esprit qui dicte la victoire.

 

En ce qui concerne le cliché du jour... Rio de Janeiro, milieu des années 80. Bruce Weber immortalise un jeune Rickson Gracie. Le photographe se souvient d'un homme à l'aura magnétique: un sourire radieux, un corps athlétique et une aisance hors du commun, transportant ses courses en équilibre sur la tête. Au Brésil, les Gracie sont des légendes. Weber raconte d'ailleurs qu'en arrivant sur la plage avec ce "colosse", la foule s'écartait respectueusement pour les laisser passer.

Frappé par la présence de Rickson Gracie, le photographe a ensuite multiplié les collaborations avec lui. Il l'a fait poser pour Vogue, pour White Diamonds, et a même réuni tout le clan pour Versace. Weber reste, aujourd'hui encore, profondément marqué par le magnétisme de Rickson.

Le recueil de photos O Rio De Janeiro: A Photographic Journal de Bruce Weber paru en 1986 chez Knopf regroupe quelques-uns de ces clichés, dont celui du jour.

J'ai fini par comprendre que la capacité d'accepter toute chose, et surtout la mort, était la clé de mon développement physique, mental et spirituel. Ces trois éléments doivent être en équilibre, car parfois la rupture n'est pas physique, mais émotionnelle. Parfois, on possède la force physique et la maîtrise émotionnelle, mais on est spirituellement démuni. Sans lien spirituel avec la vie et la mort, il est impossible d'atteindre un niveau de performance supérieur.

Rickson Gracie | Breathe: A Life in Flow

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