Crayons, flingues et flamenco
18 nov. 2025Même les mauvais garçons ont de mauvais jours.
Slogan | The Hit: le tueur était presque parfait
The Hit: le tueur était presque parfait de Stephen Frears (1984).
Tyler Cross - Vintage and Badass de Brüno et Fabien Nury (Page 101).
Dans le hors-série Vintage and Badass: Le cinéma de Tyler Cross (Brüno et Nury • Dargaud) Brüno Thielleux pastiche le film The Hit: le tueur était presque parfait de Stephen Frears sur une des planches de sa BD. Ici, on reconnaît bien Braddock interprété par John Hurt le tout à la sauce Tyler Cross.
Amateurs de polars existentiels et de road-movies sous le soleil écrasant d'Espagne, bienvenue ! Aujourd'hui, on dépoussière une pépite un peu oubliée des années 80, j'ai nommé The Hit: le tueur était presque parfait (The Hit en VO). Sorti en salles au Royaume-Uni, son pays d'origine, en septembre 1984, ce film de Stephen Frears est une œuvre singulière qui mérite bien plus qu'un simple coup d'œil. Accrochez-vous, on embarque pour un voyage sur les traces de tueurs à gages pas comme les autres.
Le gangster Willie Parker (Terence Stamp) coule des jours heureux depuis qu'il a dénoncé ses complices à la police. Il est brusquement arraché à ses occupations lorsqu'il apprend que son ex-associé a engagé deux tueurs (John Hurt et Tim Roth).
AlloCiné | The Hit: le tueur était presque parfait
A l'origine de The Hit, il y a un scénario de Peter Prince qui prend un malin plaisir à dynamiter les codes du film de gangsters. L'idée de départ est pourtant classique: un petit malfrat londonien balance ses complices et obtient une retraite dorée de dix ans en Espagne grâce au programme de protection des témoins. Mais le passé, c'est bien connu, est un plat qui se mange froid. Dix ans plus tard, deux tueurs sont envoyés pour le kidnapper et le ramener à Paris pour une exécution en bonne et due forme. Là où le film déraille (pour notre plus grand plaisir), c'est dans la réaction de la proie. Loin d'être terrifié, l'homme affiche une sérénité déconcertante, presque zen. Pour lui, cette fin était inéluctable, et il l'accepte. Ce qui devait être une simple "livraison" se transforme alors en un roadtrip philosophique et tendu à travers une Espagne aride, où les certitudes des tueurs vont être mises à rude épreuve.
Stephen Frears, le réalisateur, était à l'époque surtout connu pour son travail à la télévision britannique. Avec The Hit, il signe l'un de ses premiers longs-métrages marquants pour le cinéma, affirmant un style sobre et une direction d'acteurs d'une précision redoutable, qui feront plus tard son succès avec des films comme My Beautiful Laundrette ou Les Liaisons dangereuses.
Dans le rôle de Willie Parker, l'icône des années 60, Terence Stamp, est impérial. Son charisme froid et sa distance philosophique forment le cœur du film. Il est insaisissable, et c'est ce qui rend fous ses geôliers. Face à lui, le grand John Hurt incarne Braddock, le tueur expérimenté, méticuleux, mais fatigué. Il est le professionnel qui sent que la situation lui échappe, et la performance de Hurt, tout en intériorité et en tension contenue, est magistrale. Et puis, il y a la révélation du film: un tout jeune Tim Roth dans le rôle de Myron, l'apprenti-tueur. Energique, nerveux, une véritable pile électrique à la gâchette facile, il est l'opposé total de ses deux "compagnons" de route. C'est son premier grand rôle au cinéma, et il crève l'écran. Une anecdote savoureuse raconte que c'est John Hurt lui-même qui aurait suggéré le nom de Roth à Frears après l'avoir vu dans le téléfilm choc Made in Britain. Le trio est complété par l'actrice espagnole Laura del Sol (Maggie), une otage qui va ajouter sa propre dose de chaos à ce voyage déjà bien compliqué.
The Hit est un film qui prend son temps, préférant l'atmosphère à l'action pure et dure. La mise en scène de Frears est d'une efficacité redoutable. Il utilise les paysages écrasés de soleil de l'Espagne non pas comme un décor de carte postale, mais comme un personnage à part entière. Ces étendues désertiques créent un sentiment d'isolement, un no man's land où tout peut arriver. La photographie de Mike Molloy est sublime, contrastant la lumière aveuglante de l'extérieur avec la claustrophobie de l'habitacle de la voiture. On se sent parfois plus dans un western que dans un polar britannique, avec cette confrontation inéluctable qui se profile à l'horizon.
Comment parler de The Hit sans mentionner sa musique ? La bande originale est signée par le légendaire guitariste de flamenco Paco de Lucía, avec quelques contributions d'un certain... Eric Clapton. Rien que ça. Le thème principal, avec ses riffs de guitare lancinants, colle parfaitement à l'ambiance du film, mêlant une énergie brute à une sorte de mélancolie fatale. La musique n'accompagne pas seulement l'action, elle est l'âme du film.
A sa sortie, The Hit a été très bien accueilli par la critique, saluant son originalité, son humour noir et la qualité de ses interprètes. Le film a même été présenté au Festival de Cannes en 1984. Pourtant, il n'a pas rencontré un grand succès public, restant une œuvre confidentielle. Mais les années lui ont rendu justice. Au fil du temps, The Hit a acquis un véritable statut de film culte. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs films britanniques des années 80. Son influence est palpable sur une nouvelle génération de cinéastes, notamment Quentin Tarantino (qui engagera Tim Roth pour Reservoir Dogs) ou Guy Ritchie, qui reprendront à leur compte ce mélange de dialogues ciselés, de violence soudaine et de personnages décalés.
Ce film est bien plus qu'une simple histoire de tueur. C'est une méditation sur la vie, la mort et le destin, le tout déguisé en un polar stylé et impeccablement joué. Une pépite à (re)découvrir d'urgence !
##002898##- Je n'ai pas peur !
- Tu devrais.Willie Parker (Terence Stamp) et Braddock (John Hurt) | The Hit: le tueur était presque parfait