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Edgar Rice Burroughs | Tarzan seigneur de la jungle

Illustration Black Panther de Frank Frazetta (1972).
Illustration Black Panther de Frank Frazetta pour The Land of Hidden Men d'Edgar Rice Burroughs (Ed. 1973).

Black Panther selon Richard Kriegler.
Anthologie Weird Tales: The Magazine That Never Dies - Collectif (Couverture de Richard Kriegler).

Dans l'anthologie de 1988 du magazine Weird Tales: The Magazine That Never Dies (Collectif • Marvin Kaye) le cover artist Richard Kriegler pastiche la toile Black Panther de Frank Frazetta qui illustrait la réédition de 1973 du roman The Land of Hidden Men d'Edgar Rice Burroughs sur la couverture du recueil du mag de fantasy. Ici, l'homme est une copie conforme de Gordon King quelque peu rhabillée et la panthère s'est transformée en monstre.

 

Imaginez un instant le cocktail : une jungle sauvage, un aventurier égaré et le pinceau le plus musclé du XXe siècle. Nous parlons ici de la rencontre entre Edgar Rice Burroughs et Frank Frazetta pour la couverture du roman The Land of Hidden Men. Lorsqu'on évoque Burroughs, on pense immédiatement à Tarzan ou aux plaines rouges de Mars, mais l'auteur a exploré bien d'autres contrées, notamment avec le roman qui nous intéresse aujourd'hui. Ce récit a connu une trajectoire éditoriale assez curieuse puisque l'écrivain commence le roman le 2 octobre 1929 sous le titre provisoire de The Dancing Girl of the Leper King mais il paraît initialement sous forme de feuilleton dans le magazine Blue Book en 1931 sous le titre Jungle Girl. Il faudra attendre l'année suivante, en 1932, pour qu'il soit publié en livre relié chez l'éditeur Burroughs, Inc., avant de subir plusieurs changements de titres et de couvertures au fil des décennies. Cette instabilité nominale témoigne de la volonté des éditeurs de l'époque de surfer sur le succès de Tarzan, tout en essayant de donner une identité propre à cette aventure située dans les jungles oubliées du Cambodge.

L'intrigue nous parachute dans les bottes de Gordon King, un aventurier américain qui, suite à un crash d'avion, se retrouve coincé dans une jungle cambodgienne qui n'a rien d'une destination de vacances. Il y découvre une civilisation oubliée, héritière de l'empire Khmer, vivant recluse dans des cités cachées. Evidemment, comme nous sommes chez Burroughs, notre héros ne tarde pas à tomber éperdument amoureux d'une princesse locale, Fou-Tan. Le récit est un mélange détonnant d'exotisme, de romance et de combats héroïques, servant de prétexte parfait pour explorer les thèmes de la sauvagerie contre la civilisation, le tout enrobé dans une atmosphère moite et périlleuse que seule la plume de Burroughs sait rendre aussi palpable.

C'est en 1973 que la version la plus mémorable visuellement voit le jour chez l'éditeur Ace Books, sous le titre The Land of Hidden Men. Pour cette réédition, l'éditeur fait appel à celui qui est alors le roi incontesté de l'illustration de fantasy: Frank Frazetta. Bien que le tableau soit aujourd'hui plus connu sous le titre autonome de Black Panther, il a été conçu spécifiquement pour illustrer la rencontre entre Gordon King et les dangers de la jungle. Frazetta, avec son génie habituel, ne se contente pas d'illustrer une scène, il capture une tension primale. L'œuvre originale, une peinture à l'huile sur panneau, frappe par sa composition dynamique en diagonale, où chaque muscle bandé répond à la courbe sinueuse du félin.

Sur le plan technique, Frazetta utilise ici sa touche caractéristique, mêlant des coups de pinceau énergiques et presque impressionnistes pour la végétation à un rendu anatomique d'une précision chirurgicale pour les sujets principaux. La palette de couleurs est dominée par des verts profonds et des bruns terreux, créant une ambiance étouffante qui fait ressortir le noir de jais de la panthère. La lumière semble filtrer difficilement à travers la canopée, éclairant de manière dramatique le dos musclé de l'homme et le pelage luisant du félin, créant un contraste saisissant qui accentue le relief des formes.

Le descriptif de l'image est un cas d'école de dynamisme en suspens. Au premier plan, une panthère noire, massive et nerveuse, s'apprête à bondir, le regard fixé sur sa proie. Face à elle, Gordon King, le protagoniste, est représenté de profil, dans une posture défensive mais courageuse, armé d'un simple poignard. Cette œuvre peut s'interpréter comme le combat éternel de l'homme face à la nature sauvage, mais aussi comme une métaphore du danger tapi dans l'ombre, une menace invisible qui finit toujours par se révéler dans la lumière crue de l'action. On y voit tout le paradoxe de Frazetta: une scène de violence imminente traitée avec une élégance et une fluidité presque chorégraphiques.

Black Panther est une pièce maîtresse qui rappelle que, dans la jungle de l'art fantasy, Frazetta restera toujours le prédateur alpha.

Ne croyant pas être constitué de la même pâte dont les héros sont bâtis, parmi les centaines de circonstances où mes actes m'ont amené à affronter la mort, je ne peux me rappeler une seule fois où je n'ai agi spontanément, quitte à juger par la suite qu'il eût été parfaitement licite de ne pas intervenir.

Edgar Rice Burroughs | Une princesse de Mars

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