Je ne pouvais payer à la fois une voiture et un chauffeur. Alors j'ai vendu la voiture.

Chico Marx


Dans Odilon Verjus - Tome 6 - "Vade Retro Hollywood !" (Verron et Yann • Le Lombard) Laurent Verron caricature Chico Marx et lui fait jouer son propre rôle au sein des Marx Brothers dans le Hollywood des années 30-40.
(L'image est tirée de la planche 3, case 7).

Photographie promotionnelle du film Une Nuit à l'Opéra de Sam Wood et Edmund Goulding (1935). Chico Marx selon Laurent Verron.
Photographie promotionnelle du film Une Nuit à l'Opéra de Sam Wood et Edmund Goulding (1935)
et
Odilon Verjus - Tome 6 de Laurent Verron et Yann Le Pennetier (Planche 41, case 7).

La photographie que j'ai utilisée pour illustrer ce clin d'œil, est un cliché promotionnel du film Une Nuit à l'Opéra réalisé par Sam Wood et Edmund Goulding, où Chico interprète Fiorello.

 

Quand on pense aux Marx Brothers, on a souvent deux images en tête: la moustache et le cigare de Groucho, ou la harpe et le klaxon de Harpo. Mais entre ces deux extrêmes se tenait un pilier essentiel, un escroc au grand cœur et à l'accent plus faux qu'un billet de trois dollars: Chico Marx. Oubliez tout ce que vous savez sur les pianistes classiques, Chico était le punk rock du clavier bien avant l'heure.

Chico Marx, de son vrai nom Leonard Marx (1887-1961) était un acteur comique américain, mais également un pianiste, limité mais efficace, qui aura même son propre orchestre durant la Swing era. Il est l'aîné des cinq Marx Brothers.

Commençons par crever l'abcès, Chico n'avait pas une seule goutte de sang italien. Alors, d'où vient cet accent à couper à la machette qui a défini son personnage ? D'une pure nécessité de survie sur les scènes de Vaudeville. Pour se démarquer, chaque frère a développé un personnage. Chico, pour déjouer les stéréotypes ethniques de l'époque et s'assurer un rôle comique clair, s'est inspiré de divers immigrants qu'il avait rencontrés. Le résultat est un dialecte improbable, un mélange de yiddish, d'anglais cassé et d'intonations prétendument italiennes. C'était sa marque de fabrique, le véhicule parfait pour ses jeux de mots absurdes qui rendaient Groucho fou. Chaque fois que Chico déformait un mot ("sanity clause" / "Santa Claus" dans Une Nuit à l'Opéra), il ne faisait pas que nous faire rire, il sabotait aussi la logique et l'autorité avec un sourire désarmant.

La comédie de Chico ne s'arrêtait pas aux mots. Son véritable terrain de jeu, c'était son piano. Et quelle façon de jouer ! Loin de la virtuosité académique, Chico avait un style percussif, presque athlétique. On l'appelait la technique du "pistolero" ou du "doigt qui tire": il jouait les notes avec son index tendu comme s'il pressait la détente d'un pistolet. Critiquement parlant, était-il un grand pianiste ? Pas au sens technique. Ses performances n'auraient pas leur place dans un conservatoire. Mais était-il un "entertainer" de génie ? Absolument. Ses solos de piano, souvent agrémentés d'acrobaties, n'étaient pas de simples interludes musicaux. Ils étaient une extension de son personnage: exubérants, imprévisibles et follement amusants. Ils cassaient le rythme des films juste assez longtemps pour nous offrir un pur moment de spectacle, avant de nous replonger dans l'anarchie ambiante. C'était une pause joyeuse dans le chaos.

Si Groucho était le cerveau et Harpo l'agent du chaos pur, Chico était le médiateur, l'escroc pragmatique. C'est souvent lui qui servait de traducteur à Harpo, créant un pont entre le silence de l'un et le verbiage de l'autre. Dans de nombreux films, c'est son personnage qui tente de négocier des accords (foireux, bien sûr) et de naviguer dans le monde réel avec une logique qui n'appartient qu'à lui. Son personnage, bien que simple en apparence, était crucial pour l'équilibre de la fratrie. Il humanisait le groupe. Derrière son arnaque permanente se cachait une loyauté indéfectible envers ses frères. Il apportait une chaleur, une sorte de filouterie sympathique qui rendait leurs plans les plus insensés presque plausibles.

Pour voir Chico en action, il suffit de piocher dans l'âge d'or des Marx Brothers. Bien sûr, toute leur filmographie est un joyeux désordre, mais quelques pépites sortent du lot. Dans Noix de Coco (1929) et L'Explorateur en folie (1930), on retrouve l'énergie brute de leurs débuts sur scène. Mais c'est avec des films comme La Soupe au canard (1933), chef-d'œuvre de satire politique, qu'ils atteignent des sommets d'absurdité. Leur passage à la MGM a donné des films plus structurés, mais tout aussi drôles. Qui peut oublier ses combines de bookmaker dans Un Jour aux Courses (1937) ? Dans chacun de ces films, Chico n'est pas juste un pianiste comique, il est le grain de sable dans l'engrenage, l'escroc charmant qui fait dérailler le scénario pour notre plus grand plaisir.

Chico Marx n'était peut-être pas le plus cérébral ou le plus poétique des frères, mais il était sans doute le plus accessible. Son héritage, c'est la preuve qu'on peut faire de l'art avec une technique imparfaite, mais une personnalité immense. Il nous rappelle que la musique, comme l'humour, n'a pas besoin d'être parfaite pour être géniale. Elle doit juste être vivante.

Chico est le premier des frères Marx à mourir lorsqu'une crise cardiaque l'emporte en 1961, à l'âge de 74 ans. Son accent était un mensonge, sa technique de piano une hérésie, et sa logique un défi à la raison. Et c'est précisément pour tout ça qu'on l'aime encore aujourd'hui.

Je n'étais pas en train d'embrasser votre fille, monsieur, je lui chuchotais seulement dans la bouche.

Chico Marx

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